Les radios ne profitent pas de l’effet Mondial
Cette dernière vague de sondage dévoilée par Médiamétrie sonne comme un rappel pour toutes les stations ou presque, la radio n’est pas un média en bonne santé. Il y eut bien quelques rebonds cette année, avec de bonnes performances pour Europe 1, France Inter et RMC, mais d’une manière générale, une étude objective ne peut prétendre que la radio se porte au mieux, bien au contraire.
La vague Avril-Juin 2010 (29 mars au 27 juin 2010, très exactement) a été marquée par son lot d’affaires, par la Coupe du Monde de Football, mais aussi l’arrivée des premiers jours de la canicule ou les inondations dans le sud, et bien sûr les fumées de cendre du volcan islandais Eyjafjöll. Un cocktail sur-vitaminé, parfait pour doper au mieux les audiences des stations d’information, la radio étant le meilleur média "à chaud", celui sur lequel on se branche pour savoir ce qui se passe, avant la télévision, avant la presse, et même pour certains encore, avant l’internet. Et bien pas cette fois...
Alors bien sûr, RMC conserve sa bonne habitude d’enregistrer une vague en progression de plus, pour établir un record d’audience avec 6,8%. Pas de quoi pavoiser, l’audience cumulée gagne un petit 0,1 point d’une année sur l’autre, voilà un rendement très faible en pleine Coupe du Monde de Football alors même que la station s’est faite la championne des émissions sur le sport. Que diable ! La France se fait éliminer pitoyablement ; Raymond Domenech lit le communiqué des joueurs retranchés dans le bus ; les bleus sont la risée du monde entier ; rien n’y fait, RMC bardé de prises d’antenne, de consultants enfiévrés, ne décolle pas, tout juste un sautillement.
Que dire aussi d’Europe 1. 2010 annus horribilis pour son patron Alexandre Bompard, qui se voit tour à tour intronisé à France Télévisions, puis plus rien - pire, remplacé dans la tête du président de le République par Rémy Pflimlin -, pour finir sur un sondage médiocre, qui lui sera peut-être bien reproché au moment de faire les comptes, par l’actionnaire Lagardère. La station de la rue François 1er affiche en effet un piètre 8,7%, en baisse de 0,4 point comparé à avril-juin 2009. Et s’il est vrai que la dernière vague n’est jamais favorable à Europe 1, une station qui perd toujours ses auditeurs sur l’autoroute des vacances, comme aimait à le répéter Jérôme Bellay - faute d’avoir des émetteurs là où il faut -, ce 8,7% fait tache. Alors Europe 1 a beau expliquer qu’il s’agit de la meilleure saison de la radio depuis bien longtemps, avec 4 983 000 d’auditeurs en moyenne, contre 4 879 000 en 2008-2009, Alexandre Bompard se doit de rectifier le tir au plus vite, soit dès la rentrée. Son avenir à la tête de la radio en dépend.
En tête du classement, RTL n’a pas non plus très bonne mine. Avec 12,1% d’audience cumulée, la station du groupe Bertelsmann, s’en sort avec les honneurs, mais comme toutes les autres généralistes elle subit un fort repli de sa durée d’écoute. Un indice inquiétant pour une radio habituée à être écoutée du matin au soir par un public quasi captif. C’est à se demander d’ailleurs si l’outil Médiamétrie n’a pas connu une défaillance... La durée d’écoute de RTL recule en effet de 14 minutes ! Et cela ne fait pas exception, loin de là, puisque RMC est aussi touché (-13 minutes), Europe 1 enfin un peu moins (-5 minutes). Pour cette dernière, il convient d’ajouter que la mauvaise performance en AC est certainement liée aussi à cette moindre baisse de la durée d’écoute. En effet, il faut savoir qu’une durée d’écoute qui baisse est bien souvent le signe d’une audience cumulée qui monte, un phénomène qui est très net sur des radios musicales, par exemple. Bref, paradoxe de la mesure radio, Europe 1 aurait peut-être pu sauver les meubles avec une durée d’écoute en plus forte baisse...
Affaire Bouvard
Le cas France Inter requiert aussi un peu plus d’attention. La station du service public est en crise ouverte. L’éviction des humoristes Guillon et Porte de la tranche matinale - sacrifice avéré ou non d’une direction incarnée par Philippe Val, à son actionnaire préféré - a mis le feu aux poudres. Des auditeurs ont réagi violemment, l’affaire est devenue nationale, il y eut même une manifestation de soutien aux portes de la maison ronde. Et comme bien souvent, cette atmosphère électrique a des effets contradictoires sur les audiences. Si l’on se réfère aux histoires passées, le départ de Philippe Bouvard n’avait pas suffisamment motivé les pensionnaires des maisons de retraite pour venir embouteiller la rue Bayard, en revanche, pour beaucoup d’entre eux ce fut un signal : la fin de radio luxembourg. L’audience s’effondra, en quelques mois, RTL perdît 4 points ! Un gadin historique. Et pour beaucoup d’observateurs, le départ des humoristes vitriolants pourrait bien avoir le même effet sur Inter. Oui. Possible. Mais pas tout de suite. La station phare du service public s’en sort très bien cette fois encore, avec 10,3% d’audience cumulée mais pour elle aussi, la durée d’écoute est en berne (de 2h18 à 2h07 seulement). Comment expliquer cette bonne audience ? Est-ce le baroud d’honneur des pestiférés de la matinale qui a été la locomotive de l’audience ? Ou bien, leur départ restera comme un non événement pour un bassin d’audience, qui de toute façon n’ira pas sur une autre radio, à cause de son aversion chromosomique pour la publicité ? Trop tôt pour répondre encore, il faudra attendre le premier sondage de la prochaine saison.
on/off
Les autres stations de service public connaissent des fortunes diverses. France Bleu ratisse de plus en plus large, avec une audience cumulée qui n’en finit plus de monter : 6,9 contre 6,5% d’audience cumulée, tandis que France Info n’est visiblement pas guérie. La station "tout info" demeure le meilleur thermomètre de la tendance générale de la radio. Cela se confirme sur cette vague avril-juin 2010, puisque la station est en retrait avec 8,2% contre 8,5, un an auparavant, malgré une durée d’écoute qui repasse au-dessus de 1 heure.
L’info ne fait plus aussi facilement recette sur la radio. Il semble clair cette fois que l’alchimie géniale qui est née entre l’antenne et le bouton on/off soit concurrencée de plein fouet par l’Internet. L’information n’est plus première sur les ondes, mais sur les écrans des iPhone, et des ordinateurs portables, que presque tout le monde possède aujourd’hui. A noter que France Culture enregistre une bonne progression de 0,2 point avec 1,7%, voilà qui donne à réfléchir dans un univers dominé par la vitesse, de voir la station de la raison, du temps de la pensée, du savoir profiter tout autant d’une embellie.
Les musicales sont un autre univers. Elles ne sont pas régies par les mêmes règles. NRJ n’a pas retrouvé la recette du succès qui l’avait menée en tête des radios françaises. C’était il y a quelques années maintenant... La station à la panthère enregistre un 9,8% d’audience cumulée (-0,2), alors même que ses concurrents directs Skyrock et Fun Radio sont en hausse. La première reprend ses bonnes habitudes avec un score au-dessus des 8% et une très bonne progression de la durée d’écoute. C’est coup double pour la radio de Pierre Bellanger qui culmine à 5,3% de parts d’audience. Pareil pour Fun Radio, la station musicale vedette du groupe Bertelsmann en France atteint 7,4% d’audience cumulée. En face, Nostalgie prend un veste avec un perte de 0,5 point à 6,5% d’audience cumulée, mais elle n’est pas la seule "adulte musicale" à trinquer. RFM est aussi à la peine avec 4,2% (-0,3). Enfin, le groupement des indépendants ajoute les stations les unes aux autres pour décrocher un très improbable 15,3% d’audience cumulée, en nette hausse d’une année sur l’autre, mais réalisé avec 126 stations en tout, contre 120 en 2009.
