Les Netocrates (1) : Tariq Krim, lider Massimo
Ce sont les artisans du Web 2.0, créateurs de sites Internet d’un genre nouveau et explorateurs des nouvelles possibilités de la Toile. Auréolés, de fait, d’une présomption de clairvoyance, ils sont invités à prêcher leur bonne parole de gourou numérique à Davos et dans les cabinets ministériels... Courtisés par les financiers et les puissants, ils tiennent leur revanche de geek décrié pendant les années lycée. Voici les netocrates.
"Peace to David Carradine. Met him a couple of time was a really cool guy". Le corps du comédien de Kill Bill n’avait pas encore tout à fait refroidi que Tariq Krim lui rendait cet hommage sur Twitter (le 6 juin à 12h51 depuis Tweetie, pour être exact). Et c’est un peu la marque de fabrique du fondateur de Netvibes. Alors qu’il vient de lancer le déploiement de sa nouvelle entreprise, le système d’exploitation pour netbooks Jolicloud, le Français Tariq Krim s’est fait une spécialité de cultiver son mythe personnel avec force name-dropping.
Le 30 mai, il félicite le nouveau directeur informatique de l’administration Obama : "Je suis tellement content pour toi Andrew" (@mcandrew). Quelques jours plus tôt, sur ce même canal de relations publiques, Krim démontre sa clairvoyance en soulignant avoir déjà parlé de tel ordi "il y a quelques années avec @waltmossberg", LA signature ès affaires numériques du Wall Street Journal. Il apparait également ainsi que ce Netocrate made in Le Marais a ses entrées à la résidence de l’ambassadeur américain, discute le bout de gras avec Howard Dean à Davos et s’éclate avec ses amis "YGL" (young global leaders). Enfin, l’homme regrette de ne pas lire couramment l’espagnol "pour lire mon interview sur @jolicloud dans El Pais".
Pourquoi cet excès de fanfaronnerie ? Le bilan technologique de Tariq Krim est plutôt solide : création d’un serveur minitel à 12 ans, il écrit "des articles visionnaires" sur la musique numérique dans Nova Mag et La Tribune avant que Napster décolle, lance MPTrois.com alors que le Web n’existe qu’à peine en France, puis fonde Netvibes en 2005.... nous apprend sa page Wikipedia. Une page aussi élogieuse qu’étonnante, quand on voit que l’autre co-fondateur de Netvibes, Florent Frémont, n’a, lui, pas de page sur l’encyclopédie libre, fût-elle laconique. Une des sources principales de cet article sur Tariq Krim est d’ailleurs un portrait paru dans Le Monde, vraisemblablement tiré d’une rencontre avec l’homme, qui aime aussi souligner son talent précoce pour le piano.
téléconférences multilingues
En réalité, le parcours de Tariq Krim pêche par son absence de réussite économique. Dommage, quand on se dit entrepreneur. Vraisembablement il a été évincé de Netvibes par des investisseurs désireux de transformer une belle idée en entreprise rentable. Aujourd’hui, il orchestre finement le lancement de Jolicloud, adaptation de Ubuntu à l’univers 2.0. Techcrunch, Cedric Ingrand, les observateurs du Net qui comptent en ont parlé. Mais les détails financiers sur cette entreprise, dont le capital social est de 1500 euros, sont autrement plus rares. Nul doute que si Bill Gates ou Peter Gabriel en étaient, nous devrions l’apprendre sans tarder.
Depuis la fin de l’aventure Netvibes, le nom de Tariq Krim est aussi apparu dans le dossier Isai, un fonds d’investissements qu’il a co-créé avec Ouriel Ohayon, ex-Techcrunch France, Orianne Garcia (Terrafemina), Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) et Stéphane Treppoz (Sarenza). A ce jour, le fonds à participé à une levée de 1,1 million d’euros pour la société WebInterpret, "organisateur de téléconférences en plusieurs langues". On attendait plus révolutionnaire de la part d’un "visionnaire". S’il se rêve en lider massimo du 2.0, le Français s’illustre pour l’heure surtout en Massimo Gargia du Net à courir les mondanités (pourquoi pas) et à se barder de l’aura des people qu’il rencontre (moins chic).
A suivre : Mark Zuckerberg.
