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Les applis presse sur iPad : mais pourquoi sont-elles aussi mauvaises ?

Le 04 Juin 2010 dans So_amazing par Cécile Fléchon

L’iPad, ces dernières semaines, a été largement célébré comme une nouvelle façon de monétiser l’information, et de la rendre encore plus interactive. Mais une fois la mayonnaise montée, la réalité des applications n’a pas été à la hauteur des espérances des lecteurs, et en particulier pour la presse quotidienne.

Derrière ce titre volontairement provocateur se cache une réalité : la plupart des applications proposées par la presse française ont déçu les utilisateurs d’iPad, Electron libre vous en parlait en début de semaine. La déconvenue subie par les early adopters est de taille devant des applications payantes qui n’offrent guère plus de services – quand ce n’est pas moins – que leurs petites sœurs sur iPhone ou les sites internet des médias. C’est le cas, entre autres, du Monde, du Figaro, ou de l’Equipe, qui se résument à des liseuses PDF, n’offrant aucune interactivité, aucun lien (html vers l’extérieur, ou même au sein du journal, entre l’appel de une et l’article), aucune fonction recherche ; parfois même, pas de possibilité de faire un copier/coller.

Une approche pragmatique

A cela, Jérémie Engel, PDG de VisuaMobile, la société qui a développé des appli pour Libération, Les Echos, Les Inrocks, 20 Minutes ou encore Géo, voit une explication principale : « Pour l’instant, nous avons une approche très pragmatique. Il s’agit de prendre ce qui existe sur le papier, et de le transposer pour l’iPad. » Dans un premier temps – c’est-à-dire maintenant – il est très difficile de proposer un contenu spécifique, « les processus de création de contenus sont lourds, et déjà installés. Il est délicat de réformer les rédactions pour qu’elles produisent pour l’iPad. Elles ont besoin de se confronter au support, d’expérience, pour avancer dans le sens de la qualité. Le but, c’est d’arriver à une seconde étape, avec des produits bien pensés. »
Au Monde interactif, Philippe Jannet se défend d’avoir proposé aux lecteurs une application ratée, ou inachevée. « On a avant tout pensé aux expatriés, aux gens hors de Paris, pour qui l’iPad permet un accès au quotidien beaucoup plus rapidement. » Et de souligner que la nouveauté de l’objet oblige à un peu de circonspection. « Je ne sais pas combien d’iPad vont être vendus, comment ils vont être utilisés, ni où : au bureau, dans le salon, dans les transports... » Quant à la photo ou à la vidéo, il n’en est pas question : « parce que j’ai pitié des utilisateurs qui n’ont pas forcément un accès Wi-Fi ». D’ailleurs, malgré l’accueil mitigé réservé à la plupart des appli de quotidiens, elles se sont plutôt bien vendues. Plus de 10 000 téléchargements outre-Atlantique pour celle du Monde, 5 000 pour le Times pour les trois premiers jours de disponibilité, 130 000 pour le Financial Times en quinze jours. Cela dit, conscients qu’il existe des failles aisément rattrapables, des v2 sont dans les tuyaus. Celle du Monde, développée en interne et dotée de quelques améliorations, a déjà été soumise à l’AppStore et sera donc prochainement disponible.

« Une douce réinvention »

Ce n’est donc plus une « révolution » digne de celle de Gutenberg, mais une « douce réinvention », – la formule est de Jérémie Engel – qu’engage la presse. Et du coup, les grands gagnants du passage sur tablette pourraient bien être les pure players, s’ils arrêtent de jouer les grands absents. Il faut dire que le développement d’une application dédiée coûte cher, environ un mois de travail. S’il se fait en interne, pour une structure légère, c’est de l’ordre de 5000 à 10 000 euros. La presse papier a souvent décidé de mettre davantage de moyens : autour de 40 000 euros pour l’appli Libé, au moins 100 000 pour celle de Wired. Pour ce prix là, on a une application qui exploite pleinement les ressources de l’iPad, avec une maquette qui respecte celle du papier, sans en être un simple défalque, et une ergonomie entièrement repensée.
Le site web spécialisé mac4ever, a mis à disposition de ses lecteurs une application gratuite, différente de celle pour iPhone, qui jouit de bons retours de la part des utilisateurs. « Pour nous, c’est beaucoup plus simple, explique Didier Pulicani, directeur de la publication de Mac4ever. Nous sommes un site internet, nous partons donc de contenus numériques. Et contrairement à la presse traditionnelle, nous ne pensons pas en terme de papier. » En éliminant l’idée même de journal, le support vers iPad se trouve considérablement facilité, sans maquette à transposer, sans pagination à respecter, sans format berlinois à faire tenir sur un écran de 9 pouces. Et donc un contenu qu’il est possible de fournir de façon bien plus souple. L’application mac4ever propose par exemple aux lecteurs de télécharger les articles qu’ils souhaitent, pour pouvoir ensuite les lire, là où le Wi-Fi ferait défaut. Elle est également plus légère que la lecture du site sous Safari, où il faut chaque fois charger l’intégralité de la page.
Dans une interview accordée au Journal du Net, Laure Sauvage, spécialiste de l’ergonomie pour Benchmark Group, considère que sur l’iPad, les réflexes de l’utilisateur sont des réflexes d’internaute, et non de lecteur papier. Et pour monétiser l’information sur la tablette de la tentation, il faut selon Didier Pulicani, proposer des fonctionnalités en plus. Des notifications push, la suppression de la publicité, qui permet d’alléger considérablement les pages et de fluidifier la navigation... Avec l’iPad, une presse déprimée a vu ses espoirs renaître. C’est désormais à elle de trouver le bon équilibre entre contenus de qualité, lisibilité, légèreté et ergonomie.

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16 Commentaires

  1. Lulu77 le 4 juin 2010

    *** A cela, Jérémie Engel, PDG de VisuaMobile, la société qui a développé des appli pour Libération, Les Echos, Les Inrocks, 20 Minutes ou encore Géo, voit une explication principale : « Pour l’instant, nous avons une approche très pragmatique. Il s’agit de prendre ce qui existe sur le papier, et de le transposer pour l’iPad. »***

    Ses clients apprécieront. Une phrase et on est sous acide.

    *** Dans un premier temps – c’est-à-dire maintenant – il est très difficile de proposer un contenu spécifique, « les processus de création de contenus sont lourds, et déjà installés. Il est délicat de réformer les rédactions pour qu’elles produisent pour l’iPad. Elles ont besoin de se confronter au support, d’expérience, pour avancer dans le sens de la qualité. Le but, c’est d’arriver à une seconde étape, avec des produits bien pensés. »
**

    C’est pas du tout la question. On reste sous acide. Il a pensé à réformer les rédactions, il va penser à la seconde étape.

    ***Philippe Jannet se défend d’avoir proposé aux lecteurs une application ratée, ou inachevée. « On a avant tout pensé aux expatriés, aux gens hors de Paris, pour qui l’iPad permet un accès au quotidien beaucoup plus rapidement. » ***

    Le cœur de cible du Monde les expatriés.

    ***Et de souligner que la nouveauté de l’objet oblige à un peu de circonspection. « Je ne sais pas combien d’iPad vont être vendus, comment ils vont être utilisés, ni où : au bureau, dans le salon, dans les transports... » ***

    C’est pas nouveau. On remplace la souris par le tactile. Si sur le site c’est pas mieux aucune chance que se soit mieux sur l’iPad.

    ***Pour ce prix là, on a une application qui exploite pleinement les ressources de l’iPad, avec une maquette qui respecte celle du papier, sans en être un simple défalque, et une ergonomie entièrement repensée.***

    Là ils sont perdus, Tout se mélange, la souris, le tactile, le contenu.

    *** Pour nous, c’est beaucoup plus simple, explique Didier Pulicani, directeur de la publication de Mac4ever. Nous sommes un site internet, nous partons donc de contenus numériques. Et contrairement à la presse traditionnelle, nous ne pensons pas en terme de papier. »***

    Aucune différence, nous achetons des idées et de l’intégrité puisque qu’il s’agit de presse.

    ***Dans une interview accordée au Journal du Net, Laure Sauvage, spécialiste de l’ergonomie pour Benchmark Group, considère que sur l’iPad, les réflexes de l’utilisateur sont des réflexes d’internaute, et non de lecteur papier. Et pour monétiser l’information sur la tablette de la tentation,***

    Non, on achète du contenu, je le répète pour Laure, on n’est pas tenté. Gentille Laure elle a rien compris.

    Merci à Cécile pour le fun.



  2. Mox Folder le 4 juin 2010

    Les applis (presses) iPhones se ressemblent toutes, et pour cause elles sont souvent faites au niveau local pour les même prestataires techniques. L’expérience utilisateur n’étant pas bien différente d’un lecteur de flux, on ne voit pas bien trop l’intéret d’avoir une app dédiée (du moins pour les sites qui libèrent leurs flux... c’est à dire quasiment aucun). MAIS on est sur iPhone, vu la taille de l’écran c’est pas bien grave l’expérience utilisateur est de toutes façons limitée.

    J’avais fondé de gros espoir sur l’iPad, et la vidéo de l’appli Wired m’avait bien chauffé. J’ai essayé et je suis déçu évidemment. Wired sur iPad nous offre une expérience utilisateur à peine meilleure qu’un livre PDF. Finalement il n’y pas de quoi être surpris vu que c’est Adobe qui est derrière. Il partent de InDesign donc ce qui est fait pour mag papier. On est dans le domaine, de la déclinaison ou du portage... intérêt là aussi plus que limité.

    À choisir je préfère la démarche d’Entertainment Weekly qui a une vraie logique complémentaire entre son édition papier, son site web et son application iPad. En effet l’application iPad ne fait que reprendre la rubrique de la Must List. Avantage : un cout de développement réduit et une vraie logique de contenu :

    - L’édition papier : on retrouve des dossiers de fond + quelques news et potins + la must list

    - le site web se veut plus exhaustif (on y trouve aussi les dossiers mais noyés la masse) mais aussi accés sur les news et l’instantanéité.

    - L’Application iPad focalisé sur la must list : que se passe t’il d’interessant cette semaine en 2

    Plus de détails sur cette démarche bien plus pertinente sur le fond que celle de Wired :http://www.subtraction.com/2010/06/...



  3. AlainM le 4 juin 2010

    @Mox

    Dans une époque

    - où on multiplie les recherches Google

    - on trouve des informations par bribes mais satisfaisantes dans les forums

    - dans une époque de copier-coller

    - dans une époque de fuite des lecteurs payants

    - dans une époque de qualité moindre

    - dans une époque de remise en cause de la presse

    - dans une époque de nouveaux médias

    On ne peut pas faire des éditions au contenu différent selon les médias. Vous compliquez l’acte d’achat, vous le retardez.

    Même pour un accro les offres sont incompréhensibles (quels contenus, quels prix, quels médias). La Tribune : le lecteur papier se retrouve sans rien le week-end !!!

    Soit vous avez plusieurs produits avec des noms distincts soit vous avec un produit Le Monde La Tribune que vous devez distribuer au mieux.

    Le service basique d’accès et de lecture n’est même pas rempli, pourquoi vouloir faire des éditions multimédias maladroites.

    Le produit c’est le contenu, pas les fonctionnalités web multimédia.



  4. Ivan G le 5 juin 2010

    Ils n’ont rien compris, mais comment s’en étonner puisqu’ils en sont encore à vouloir faire tourner les pages sur écran...

    Si je veux développer mon chiffre d’affaire (c’est le but, non ?), je dois proposer un nouveau produit, que de nouveaux clients achèteront et dont mes clients actuels auront envie. Il ne faut pas penser ’tuyau’ mais contenu : ce doit être un acte de création rédactionnelle au sens large (intuition, style et sens du marché), comme pour un lancement.Parmi les causes de la crise de la presse, on oublie souvent le profond endormissement des journalistes et des patrons de presse.

    Nb : les coûts sont effarants. Il est impossible d’accepter d’être à ce point rançonné par des sociétés de service pour des produits aussi basiques. Paresse là encore.



  5. AlainM le 5 juin 2010

    Ivan G

    Je suis parfaitement d’accord sur les points 1 et 3 mais le paragraphe central me gêne.

    Je ne crois pas qu’il y ait grand-chose à inventer. Mettre une vidéo et des liens dans une édition électronique n’est pas une invention. Je pense qu’il faut surtout retirer des fonctions inutiles pour que le lecteur s’y retrouve facilement.



  6. Ivan G le 5 juin 2010

    Re : AlainM

    Nous sommes d’accord sur l’essentiel : à support différent, produit différent donc nom différent. Décliner strictement un quotidien-papier sur internet ou sur smartphone n’a pas plus de sens que d’en faire une radio ou une télé.

    A coté d’ "ElectronLibre.info", je pourrais imaginer "Electron Libre Magazine" sur papier glacé (et non ElectronLibre.info-le-site-sur-papier) et "La Lettre d’Electron-libre" sur iPhone (sans que ce soit non plus ElectronLibre.info-sur-smartphone). Trois produits différents se complétant en fonction de trois formats différents ; un bouquet ayant une cohérence globale plutôt qu’une redondance.

    Les offres actuelles des quotidiens sont tout de même totalement extraordinaires : abonnez-vous à notre offre globale et recevez... trois fois la même chose ! A croire que la panique est telle que personne ne réfléchit plus.

    Quant à l’invention, bien sûr que si qu’elle est encore possible, à condition de parler d’invention "rédactionnelle" : elle est régulière dans la presse magazine (même une segmentation inédite du marché peut-être une invention, cf. Prisma), il n’y a que dans les quotidiens qu’elle a cessée il y a bien longtemps. Il ne s’agit pas de technique, mais d’angle, de formule, de positionnement et de pacte de lecture. Un pacte auquel quelques liens hypertextes et autres vidéo insérées ne font pas forcément de mal en ces temps d’internet-multimédia-pouêt-pouêt.



  7. AlainM le 7 juin 2010

    Pas d’accord mais je vais prendre le temps de répondre.



  8. Mox Folder le 7 juin 2010

    @ Alain M

    Je ne comprend pas, vous voulez que :

    - papiers- web- apps- etc...

    Proposent exactement le même contenu ?

    J’ai peine à voir l’intérêt... le but n’est pas de concurrencer ces médias, mais de proposer une offre complémentaire qui valorise le contenu justement (pour les annonceurs et pour les lecteurs)

    Je pense que le contenu doit s’adapter au support de diffusion mais en même il faut être en mesure de proposer une expérience utilisateur convenable.

    Je suis abonné à EW, l’édition papier. J’aime feuilleter le magazine lorsque je le reçois, je n’éprouve strictement AUCUN plaisir à lire EW.COM le cul posé sur ma chaise de bureau (pourtant on retrouve le même contenu).



  9. AlainM le 8 juin 2010

    Petite insomnie.

    Tout à fait, moi je ne comprends pas qu’on pense à autre chose.

    On achète du contenu sur un support, par un mix des 2, une belle phrase et une belle idée sur le papier ou sur l’écran c’est la même chose.

    - vous achetez le papier- j’achète l’électronique.

    Quand on se rencontre on peut en parler sans chercher à savoir si on a lu la même chose.

    Les facilités de l’électronique apportent ensuite des services spécifiques.

    Je suis convaincu même que le journal électronique doit singer dans ses fonctions le journal papier.- circulation (toujours retrouver le contenu)- ciseaux (découper un article)- le surligneur (annoter)- l’édition, pas de flux- les étagères, pas de flux mais du contenu ranger sur un axe temps, les autres possibilités étant présentées par la suite

    Enfin la nouveauté fonctionnelle ou éditoriale est amenée de façon distincte afin que nous en jouissions au lieu de chercher à comprendre comment et pourquoi, afin de rassurer le lecteur pressé ou le lecteur papier.



  10. AlainM le 8 juin 2010

    Pour prendre des exemples je dirais que la présentation de Le Monde et sans doute plus de Libé, (dont je suis un lecteur historique, était), est parfaitement destructrice.

    Le lecteur est perdu dans les ajouts de contenu et de fonctions, sans savoir, ce dont il s’agit, si c’est gratuit, si c’est du contenu, du "share", du bonus sans vraie valeur. Le lecteur web a petit prix semble avantagé sur le lecteur papier. Une vraie catastrophe.



  11. Ivan G le 8 juin 2010

    Re : AlainM

    C’est réduire le web et/ou les terminaux électronique mobile (smartphones, iPad...) a de simples canaux supplémentaires de diffusion. Je décline mon journal (papier) sur tous les supports à ma portée, mais surtout je ne change rien, il faut que cela reste un journal (papier décliné).

    Personnellement, je pense que c’est une erreur, lourde, fondamentale. Je crois que cela consiste à poursuivre un client avec un produit dont il ne veut pas, sous prétexte qu’on en a changé la couleur.

    Mais j’observe que c’est effectivement grosso modo la voie choisie par un grand nombre de nos journaux. Je doute, hélas pour eux, que les résultats soient à la hauteur de leur espérance (et de leurs besoins...).

    Re : Mox Folder

    Merci pour le lien si instructif concernant EW. Je suis persuadé qu’il y a là une direction riche et passionnante.



  12. AlainM le 8 juin 2010

    Ivan G

    Il n’y a rien à changer sur le fond, selon moi, vous confondez contenant et contenu.

    Comment allez vous vendre n formules de Libération ? Ce que j’achète c’est un bon journaliste, ou une bonne rubrique, peu importe le support.

    >> C’est réduire le web et/ou les terminaux électronique mobile (smartphones, iPad...) a de simples canaux supplémentaires de diffusion. <<

    Oui. Les services nouveaux de l’électronique viennent après dans la décision d’achat. J’achète un journal que je pourrai aussi lire sur mon smartphone, je n’achète pas un journal parce que je peux le lire sur mon smartphone.

    >>Personnellement, je pense que c’est une erreur, lourde, fondamentale. Je crois que cela consiste à poursuivre un client avec un produit dont il ne veut pas, sous prétexte qu’on en a changé la couleur.<<

    Ça un autre problème. Il faut distinguer le contenu de la diffusion, certes les problèmes arrivent en même temps mais ce n’est pas la même chose.

    La presse a 2 problèmes- une crise de confiance de son lectorat, à mon avis parfaitement justifiée- et une crise de la distribution, ou de l’accès, papier et électronique



  13. AlainM le 9 juin 2010

    Dans les innovations, je vous signale le mode lecteur de Safari 5. Depuis hier, et la pub disparaît.



  14. pat3 le 13 juin 2010

    Interventions intéressantes, on sent qu’il y des lecteurs assidus derrière, mais justement : la plupart sont orientés vers leurs habitudes de lecture, et ne voient pas que l’iPad ne fait qu’accentuer des changements déjà à l’œuvre avec le web.Deuxièmement, le contenu est aussi lié à sa mise en forme, et là, la lecture électronique change tout, puisqu’elle permet au lecteur de modifier l’apparence du contenu (dans une certaine mesure) ; c’est clair que pour les typographes, il y a du mouron à se faire - mais compte tenu de la qualité de certaines productions papier, c’était déjà le cas.Mais ce n’est qu’une évolution pour les maquettistes, parce qu’un journal électronique, surtout sur un support interactif (c’est-à-dire lorsqu’il n’est pas la copie électronique du journal papier), doit être maquetté ; toute production de contenu numérique doit être scénarisée d’une manière ou d’une autre, et la scénarisation porte essentiellement sur la navigation et l’interactivité (c’est le B-A BA du langage HTML, non ?).

    Les liseuses électroniques de BD montrent bien qu’une interaction réfléchie permet de présenter le contenu de manière différente, selon une autre intelligibilité. Regardez ce que propose AvéComics ! sur iPhone et maintenant sur iPad : c’est bien une autre forme de présentation, la possibilité de lire une BD sur un support différente, et non le simple calque de la BD papier originelle (de toute façon, sur l’iPhone, c’était mission impossible).

    Reste le modèle économique, et la confusion vient souvent de ce qu’on mélange les possibilités d’un support ou d’un autre avec son prix de vente. Il y a, à mon avis, largement la place pour une édition électronique qui apporterait du revenu complémentaire sans rogner de trop sur le lectorat papier. La presse magazine a déjà plusieurs modèles fonctionnels. Mais il faut que la presse quotidienne se mette à penser autrement : le lecteur online est d’abord un internaute, aujourd’hui inscrit dans la philosophie du web 2.0 : il lit, reprend, renvoie, distribue, échange. Toute facilitation de ces activités est un plus : c’est cela qu’il faudrait faire payer, pas juste l’accès. Sur le Web, l’activité du lecteur est visible, ce qu’on n’a pas avec le papier : la presse papier quotidienne doit accepter cette "perte de contrôle" sur son contenu et au contraire, jouer avec : fils RSS, push, espace de stockage intelligent, mais aussi, pour la lecture sur écran, redimensionnement, plusieurs scenarii de présentation (chronologique, récursif, thématique … c’est tout cela qui doit être mis en avant dans une édition électronique de qualité.

    Les groupes de presse qui auront compris cela le plus tôt seront ceux qui occuperont le marché, tandis que les autres seront encore à hésiter sur la marche à suivre…



  15.  le 8 janvier 2011

    Merci pour cet article. Je voulais vous signaler un site consacré a ce theme de la press sur iPad.Http ://pressesuripad.com



  16. alx le 9 janvier 2011

    C’est bien de souligner ce défaut même si des revues comme Wired font exception. Il y a icil’analyse philosophique d’un cas particulier avec les Inrocks qui non seulement ont une appli décevante mais qui se déchaînent sur Apple depuis la sortie de l’Ipad !

    ALX



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