Les Indépendants visent 2,5 milliards de chiffre d’affaires pour la musique
Il est loin le temps où contrit et plein de timidité, l’artiste entrait dans le bureau du producteur pour admirer les disques d’or et de diamant scintillant aux murs d’un bureau ouvert sur un penthouse laissant la ville lumière étalée en contrebas. Aujourd’hui, la crise a renvoyé le maître des lieux dans un sombre habitacle, recoin de fond de couloir, où ne vibre que la pâle lumière des néons fatigués. L’argent manque, et l’avenir de l’industrie se joue lors de ces quelques semaines. Des mesures que présenteront les membres de la commission chargée de réfléchir sur les nouvelles alternatives de financement de la culture, dépendra la nouvelle déco du bureau du producteur.
L’UPFI, union des producteurs français indépendants, a donc présenté hier ses recommandations pour sauver l’enregistrement de la noyade. Lundi dernier, son président Vincent Frèrebeau et le directeur général, Jérôme Roger, avaient rencontré le ministre Frédéric Mitterrand pour lui présenter en avant première les propositions de l’UPFI. Un entretien courtois, selon les protagonistes, mais qui n’a en rien permis de savoir ce que le locataire de la rue de Valois entendait présenter comme mesures concrètes. Et pour cause, cela revient en fait à Patrick Zelnik, Jacques Toubon et Guillaume Cerutti, les trois membres de la commission.
Pour comprendre l’ampleur de leur tâche, Vincent Frèrebeau brosse un tableau peu engageant, mais réaliste, de la situation du disque en France, et particulièrement des producteurs indépendants : "En tant que producteurs nous ne voulons pas en arriver à de telles extrémités que nous ne pourrions plus investir, que le métier soit en rupture",, ajoutant un brin plus optimiste, que "le marché (de la musique enregistrée vendue sur le Net est possible, mais quand, nous l’ignorons. Il faudra certainement attendre encore quelques années". Et puisqu’il faut patienter, autant que l’Etat prenne les bonnes résolutions.
Gagant-gagnant
La proposition principale de l’UPFI revient à imposer une taxe prélevée sur la chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunication. "Nous n’envisageons pas qu’elle soit répercutée sur le prix payé par l’internaute", prévient de suite le président de l’UPFI, qui se garde bien d’en donner le taux, préférant souligner qu’il se doit d’être "faible". Adepte de la philosophie du gagnant-gagnant, si bien popularisée par Ségolène Royal lors de la dernière campagne présidentielle, le syndicat des producteurs indépendants propose également que les FAI bénéficient aussi d’un élargissement de l’assiette de la TVA réduite. Une manière de prendre d’un côté tout en allégeant le poids de la ponction de l’autre.
Et puisqu’il faut bien prendre l’argent là où il est, une autre proposition faite par l’UPFI serait de taxer aussi les revenus des régies en ligne. Une sorte de "Cosip musique", souligne Vincent Frèrebeau. "Le monde de l’internet s’est construit sur le dos de la musique, de l’image, il est temps que les revenus de l’internet alimentent les contenus", renchérit le patron du label Tôt ou Tard !
Voilà pour les charges, place maintenant aux bénéfices. Car, l’une des grande nouveautés apportées par l’UPFI, c’est d’avoir penser également au consommateur, celui qui pour l’instant rechigne encore à venir sur les plateformes légales de téléchargement de musique. Conscient de l’audace de cette mesure, les producteurs indépendants veulent associer l’internaute en défiscalisant une partie de l’achat des biens culturels en ligne qu’il pourrait effectuer sur une année. Là encore, pas de chiffres ou de barèmes, c’est à la puissance publique de statuer. "Nous avons véhiculé l’idée négative du téléchargement, aujourd’hui nous voulons que cela devienne une idée positive", se justifie Vincent Frèrebeau. "Il est temps d’arrêter de criminaliser les gens et d’aller vers eux pour proposer un cadre favorable à l’offre légale".
L’objectif de cette série de propositions est de faire passer le marché de la musique, soit la vente, le spectacle vivant et l’édition, à un niveau élevé dans les prochaines années. L’UPFI estime qu’il devrait atteindre en tout et pour tout 2,5 milliards d’euros. Aujourd’hui, il est inférieur d’un milliard.
