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Mais où est le Spotify de la video ?

L’entrée dans l’ère du numérique promettait de révolutionner nos usages en offrant de nouvelles possibilités de consommation. Quelques années plus tard, nombre de nos attentes n’ont pas été satisfaites. Si des services récents tels que Spotify facilitent enfin notre écoute de musique, les offres innovantes de nature audiovisuelle brillent, quant à elles, par leur absence.


Récemment abonné à Spotify premium, j’ai désormais accès, pour moins de dix euros par mois, à un catalogue de plus de six millions de titres, où je veux, quand je veux, depuis n’importe quel ordinateur relié à Internet ou depuis n’importe quel téléphone compatible. Enfin. Tellement satisfait du service, je me suis mis en quête d’une offre équivalente pour tous les contenus audiovisuels : un accès rapide à un catalogue de plusieurs millions de films, de séries, d’émissions télévisées, de retransmissions sportives ou encore de contenus générés par les utilisateurs, et ce depuis un ordinateur, un mobile ou encore une télévision. Je n’ai évidemment pas trouvé d’offre qui remplisse ces conditions. Un tel service nous faciliterait pourtant la vie en nous évitant de recourir à des dizaines de sites plus ou moins légaux pour accéder à l’ensemble de nos films et programmes favoris.


Hulu, le rêve américain

L’américain Hulu pourrait remplir certaines de mes attentes : gratuité, qualité du service et des contenus. Basée sur un partage des revenus publicitaires, la plateforme de VOD gratuite permet en effet d’accéder aux films et séries des catalogues de NBC, ABC, la FOX, et de nombreux autres réseaux, parfois même avant leur diffusion à la télévision. Si son catalogue est loin d’être exhaustif, Hulu ouvre toutefois la voie de l’accès gratuit à des contenus premium et rencontre un réel succès outre atlantique avec près de 382 millions de vidéos consultées en juin dernier selon une étude Comscore. Les contenus proposés ne sont toutefois pas disponibles en dehors des frontières américaines. Un comble pour un service dont le slogan était à l’origine « Anytime Anywhere ». FAIL diront certains.
Longtemps annoncée, sa venue en France paraît d’ailleurs bien compromise pour le moment. A l’heure actuelle, Hulu ne peut pas mettre à la disposition gratuite des internautes français des contenus pour lesquels des droits de diffusion ont été cédés en France. Si tel était le cas, il irait à l’encontre de la logique de territorialité des droits qui suppose que les cessions de droits de diffusion soient géographiquement limitées. Hulu s’exposerait alors aux foudres des opérateurs français ayant déjà acheté les droits de diffusion des séries et films concernés. Il arriverait alors la même chose qu’au distributeur américain de South Park l’année dernière : en mettant en ligne sur son site tous les épisodes de la série, ce dernier avait violé la propre exclusivité de distribution qu’il avait accordé à Canal+ sur le sol français. Suite à une plainte de la chaîne cryptée, il avait dû bloquer l’accès à son site internet depuis l’hexagone.


MySkreen, l’utopiste français

Alternative française à l’offre déployée par l’américain Hulu, mySkreen tente aujourd’hui de réussir là où tous les autres acteurs nationaux ont échoué : l’agrégation de programmes de télévision de rattrapage. Le site a l’ambition d’être « la plate-forme technique réunissant les ayants droit et diffuseurs pour permettre l’émergence d’une offre grand public simple d’accès et respectueuse du droit d’auteur et des intérêts économiques des acteurs traditionnels » confiait à ElectronLibre son fondateur Frédéric Sitterlé. Lancé au début de l’été mySkreen décolle toutefois difficilement. Les grands diffuseurs français monopolisant les droits de diffusion, il est fort à parier que ce Hulu-like rencontrera bien des obstacles avant de pouvoir proposer gratuitement un catalogue associant des programmes de catch up tv et des films en VOD.
Ces grands diffuseurs font, en effet, preuve de mauvaise volonté. Souvenez-vous de Wizzgo, ce service d’enregistrement en ligne qui avait réussi à séduire près de 400 000 foyers entre juin et novembre 2008. Attaqués par de nombreuses chaînes de télévision en raison de l’illégalité avérée de leur service, les fondateurs de Wizzgo avaient souhaité trouver un accord avec les ayant droit, afin de mettre en place ce qui ressemblait in fine à un agrégateur de catch-up tv. Ils s’étaient alors heurtés à « l’inertie ou l’hypocrisie des principaux acteurs du secteur audiovisuel » pour reprendre les mots de Philippe Savary, co-fondateur de Wizzgo. Sur le blog du service, ce dernier constatait que les diffuseurs étaient « restés sourds à (leurs) propositions de rémunération des ayant droit ». « Ils prétendent souhaiter l’émergence de nouvelles offres légales mais dans les faits bloquent toute initiative de modèle innovant permettant d’avancer dans ce sens » écrivait-il amèrement. Le service avait dû fermer peu de temps après.


Orange, le meilleur ennemi

Aux vues de l’immobilisme des diffuseurs nationaux, les internautes français peuvent-ils espérer bénéficier un jour d’un service combinant la qualité et la rentabilité d’un Hulu à l’accessibilité d’un Youtube ? S’il est difficile de répondre avec certitude à cette question, il faut noter que la nouvelle place de choix des FAI dans le paysage audiovisuel entretient l’espoir. L’ère de la dématérialisation, et le succès de la télévision par ADSL leurs ont en effet conféré un rôle central dans la diffusion des œuvres cinématographiques et audiovisuelles. A la croisée des chemins entre l’univers des réseaux et celui des contenus, ils sont les seuls à bénéficier des moyens financiers permettant la construction d’une offre comparable à un Spotify de l’audiovisuel, là où des acteurs comme Youtube ou Dailymotion cherchent encore et toujours un modèle économique viable.
Parmi les FAI français, Orange est sans aucun doute celui qui possède les moyens de son ambition. Souhaitant intégrer la logique ATAWAD (AnyTime, AnyWhere, Any Device) au cœur de ses offres, il est entré avec force sur le marché de l’audiovisuel. Tout en prenant des engagements dans le financement de la production cinématographique française, l’opérateur historique se constitue progressivement un catalogue de contenus premium (films, séries télévisées, droits de retransmission d’évènements sportifs), dont la négociation des droits s’axe notamment sur la diffusion multi-supports. Orange a ainsi négocié l’année dernière avec la Warner l’acquisition de droits pour une diffusion à la fois sur TV, ordinateur et mobile. « L’accord est une première mondiale pour un studio américain comme Warner » se félicitait Patricia Langrand, à l’époque directrice de la division « Contenus » de l’opérateur historique (elle a depuis été remplacée depuis par Xavier Couture).


Diffusion exclusive

Il existe toutefois un obstacle majeur à la construction de l’offre audiovisuelle rêvée. En effet, même si Orange détient tous les outils pour proposer un accès ATAWAD généralisé à un catalogue quasi exhaustif, il n’en fera pour autant rien. La raison est simple : cela va à l’encontre même de sa stratégie commerciale. En effet, si l’opérateur historique acquiert chèrement des contenus, ce n’est pas dans le but de les diffuser le plus généralement et le plus rentablement possible, mais dans celui de se différencier de ses concurrents ADSL. Il importe peu qu’Orange perde de l’argent lors de la diffusion d’un match de Ligue 1 de football, dès lors que cette diffusion exclusive lui permet d’attirer de nouveaux clients ADSL. Les contenus n’ont pas de valeur en tant que tels, ils constituent un gage d’adhésion d’une partie de la population. Ils sont seulement des produits d’appel.
La stratégie de l’opérateur historique, que l’on pourrait qualifier d’autodistribution exclusive, a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de ses concurrents. Arguant qu’Orange était coupable de concurrence déloyale, ces derniers ont agi à plusieurs reprises en justice. Ils ont finalement été déboutés de leur demande par la Cour d’Appel de Paris le 14 mai dernier. Saisie du dossier, l’Autorité de la concurrence s’est abstenue de trancher et s’est contenter de botter en touche en réclamant une intervention du législateur. En attendant le futur texte, Casimir, comme le surnomme Canal +, reste libre de priver une partie de la population, non désireuse de souscrire à l’offre ADSL la plus chère du marché, de l’accès à bon nombre de contenus. Demandez aux amateurs de football ce qu’ils en pensent…


4 Commentaires. Ajoutez le votre +

what.cd.4.todz@gmail.com 5 octobre 2009

Moralité si vous n’êtes pas chez Orange ils ne veulent pas de votre argent, seule solution : pirater leurs contenus ?

Cyril 5 octobre 2009

Les analogies de modèle économique entre industries de la musique et du cinéma mènent souvent à un mur, surtout ces dernières années.



Le rêve d’un Spotify du cinéma semble effectivement totalement utopique : il irait précisément à l’encontre de toute la chaine de valeur actuelle du film, où -contrairement à la musique- les exploitations sont organisées et segmentées par support (salle, DVD, VoD, payTV, freeTV).
L’existence de ce second marché des films après la salle est absolument fondamental pour leur équilibre économique. Les diffusions assorties de périodes d’exclusivité (territoriales) sont ainsi vendues TRES CHER à des chaines TV (gratuites ou payantes, TNT, cabSat).
C’est ainsi que l’industrie du cinéma amortit ses catalogues, et menacer ou détruire ce relatif équilibre pour un marché très incertain du "tout le cinéma ATAWAD pour 10E/mois"(même 30E/mois) serait un non-sens industriel. Dommage car ce serait un rêve pour nous, spectateurs-consommateurs...



Les oeuvres de télévision ont peut-être plus de chances d’y arriver, car leur second marché est quasi nul actuellement, donc de telles offres sont sans destruction de valeur pour les producteurs ou les chaines qui les ont financées (sous réserves qu’elles ne viennent pas menacer les semaines de catchupTV, nouvelle marotte des chaines TV).



Mais dans les 2 cas, on se retrouve avec du fond de catalogue, là où en matière de musique, Spotify peut effectivement se permettre de proposer des albums tout juste sortis dans les bacs.



Notons qu’il y a qq jours s’est ouvert le site vodkaster.com, une des très rares tentatives légales de valorisation du cinéma à l’heure du web 2. Et une fois n’est pas coutume, l’initiative est française.
Gratuit, communautaire, ludique et érudit, Vodkaster est une plateforme totalement dédiée aux scènes de films. Et donne furieusement envie de voir/acheter/découvrir de nouveaux films, ce qui semble avoir séduit les ayants droit car permet précisément de dynamiser, sans le cannibaliser, le second marché des catalogues de films.
Le hulu à la française existe désormais, mais en petites coupures ;-)

Stanislas Frécher 5 octobre 2009

Un Spotify de la vidéo relève effectivement, à l’heure actuelle, de l’utopie. Il est difficile d’envisager un catalogue exhaustif en raison des nombreuses exclusivités (supports, territoires, chronologie) qui caractérisent la diffusion des oeuvres et en fondent le modèle économique.



Toutefois, l’exemple d’Hulu, associée à la refonte de la chronologie des médias, entretiennent l’espoir d’un accès plus aisé et moins couteux à un ensemble d’oeuvres. Il s’agira dans un premier temps des contenus TV, dans une optique de catch up tv, et des films de catalogue.



Il est clair que pour les contenus premium un tel catalogue semble délicate, sauf à revoir intégralement leur modèle de financement. Ce n’est sans doute pas pour demain, mais ce n’est pas inconcevable aux vues de la redistribution des rôles sur le marché de l’audiovisuel. Quels acteurs financeront demain les films ? Quels seront leurs intérêts ? Dur de répondre à ces questions. Les données ont évoluées ces dernières années, et nul doute qu’elles évolueront encore dans les années à venir...

 8 octobre 2009

http://mediamemo.allthingsd.com/200...



Spotify se lance dans la vidéo...


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