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Les exigences des candidats à l’AFP

Le 08 Mars 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

Tous les candidats officiels comme officieux à la présidence de l’AFP demandent à l’Etat un engagement clair sur la création d’une nouvelle société, la recapitalisation et le toilettage de la loi de 1957.

Les candidats à la présidence de l’AFP y regardent à deux fois avant de se déclarer. Hormis Olivier Zegna Rata qui a déposé officiellement sa candidature, tous regardent le dossier dans l’ombre. Qu’il s’agisse d’Emmanuel Hoog, président de l’INA qui a mené à bien le rajeunissement de cette société poussiéreuse, de Fabrice Boé, ancien patron de Prisma Presse ou de Bruno Patino, directeur général de France Culture, dont certains attendraient de lui qu’il précipite la mutation de l’agence dans le multimedia.
Tous ces candidats officieux n’attendent qu’une seule chose : que l’Etat leur donne un mandat clair pour mener à bien la réforme de l’agence. Une mission claire qui doit comporter plusieurs volets. Ils ont jusqu’au 25 mars prochain pour se signaler au comité de présélection.
Et tout d’abord l’affirmation nette et précise de l’indépendance de l’agence par rapport au pouvoir politique et économique. Toute rénovation de l’agence est, en effet, impossible si celle-ci ne peut pas travailler en toute liberté. Dans l’univers des médias ouverts, elle continuerait à perdre de sa crédibilité et par là même de sa valeur commerciale.
Dans cette perspective, le changement du statut de l’AFP est perçu comme une nécessité. La création d’une société à capitaux publics puis ensuite privés a été évoquée par tous les candidats potentiels. Certains ont même demandé à l’Etat de s’engager sur un calendrier précis de réalisation. La direction du développement des médias se veut rassurante, mais les positions ne se débloqueront qu’à partir du moment où l’Elysée prendra des engagements fermes en ce sens. Or, pour l’heure, le château qui encourage toutes les candidatures reste bien silencieux.
L’affaire est observée très attentivement par la Caisse des Dépôts qui se déclare, en privé, tout à fait déterminée, à reprendre 100% du capital de l’agence. Un pourcentage qui ne sera toutefois jamais atteint puisque le personnel de l’agence devra aussi être actionnaire. En s’engageant, la Caisse confirme qu’elle est prête à porter des parts qu’elle cèdera, par la suite, à de nouveaux actionnaires, publics comme privés.
Une éventualité qui soulèvera, à n’en pas douter, de vives protestations au sein d’une partie du personnel et explique en grande partie les réticences que certains candidats peuvent éprouver.
L’ouverture du capital de l’agence apparaît néanmoins pour tous les intéressés comme une nécessité pour l’entreprise qui doit être recapitalisée ; non seulement pour continuer d’alléger sa dette de 30 millions d’euros mais aussi pour continuer son virage amorcé dans le multimédia et procéder enfin à des acquisitions. Il faudra bien sortir de ce cercle infernal qui a conduit l’AFP jusqu’à aujourd’hui à financer son développement par de la dette. Ce besoin de financement garanti par l’Etat atteindrait au bas mot 65 millions d’euros, pour assurer un avenir à l’agence dans un marché décloisonné de l’information.

Abaisser le barème

L’avenir de l’agence passe par une amélioration de l’offre de contenus et la fourniture à ses clients de nouveaux services dans le domaine notamment du multimédia, qu’il faudra bien financer. C’est ainsi que l’AFP continuera d’être attractive sur le marché français et international, véritable axe de son développement. Il faut, en effet, savoir que la moitié du chiffre d’affaires de l’AFP est réalisée à l’international, 40% sont assurés par les abonnements de l’Etat et 10% seulement par les abonnements de la presse française. Un chiffre en constante diminution qui amènera le nouveau président à prendre un choix crucial : décider de les passer en pertes et profits ou abaisser le barème des abonnements tout en proposant en option d’aider la PQR à développer son secteur multimedia.
Tous les candidats, enfin, réclament un toilettage de la loi de 1957 totalement inadaptée au fonctionnement d’une société contemporaine. L’absence de représentants du monde de la radio, de la télévision et d’internet dans le conseil d’administration constitue en 2010 une anomalie qu’il convient de corriger. Sans pour autant récuser les huit représentants de la PQN et de la PQR présents à ce même conseil. Une solution devra être trouvée...
L’interdiction faite aux non français de devenir administrateur représente, là encore, une aberration si l’on sait que soixante nationalités sont représentées à l’AFP. Les conditions de nationalité devront être revues. Vaste programme dira t-on qui, à défaut d’être validé par tous ceux qui se sont penchés sur le dossier, révèle à tout le moins de l’étendue des changements qui sont à accomplir.

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6 Commentaires

  1. David Sharp (SOS-AFP) le 8 mars 2010

    Vous vous trompez sur le poids de l’international dans le chiffre d’affaires de l’AFP : la proportion est grosso modo de 40 % pour les contrats avec l’Etat et le reste partagé à moitié entre les médias français et l’international.

    Autrement dit, les médias français plus l’Etat français fournissent toujours environ 70 % des recettes de l’AFP.

    Quant aux menaces d’une privatisation, ou d’une étatisation par le bias de la Caisse des dépôts, vos hypothèses ne font que confirmer l’urgence de signer et de faire signer la pétition intersyndicale pour l’indépendance et la survie de l’AFP - http://www.sos-afp.org

    Merci, David Sharp (journaliste et syndicaliste AFP)



  2. Cadiot le 9 mars 2010

    Nous entendons toujours la même rengaine sur la nécessité de changer le statut. Le statut de l’afp est capable d’assurer l’indépendance, mais aussi le développement de l’afp. Il n’a jamais été une entrave, et M.Louette le disait lui-même avant que le gouvernement ne lui commande un "rapport". Depuis un an et demi, l’opposition résolue, non seulement du personnel, mais de milliers de journalistes, personnalités politiques -entre autres Didier Migaud, actuel présidnet de la Cour des Comptes, et Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne-, des résistants, des figures morales, des citoyens attachés à l’indépendance de la presse, a fait reculer le gouvernement. Le statut a permis à l’afp de se développer, mais aussi -c’est uen preuve par l’absurde- de faire des investissements extrêmement coûteux dans des produits qui contreviennent à sa mission. Jamais la France n’a eu autant besoin d’informations fiables, recoupées. L’afp est l’agence de référence. sa transformationen société, ou sa privatisation entraineraient et sa perte d’indépendance, -quand la Justice elle-même est menacée dans son indépendance- et très probablement la ferait couler.

    Jean-Michel Cadiot, jorunaliste à l’afp



  3. Cadiot le 9 mars 2010

    Rejoignez tous ces journalistes, écrivains, artistes, scientifiques, personnalités ou militants politiques,sportifs, résistants et figures morales (Stéphane Hessel, Danielle Mitterrand, Raymond Aubrac, Edgar Morin, parmi des milliers d’autres), en signant la pétition http://www.sos-afp.org

    Jean-Michel Cadiot

    Président de l’Associationde défense de l’indépendance de l’afp (ADIAFP)



  4. Christophe Beaudufe (président de la SdJ de l’AFP) le 9 mars 2010

    Je confirme en effet que vous faites erreur sur la répartition du CA de l’Agence entre l’international, le marché français et l’Etat. Le marché français privé représente grosso modo 40% du CA.Deuxième erreur : il y a bien des représentants de la radio et de la TV au CA : France Télévision et Radio France sont membres de droit du Conseil d’Administration.



  5. Emmanuel Schwartzenberg le 9 mars 2010

    Le chiffre d’affaires de l’AFP est assurée à 40% par les abonnements de l’Etat et à 50% par les activités internationales de cet établissement.Ce dernier chiffre intègre les activités internationales des sociétés françaises. TF1, Canal+, Lagardère pour ne citer que les sociétés médias se sont tellement repliés sur l’Hexagone qu’ils n’ont d’autre choix que d’acheter les contenus internationaux de l’AFP. L’Agence est administrée par un conseil d’administration comprenant, avec le Président-directeur général, seize membres, dont trois représentants des services publics usagers de l’Agence désignés par le Premier ministre, le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie et le ministre des affaires étrangères. Huit sièges (6 pour la pqn 2 pour la pqr), soit la majorité reviennent à la presse française . Deux sièges sont attribués aux membres du personnel de l’Agence et deux sièges reviennent à des représentants de la radiodiffusion-télévision française.Aucun siège ne revient à une société de télévision ou de radio privée. Aucun site internet n’est représenté. C’est cette anomalie que le nouveau président aura ou non à coeur de corriger.



  6. David Sharp (SOS-AFP) le 11 mars 2010

    Bonjour,Je ne sais pas quelle est la source de vos informations sur la ventilation du chiffre d’affaires de l’AFP entre activités françaises et internationales.

    L’étude que nous a fourni le cabinet APEX dans le cadre du droit d’alerte, et qui correspond aux chiffres donnés par la direction, montre par exemple qu’en 2009 le CA France, hors convention avec l’état, était estimé à 81,7 millions d’euros, et la contribution des clients internationaux à 80,1 millions (dont 13,2 millions générés par les filiales allemandes).Pour la même période, la contribution de l’Etat était de 109,6 millions selon la même source. CA total : 271,4 millions.

    Quant à la composition du conseil d’administration, je pense que vous faites une confusion entre la logique du statut de 1957 - qui veut que les administrateurs représentent des familles d’usagers, et non pas des clients au sens individuel - et celle d’une véritable coopérative animée et financée par les entreprises médiatiques qui en bénéficient directement, telle qu’Associated Press aux USA.

    Une changement de statut qui aurait pour effet d’introduire des clients spécifiques au conseil d’administration serait loin d’être banal - par exemple on serait alors face au problème de savoir ce qui devait arriver si le client en question devait se désabonner.

    Beaucoup d’entre nous se battent précisément pour empêcher une telle issue, et pour conserver l’esprit du statut de 1957.

    Cordialement, David Sharp (syndicaliste, webmestre du site http://www.sos-afp.org



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