Les exigences des candidats à l’AFP
Tous les candidats officiels comme officieux à la présidence de l’AFP demandent à l’Etat un engagement clair sur la création d’une nouvelle société, la recapitalisation et le toilettage de la loi de 1957.
Les candidats à la présidence de l’AFP y regardent à deux fois avant de se déclarer. Hormis Olivier Zegna Rata qui a déposé officiellement sa candidature, tous regardent le dossier dans l’ombre. Qu’il s’agisse d’Emmanuel Hoog, président de l’INA qui a mené à bien le rajeunissement de cette société poussiéreuse, de Fabrice Boé, ancien patron de Prisma Presse ou de Bruno Patino, directeur général de France Culture, dont certains attendraient de lui qu’il précipite la mutation de l’agence dans le multimedia.
Tous ces candidats officieux n’attendent qu’une seule chose : que l’Etat leur donne un mandat clair pour mener à bien la réforme de l’agence. Une mission claire qui doit comporter plusieurs volets. Ils ont jusqu’au 25 mars prochain pour se signaler au comité de présélection.
Et tout d’abord l’affirmation nette et précise de l’indépendance de l’agence par rapport au pouvoir politique et économique. Toute rénovation de l’agence est, en effet, impossible si celle-ci ne peut pas travailler en toute liberté. Dans l’univers des médias ouverts, elle continuerait à perdre de sa crédibilité et par là même de sa valeur commerciale.
Dans cette perspective, le changement du statut de l’AFP est perçu comme une nécessité. La création d’une société à capitaux publics puis ensuite privés a été évoquée par tous les candidats potentiels. Certains ont même demandé à l’Etat de s’engager sur un calendrier précis de réalisation. La direction du développement des médias se veut rassurante, mais les positions ne se débloqueront qu’à partir du moment où l’Elysée prendra des engagements fermes en ce sens. Or, pour l’heure, le château qui encourage toutes les candidatures reste bien silencieux.
L’affaire est observée très attentivement par la Caisse des Dépôts qui se déclare, en privé, tout à fait déterminée, à reprendre 100% du capital de l’agence. Un pourcentage qui ne sera toutefois jamais atteint puisque le personnel de l’agence devra aussi être actionnaire. En s’engageant, la Caisse confirme qu’elle est prête à porter des parts qu’elle cèdera, par la suite, à de nouveaux actionnaires, publics comme privés.
Une éventualité qui soulèvera, à n’en pas douter, de vives protestations au sein d’une partie du personnel et explique en grande partie les réticences que certains candidats peuvent éprouver.
L’ouverture du capital de l’agence apparaît néanmoins pour tous les intéressés comme une nécessité pour l’entreprise qui doit être recapitalisée ; non seulement pour continuer d’alléger sa dette de 30 millions d’euros mais aussi pour continuer son virage amorcé dans le multimédia et procéder enfin à des acquisitions. Il faudra bien sortir de ce cercle infernal qui a conduit l’AFP jusqu’à aujourd’hui à financer son développement par de la dette. Ce besoin de financement garanti par l’Etat atteindrait au bas mot 65 millions d’euros, pour assurer un avenir à l’agence dans un marché décloisonné de l’information.
Abaisser le barème
L’avenir de l’agence passe par une amélioration de l’offre de contenus et la fourniture à ses clients de nouveaux services dans le domaine notamment du multimédia, qu’il faudra bien financer. C’est ainsi que l’AFP continuera d’être attractive sur le marché français et international, véritable axe de son développement. Il faut, en effet, savoir que la moitié du chiffre d’affaires de l’AFP est réalisée à l’international, 40% sont assurés par les abonnements de l’Etat et 10% seulement par les abonnements de la presse française. Un chiffre en constante diminution qui amènera le nouveau président à prendre un choix crucial : décider de les passer en pertes et profits ou abaisser le barème des abonnements tout en proposant en option d’aider la PQR à développer son secteur multimedia.
Tous les candidats, enfin, réclament un toilettage de la loi de 1957 totalement inadaptée au fonctionnement d’une société contemporaine. L’absence de représentants du monde de la radio, de la télévision et d’internet dans le conseil d’administration constitue en 2010 une anomalie qu’il convient de corriger. Sans pour autant récuser les huit représentants de la PQN et de la PQR présents à ce même conseil. Une solution devra être trouvée...
L’interdiction faite aux non français de devenir administrateur représente, là encore, une aberration si l’on sait que soixante nationalités sont représentées à l’AFP. Les conditions de nationalité devront être revues. Vaste programme dira t-on qui, à défaut d’être validé par tous ceux qui se sont penchés sur le dossier, révèle à tout le moins de l’étendue des changements qui sont à accomplir.
