Manœuvres d’été dans le « cloud » : Apple dans l’expectative (1/4)
Le nuage musical d’Internet a été le théâtre de nombreuses manœuvres au cours de l’été. Analyse en quatre volets de l’état du marché en cette rentrée, alors qu’Apple vient de décevoir les attentes de ceux qui pronostiquaient, sans trop y croire, le lancement par la firme de Cupertino d’un service de streaming ou de « locker » sur abonnement.
Il y avait peu de chances pour qu’Apple annonce, lors de sa traditionnelle conférence annuelle de rentrée, qui nourrit chaque année des montagnes de spéculations, le lancement d’un service de streaming illimité sur abonnement ou d’un système de stockage déporté des bibliothèques iTunes de ses clients. Il ne fait aucun doute, en revanche, qu’Apple ne tardera pas, tôt ou tard, à se positionner face à toutes les manœuvres qui ont eu lieu dans le nuage musical d’Internet cet été, sur un terrain ou son absence crée un grand vide, de nombreuses attentes et autant d’incertitudes.
Mais pour la Pomme, rien ne presse. Une étude de NPD Group réalisée aux États-Unis et publiée mi-juillet estime que 8 millions d’américains seraient prêts à souscrire, à hauteur de 10 dollars par mois ou plus, à un service sur abonnement proposé par Apple qui leur permettrait d’accéder à leur bibliothèque musicale personnelle dans le nuage d’Internet (c’est à dire depuis n’importe où et n’importe quand, dans le « cloud »), à partir d’un appareil iPod Touch, iPhone ou iPad.
De quoi faire beaucoup d’ombre à des concurrents comme Rhapsody (650 000 abonnés aux États-Unis) ou Spotify (500 000 abonnés en Europe), et à toute la ribambelle de nouveaux entrants sur le marché du streaming, de Rdio à MOG ; en raflant rapidement 70 % ou 80 % de parts de marché, comme dans le téléchargement.
Comme le souligne Michael Robertson, fondateur de Mp3.com puis de Mp3tunes.com, dans une analyse récente du marché des services de musique sur abonnement, Apple est en mesure de toucher directement plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs d’iTunes sur le seul territoire américain, dont il connaît l’adresse e-mail et qui lui ont déjà communiqué leur numéro de carte bancaire. Ils sont 160 millions dans le monde, a indiqué Steve Jobs dans son keynote de rentrée, qui ont acheté sur iTunes 11,7 milliards de chansons, 450 millions d’épisodes de séries TV, 100 millions de films et 35 millions de livres.
160 millions de clients d’iTunes dans 23 pays
Apple est en outre seul à pouvoir accéder à la base de données iTunes de tous ces utilisateurs, pour leur offrir un service entièrement personnalisé dont les recommandations ont toutes les chances de faire mouche, sans parler de la possibilité, pour ses développeurs, d’utiliser des fonctions cachées de ses appareils.
De part la nature fermée et propriétaire de son environnement, c’est également le seul acteur à même d’écarter le cas échéant, sur ses propres appareils qui dominent eux aussi le marché, quelques indésirables parmi ses concurrents, à commencer par ceux qui n’auraient pas encore obtenu toutes les licences nécessaires de la part des maisons de disques. L’américain Grooveshark vient d’en faire les frais, qui a vu son appli iPhone bannie du App Store à la demande d’Universal Music, l’une des trois majors qui n’ont pas encore signé d’accord avec ce service.
Sur le papier, il suffirait donc à Apple de relever ses filets pour emporter la plus grosse pêche les doigts dans le nez. Le seul véritable retard que la firme ait à combler est le déficit d’intégration de sa plateforme iTunes avec des réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, auquel le lancement d’une version Web d’iTunes, qui avait été pronostiqué, aurait pu remédier. Ce sera finalement, à contre-pied, le rôle dévolu à un nouveau réseau social créé de toute pièce par Apple, et baptisé Ping. Dédié à la musique et intégré au logiciel iTunes, Ping s’adressera à une base de 160 millions de clients d’iTunes Store dans 23 pays.
Mais pour l’instant, rien n’est encore joué. Selon des exécutifs de l’industrie musicale américaine cités par le blog AlthingsD du Wall Street Journal, la firme n’a encore conclu aucun accord avec les ayant droit, qui n’ont qu’une très vague idée de la nature du service qu’elle envisage de lancer et ne sont pas prêts à lui accorder les conditions qu’elle essaie de leur imposer. Quant à la ferme de serveurs que fait construire Apple à grands frais à Maiden, en Caroline du Nord, laquelle pourrait constituer l’épine dorsale d’un service d’accès distant aux contenus délivrés par iTunes (musique mais aussi films et séries TV), elle n’est pas encore complètement opérationnelle.
