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Massive Media Attack

Le 11 Novembre 2009 dans Web 1,2,3 par Emmanuel Torregano

TF1, NRJ, CBS, Channel 4, The Times, New York Times, Le Figaro, Die Welt, etc., ces marques ne règnent plus sur la planète média. En quelques années, d’autres acteurs ont capté plus d’audience, se jouant des frontières, des langues, et des modes de fonctionnement. Ce sont les Massive Media.

En fait, on n’avait pas rien vu venir. La signification profonde était restée incomprise, car les liaisons avec les concepts usuels n’étaient pas encore établies. Puis, maintenant que cela vient heurter notre pratique du quotidien, l’image en devient instantanément plus nette. Les médias classiques ont cru qu’il ne s’agissait que d’une petite lame, une vague un peu forte, mais les fondations n’étaient pas atteintes. C’est faux. Pire, il y a là une erreur totale. Fini, les médias, place aux Massive Media. Pourquoi en anglais ? Parce qu’ils sont nés là-bas, il faut le reconnaître. Et Massive, mais pour cela pas besoin de plus d’explications, cela tombe sous le sens.
L’histoire débute avec une affirmation d’un autre temps. Pour prendre la défense des chaînes de télévision, et plus particulièrement des fleurons du petit écran, celles dont les audiences sont au-dessus de la moyenne, il est d’usage d’affirmer que l’internet n’est pas fédérateur. Au sens où regarder une chaîne de télévision, tous, au même moment, à une heure de grande écoute, l’est. Il est vrai qu’Internet n’est pas un média, en ce sens. Il ne captive pas des millions de personnes devant un programme donné, et ceux qui ont tenté cette expérience n’ont eu que des chiffres pitoyables à présenter.
Pourtant, Internet est fédérateur, comme jamais la télévision, ou la radio, ou la presse ne l’ont été et ne le seront jamais. Sur internet, on se rassemble devant un protocole, pas une chaîne. C’est plus massif. Et justement cela s’adresse aux masses. Facebook, Google, Twitter, YouTube, Daily Motion sont des Massive Media.
Les chiffres sont vertigineux. 330 millions d’utilisateurs pour Facebook ; une croissance de plus de 100% pour Twitter, ou encore les milliards de vidéos distribuées par YouTube. Voilà qui appartient déjà à une autre sphère. Incomprise, décriée parfois, mais qui n’est plus à nier. Il n’y a plus qu’à attendre que les autres s’écroulent enfin, et que leur pouvoir de nuisance s’effondre aussi. Entendez par là, que les vieux médias ont encore pour eux l’affection des annonceurs et de leurs agences conseils. Cela ne devrait plus durer trop longtemps.

Pas Zapping, mais rapt

La force de ses massive médias est de réussir à résoudre l’équation des infinies. Ils sont à la fois globaux, mondiaux, immédiats, continues, mais aussi personnels, locaux, à la demande, asynchrones, etc. Leur géométrie n’a plus aucun point commun avec ceux de la génération précédente. Leur mode de dissémination est, elle aussi, hors normes. Ils ne font pas de publicité, ou très peu. Pas de promotion, ni même d’auto-promotion, ou encore très peu - d’ailleurs la sortie des spots publicitaires pour Yahoo ! en dit long sur le retard pris par ce portail, sans parler dans un autre registre des tentatives d’Orange ou SFR de mettre en avant leurs propres services.
Caractéristiques intéressantes, ils réinventent à chaque fois qu’un nouveau Massive Media émerge ce qu’est le Massive Media. Ainsi, il n’existe pas de matrice continue entre Twitter et Facebook, et encore moins Google. La grammaire des sites est différente, le but aussi, bien qu’ils soient abusivement décrits tous comme des médias sociaux. Ce n’est qu’une petite part de leur nature. Les ponts existent en revanche. Ils sont indispensables, au nom de la sacro-sainte interropérabilité horizontale, dont nous avons déjà tracé les grandes lignes.
Néanmoins, il semble qu’après un certain temps, l’un finisse toujours par supplanter les autres. On l’a vu avec la fin programmée de MySpace, incapable de réagir à la montée en puissance de Facebook. Car, en définitive, il n’y a pas concurrence, mais vol d’utilisateur. Il n’y a pas zapping, pour reprendre une analogie avec l’ancien monde, mais rapt. Utiliser un protocole requiert une adhésion, un moment de la vie.
Cela rend, encore une fois, la prédiction bien difficile et hasardeuse. Ainsi, il n’est pas suffisant de vouloir concentrer les Massive Media dans un meta-Massive Media pour réussir le coup parfait. FriendFeed en est la plus parfaite illustration. Il n’est pas non plus pertinent de vouloir faire mieux, en améliorant tel ou tel point, ou aspect et fonctionnalité, comme avec Pownce, ou un autre.
Dans le même registre, Twitter est un aboutissement. Facebook est un aboutissement. Entre YouTube et Daily Motion, la différence est plus succincte, c’est juste, mais la bataille n’est pas terminée. Ces deux sites ne seraient pas à proprement parler des Massive Media. Ils sont une transition entre Google et autre chose qui est encore à définir, et reste finalement à inventer. Fermons cette parenthèse.

Effroi des politiques

Le Massive Media parle de nous. A une nuance près. Il n’est pas un artefact de foule, mais le rassemblement dans une dimension virtuelle de singularités inédites. Et bien souvent leur rapport avec un existence réelle, entendez par-là, hors du monde virtuel, n’est pas une obligation ; les identités virtuelles, celles dont on se sert sur le Massive Media, ne sont pas un corollaire d’un état civil, d’une appartenance à une nation, ou à une culture. Cela explique en grande partie l’effroi des politiques lorsqu’il s’agit de réglementer, surveiller ou punir les agissements sur les Massive Media. D’ailleurs, sans aller jusqu’à faire de la politique fiction, il faudra tout de même bien un jour que soit posée la question des frontières du virtuel. La création d’une géographie ad-hoc devra forcément passer par une remise en cause des délimitations actuelles - repenser à ce sujet l’affaire Twitter en Iran.
A suivre...

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10 Commentaires

  1. Philippe Astor le 11 novembre 2009

    Réflexion intéressante. Le côté assez paradoxal de la chose, c’est que ces massive medias ne sont en réalité que la face visible d’une multitude de monomédias, dans lequels chacun de nous est confronté au prisme de sa propre singularité, et se retrouve peut-être bien seul en définitive...



  2. Dexter le 11 novembre 2009

    Article qui fait du bien à lire. Les TF1, NRJ & consors feraient bien d’y jeter un oeil attentif.

    Croyez-le ou pas mais non content de ne rien avoir venu venir, ils pensent toujours dans leur immense majorité que le net est un joujou, une vaguelette pour reprendre votre image, qui ne remettra pas véritablement en cause leur hégémonie. Ca leur vole une partie de leur CA mais bon, on n’a qu’à racheter un ou deux sites histoire de faire illusion et faire joli dans Mediamétrie....

    Plus dure sera la chute, et il n’y aura vraiment pas grand monde pour les pleurer



  3. Oui-Oui le 11 novembre 2009

    "En fait, on n’avait pas rien vu venir.”

    "D’ailleurs, sans aller jusqu’à faire de la politique fiction, il faudra tout de même bien un jour que soit posée la question des frontières du virtuel“

    Deux phrases qui en disent long sur le retard et la compréhension du Multi-Media, l’interactivité, la longue traîne, le P2P, et bla et bla…

    Les réseaux ont pris une ampleur inégalée dans le flux de l’information.

    L’interactivité, entre autres, est une puissance sans commune mesure qui balaie toutes les intoxes des médias "officiels”.

    Les journaux, les télés et radios ne connaissent que la désinformation, les non dits, la manipulation, ou la non-information voire les mensonges éhontés d’une démocratie républicaine en dérive.

    Même subventionnés, ces médias ne font plus recette.

    Dadvsi nous a dévoilé une tout autre réalité sur le pouvoir usurpé de nos pantins politiques tentant par tous les moyens dont ils disposent de discréditer et de récupérer le média internet.

    Il en va de la survit d’un bon nombre de dinosaures alors fini de rigoler ! Ils deviennent bêtes et méchants et le grand écart leur sera de plus en plus intenable.

    Faire porter la responsabilité de leurs échecs sur d’innocentes victimes désignées pirates ou autre n’aura point d’incidence sur l’évolution en court.

    Notre société est a réinventé et nous avons besoin d’un internet neutre pour y parvenir. C’est sans appel, sans condition, sans compromis.

    La France a choisi la pire des solutions avec Hodapi. Nous le déplorons tous en sachant pertinemment qu’elle dévoile un état d’esprit petit et incompatible avec les enjeux d’un monde complexe.

    Et c’est surtout ne pas accepter notre évolution et chercher d’inutiles tracas supplémentaires. Créer le chaos pour mieux diriger est une méthode dépassée, dangereuse qui a montré ses limites et son inefficacité.

    Hélas, le passage en force n’augure rien de bon dans le proche avenir et la violence en devient la seule alternative.

    Bien triste conclusion en espérant me tromper.

    PS : "monomédias“ cher Philippe, vous m’avez bien fait rire !



  4. Sand le 12 novembre 2009

    Cet article est un chef-d’oeuvre.



  5.  le 12 novembre 2009

    Pourquoi toujours opposer tout le monde sur internet ? Chacun y a sa place, sites de médias comme réseau sociaux, ou blogs.

    Les audiences se répartissent, se scindent et se démultiplient certes mais pourquoi toujours opposer vieux médias et anciens ?

    Ils n’ont pas la même utilité.

    Nous avons besoin que les vieux médias fasse leur travail de réflexion, d’analyse, de mise en perspective des événements, que les réseaux sociaux puissent être des outils simples et rapides pour mettre en relation ou véhiculer de l’info brute et que les blogs dénichent les nouvelles tendances.

    Internet permet justement cette diversité de sources, d’analyses. Soyons heureux d’avoir tout ça à disposition.



  6. Patrice le 12 novembre 2009

    Un article très intéressant effectivement et qui n’est pas sans me rappeler le concept de société réticulaire développé par Bard et Soderqvist dans leur livre "Les Netocrates".J’aurai aimé cependant qu’Emmanuel nous livre une réflexion un peu plus poussée sur l’impact de ces nouveaux médias. Est-ce que Facebook ou Google nous permettent de mieux appréhender les défis qui s’offrent à nous ? Permettront-ils de "réinventer la société" comme le souhaite un commentaire ? Quand on voit le niveau moyen des informations circulant sur Facebook, ou les requêtes les plus courantes sur google, on peut en douter et penser avec Bard et Soderqvist qu’ils ne sont que des réseaux pour "consomtariens" (les prolétaires de l’internet condamnés à consommer).



  7.  le 12 novembre 2009

    @oui oui,

    >PS : "monomédias“ cher Philippe, vous m’avez bien fait rire !

    Oui, c’est bizarre, je pensais à des médias "monomaniaques" et mon clavier a fourché dans sa tentative de néologisme, mais j’étais encore loin de ce que je perçois en réalité comme l’émergence d’une multitude d’"égomédias" - fussent-ils multimédia - qui enferment quand même chacun dans sa vision (egomaniaque ? ) du monde...



  8. Oui-Oui le 12 novembre 2009

    "qui enferment quand même chacun dans sa vision (egomaniaque ? ) du monde...“

    La nature humaine est ce qu’elle est.

    Mais, nous sommes des aventuriers, nous avons besoin d’espace et dans ce monde fini, le virtuel reste un Eldorado… une ouverture, pas une fermeture !

    De plus, des nuages se pointent à l’horizon du réel, qui nous permet de rester couverts en cas de forte précipitation…

    Les enjeux de demain ne sont déjà plus ceux que nous connaissons…

    La conscience collective n’est pas encore sûre d’elle, pourtant elle bouillonne d’impertinence.

    Les réseaux sont un formidable outil d’expérimentation, de confrontation, d’évolution.

    C’est La Culture par excellence, le point d’orgue des langages, des sciences, des connaissances, de réflexions, ,…

    Ce qui nécessite un minimum de discernement, mais qui colle à chacun suivant, son âge, sa religion, sa couleur de peau, sa curiosité, ses desiderata, son humeur, ses gênes, ses grâces et ses défauts…

    Tout n’est jamais rose dans un arc-en-ciel… Et heureusement !

    Les médias officiels ont raté des coches, et leur arrogance ne les aide pas.

    Imposer les médias par une réglementation, de nouvelles taxes, ou sectoriser le net ne changera rien.

    Cela dénote une incompréhension totale sur le fonctionnement des réseaux, sur un manque évident de philosophies, de sciences, une inculture de l’outil informatique et une profonde insulte au genre humain. Et c’est peu dire !

    En attendant, un fossé se creuse depuis environ 30 ans… Ceux qui débarquent souhaitent interdire ou réglementer le net pour préserver leurs acquits !

    Ben, voyons, qui manque de tolérance ? d’ouverture ?

    Qui sont les enfermés ?

    Oui-Oui



  9. Philippe Astor le 12 novembre 2009

    @oui oui,

    Vous prêchez un convaincu. Je m’interroge juste sur les effets secondaires :-)



  10. Oui-Oui le 12 novembre 2009

    @Philippe

    "Vous prêchez un convaincu. Je m’interroge juste sur les effets secondaires :-)”

    La jouissance est cérébrale !

    devons nous la craindre ? Ou la partager ?

    En espérant que cela réponde à ton principe de précaution… secondaire.

    Oui-Oui



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