Les producteurs indépendants, encore des déçus du sarkozysme
L’industrie de la musique avait cru dans les promesses de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, mais aussi dans la volonté affichée par le président fraîchement élu. Seulement, depuis, plus rien, la locomotive gouvernementale semble s’être arrêtée pour la musique, et les producteurs déchantent.
Les dossiers en attente s’accumulent, et c’est un long et strident cri d’alarme que Stéphan Bourdoiseau, le tout nouveau président de l’UPFI, lance aujourd’hui. Lors d’une conférence de presse, il s’est ainsi élevé contre l’absence de réponse du gouvernement sur "la carte musique jeune", dont on ne sait toujours pas officiellement quand elle sera lancée ; le crédit d’impôt ; ou encore une enveloppe de 10 millions supplémentaires promise pour le fonds IFCIC.
"Nous essayons de construire un nouveau monde, celui du réseau qui marie le contenu et le contenant, dans une phase de transition. L’Etat doit être aux côtés des producteurs", déclare Stéphan Bourdoiseau. Seulement voilà, ce n’est pas le cas. L’impression donnée par le gouvernement ces derniers temps montrerait bien plutôt un désengagement, voire un reniement des promesses passées. Autant dire que pour la musique comme pour le reste de la société, les promesses électorales ne valent que pour ceux qui les entendent...
Et l’Union des producteurs français indépendants de rappeler ainsi quelques chiffres inquiétants concernant l’industrie de la musique : le marché n’a pas progressé cette année, et au premier trimestre 2010, les ventes au détail "continuent de s’inscrire sur une pente décroissante (-6,8%), qui n’est pas compensée par la progression des ventes numériques". Au mieux, les ventes réalisées sur des plateformes de téléchargement ne représentent que 10% du total, autant dire que l’industrie de la musique est loin d’avoir achevée sa migration vers le "digital".
6 à 10 millions
Et justement, pour accélérer le mouvement vers ce tout numérique, les indépendants estiment que la "carte musique jeune", une idée du rapport Zelnik, est le bon remède. Selon les informations parues dans la presse, l’État serait disposé à libérer 25 millions d’euros sur trois ans. Pour les indépendants, cela représenterait entre 6 et 10 millions d’euros, sur un total de "revenus supplémentaires de 50 millions d’euros", souligne l’UPFI. Une estimation qui se base sur une consommation maximale de cette carte, dont on ne connait encore que trop peu le mode opératoire.
L’absence de réponse sur le crédit d’impôt, dont l’UPFI demande à la fois qu’il soit renforcé et simplifié, agace évidemment aussi le nouveau président, qui se refuse pourtant à incriminer directement le ministère de la Culture et de la Communication, alors que c’est lui qui doit faire avancer ces dossiers auprès des services de Bercy ou même de Matignon. Et si l’on objecte que les crises successives que traversent la France ou le monde ces derniers temps sont peut-être des explications à ce retard du train de l’État, Stéphan Bourdoiseau rétorque que "c’est un sujet prioritaire. On parle de petites sommes, pour un enjeu aussi significatif", sinon autant "cesser tout investissement dans la recherche, l’éducation, parce qu’il y a un déficit budgétaire", ajoute-t-il non sans ironie.
Le message est donc envoyé. Mais est-ce qu’il y a encore quelqu’un pour l’entendre au ministère de Frédéric Mitterrand ? Le directeur adjoint de cabinet Matthieu Gallet parti à l’INA, tout comme Olivier Henrard, qui lui a préféré quitter la rue de Valois avant de se voir dégradé, bref, les interlocuteurs naturels de la filière ont disparu. Et personne n’a encore été remplacé. Un comble dans un gouvernement de droite dont les membres avaient si bien su retisser le dialogue avec les artistes... Lors des élections !
