Les chaînes de la TNT contre les décrets pub
Le projet de loi sur l’audiovisuel public devrait être présenté le 22 octobre au Conseil des Ministres. Au menu, suppression de la publicité sur les chaînes du groupe France Télévisions et financement de celles-ci. D’ici là, les chaînes de la TNT, du câble et du satellite tenteront de jouer la montre face à une réforme précipitée.
Plus de pub
A partir du 5 janvier prochain, les chaînes de France Télévisions ne diffuseront plus de publicité après 20 heures. Dans la foulée, le gouvernement prévoit d’assouplir les règles de diffusion de la publicité sur les chaînes privées. Les grandes lignes du projet proposent une deuxième coupure publicitaire dans les films de première partie de soirée, le passage à l’heure d’horloge et la possibilité de passer 9 minutes de publicité par heure de diffusion contre 6 actuellement pour TF1 et M6 ; les chaînes numériques pourront elles diffuser 12 minutes de publicité contre 9 actuellement.
Le projet ne fait pas l’unanimité, notamment auprès des nouveaux acteurs de la télévision. En clair, TF1 et M6, les deux chaînes les plus regardées, risquent d’attirer à elles toute la manne publicitaire abandonnée par France Télévision, au moment même ou les chaînes numériques, du câble et du satellite ont besoin de consolider leur position.
Précipitation
Face à ce qu’ils considèrent comme un cadeau fait à TF1 et M6 par le gouvernement et un véritable risque pour la diversité du paysage médiatique français, les acteurs médiatiques, sauf TF1 et M6, se sont réunis en un Groupement pour le Pluralisme des Médias (GPM). Il réunit des acteurs majeurs de la télévision (TNT, locale, câble et satellite), de la radio, ainsi que de la presse écrite (quotidienne, régionale, et presse magazine). "Nous avons rencontré le Cabinet du Premier Ministre vendredi 12 septembre, et avons fait part de nos préoccupations concernant le projet d’augmentation de la publicité sur les chaînes "historiques" TF1 et M6. Mais nous n’avons pas été entendus", explique Jean-Paul Baudecroux, PDG de NRJ Group. "Pourquoi tant de précipitation ? Nous aimerions que les règles soient assouplies progressivement et attendre de voir comment se répartissent les investissements qui allaient avant sur France Télévisions. Décider de l’arrêt de la publicité sur les chaînes de service public est une initiative pertinente. Mais cette bonne mesure pâtit d’une mauvaise application". En outre, les 12 minutes accordées aux chaînes numériques ressemblent à un cadeau empoisonné : "nous remplirons difficilement ces quotas, surtout dans un contexte de crise économique". Au moins les nouvelles mesures apporteront-elles plus de souplesse pour la programmation des écrans publicitaires. Mais, crise financière oblige, les annonceurs coupent leurs budgets. Comme Electron Libre le révélait il y a quelques jours, TF1 et M6 font face à une baisse de 25 % des intentions d’achat d’espace. Il y a fort à parier que cette baisse des investissements publicitaires n’en est qu’à ses débuts.
Trop de pub
"Le gouvernement joue les apprentis sorciers. Il n’a rien à y gagner en termes d’opinion publique, puisque les Français sont majoritairement contre l’augmentation de la publicité à la télévision", souligne Jean-Paul Baudecroux. En effet, un sondage réalisé par OpinionWay à la demande du GPM révèle que 89 % des Français ne veulent pas d’une augmentation de la publicité sur TF1 et M6. Plus précisément, "53 % des personnes interrogées sont favorables à la suppression de la publicité sur le service public, mais elles sont entre 81 % et 71 % à trouver qu’il y en a, respectivement, trop sur TF1 et M6". "La télévision française ressemblera à la télévision américaine, avec des émissions entrecoupées de très nombreuses pages de publicité, vraiment difficile à regarder" conclut le PDG de NRJ Group.
Il ne reste que peu de temps au GPM pour négocier et tirer son épingle du jeu. D’autant que tous les aménagements concernant les conditions de diffusion de la publicité feront l’objet de décrets. La réforme est en marche, comme l’a rappelé Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication sur France Info : "ce n’est pas parce qu’il y a la crise qu’il faut interrompre tout ce qui est entrepris en termes de réforme".
