Les enfants de la télé, version 3.0
Une étude NPA tend à démontrer que la télévision reste le centre d’attention du foyer des Français malgré la concurrence des réseaux sociaux.
La télévision n’a pas encore émis son chant du cygne. Si elle continue de s’adapter, elle aurait même de belles années devant elle. Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, c’est ce qui ressort de la rencontre organisée par le cabinet NPA ce matin : mis devant un choix d’écrans de tailles et d’usages variés, les rejetons de l’audiovisuel que nous sommes ont plutôt tendance à choisir le bon vieux téléviseur.
Le bon support
La télévision nous plaît, c’est le constat de base fait par NPA. La vénérable aïeule télévisuelle est peut-être en train de gagner ce pari difficile : fédérer un auditoire déjà très éparpillé. Face aux ordinateurs, tablettes et autres smartphones, toujours plus populaires, la télévision aurait pu paraître fragile et lourde. Cependant, s’ils ont le choix, les utilisateurs auront tendance à profiter des offres de catch-up TV (télévision de rattrapage) gratuites et de la vidéo à la demande, sans compter des programmes télévisuels de base, sur leur poste de télévision plutôt que sur un autre type d’écran ! La télévision conserve un atout majeur : elle peut être regardée en groupe, ce qui est plus difficile pour les autres supports.
L’augmentation des offres de catch up et de VOD accessibles par téléviseur lors de ces dernières années montre clairement ce dont certains avaient eu l’intuition : si l’offre est égale ou comparable sur le petit écran et sur les autres supports, c’est le poste de télévision qui gagne. Dans ce contexte, les tablettes et ordinateurs seraient une solution complémentaire et une occasion de regarder d’autres genres de contenus. Il s’agit d’une bonne nouvelle surtout en ce qui concerne les revenus publicitaires des chaînes, car cela rassure les annonceurs, comme le souligne NPA. Il faut noter également le fait que les gros annonceurs traditionnels de la télévision ont dépassé le mode "stand-by" en ce qui concerne la catch up TV. Ils avaient en effet été frileux sur ce marché, mais se laissent désormais tenter.
Attention au tournant
Pour maintenir son avantage, la télévision doit maintenir le cap, techniquement d’abord. A ce niveau, les décisions ne sont pas nécessairement faciles à prendre, ni pour les autorités, ni pour les fabricants. Adapter constamment la télévision à des normes techniques plus complexes, qui coûtent cher, n’est pas pratique, car le consommateur n’a pas l’habitude, et probablement pas les moyens, de changer de poste chaque année ou tous les dix-huit mois. Le rapport Boyon, recommandant au gouvernement d’introduire une nouvelle norme DVB-T2 pour les téléviseurs, qui permettrait d’augmenter le nombre de chaînes, est d’ailleurs loin de faire l’unanimité. Il supposerait le renouvellement du parc télévisuel d’ici à 2015... autant dire qu’une telle décision risque d’être reportée après la présidentielle voire aux calendes grecques. A cela, il faut ajouter la mauvaise humeur des autorités de la concurrence de Bruxelles qui viennent de déclarer illégales les fameuses chaînes bonus. Celles-là mêmes qui sont au coeur de la bataille du Paf que se livre TF1, M6 et Canal+.
Concurrence de Facebook sur la sVOD
Sur le marché plus spécifique de la sVOD (« subscription Video On Demand » : vidéo sur demande à l’abonnement), la télévision a, a priori, tout à craindre de l’arrivée de Facebook. Le réseau social avec le plus d’utilisateurs au monde a en effet annoncé la semaine dernière son entrée dans ce sillon juteux, en plus de celui du streaming musical. Grâce à un accord avec Netflix, le géant américain de la sVOD, les utilisateurs de Facebook pourront accéder au contenu regardé par leurs "Amis". L’usager serait donc détourné de sa télévision et rivé encore plus à son réseau favori. D’après Philippe Bailly, fondateur de NPA, cette tactique ne va pas nécessairement fonctionner, car elle fait de Facebook un « couteau suisse numérique » et que cela « fait douter de ses perspectives car le marché de la vidéo est en train de se recaler sur le téléviseur » et non pas sur le Web. Pour lui, il s’agit d’un effet de manche du réseau créé par Mark Zuckerberg, qui a vu son audience croître de manière moindre en début d’année et essaie ainsi de créer le buzz.
