"Les Echos" en vente
Un mandat a été confié à la banque Nomura par le groupe LVMH pour la vente des Echos.
Bernard Arnault s’est donné un an et demi pour vendre Les Echos. Un mandat a été confié à Nomura, le groupe japonais qui a repris la filiale française de Lehmann Brothers pour deux dollars symboliques. Une somme qui révèle l’aptitude de ce groupe de flairer les bonnes affaires. A moins que ce ne soit plus vraisemblablement l’establishment français qui lui ait donné les clés de Lehmann France pour en conserver l’autonomie.
Pour de nombreux acteurs de la finance, il importait que cette filiale qui dépendait de Londres et non de New York reste indépendante. Le Pdg du groupe LVMH, soucieux de préserver les intérêts croisés de la finance britannique et française, aurait œuvré dans ce sens.
Il était naturel, dès lors, que Nomura soit saisi de la vente du quotidien économique Les Echos et dispose du temps nécessaire pour la régler. Les analyses de cette banque dont Guillaume d’Hauteville est vice-président de la banque d’investissements en Europe, sur les medias comme TF1 ou M6 faisant autorité sur le marché, son choix s’est rapidement imposé.
Sur le fond, rien ne presse même si la cession doit avoir lieu avant 2012, non seulement parce que le mandat de Nicolas Sarkozy viendra à échéance mais aussi parce qu’il sera alors clair pour tous que la situation financière de DI Group, maison mère des Echos, ne sera pas rétablie dans les années suivantes.
Equilibre avant 2011
Aujourd’hui, les chiffres ne laissent pas d’inquiéter et Nicolas Beytout, Pdg de DI Group, est tout à fait fondé lorsqu’il parle de 2009 comme d’une "année épouvantable". La baisse des recettes publicitaires a atteint 25% pour l’ensemble du groupe dont 50% pour la seule publicité financière. En deux ans, la baisse des recettes publicitaires aura atteint la barre des 40%. Le déficit devrait dépasser en 2009 les dix millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros. Nicolas Beytout a clairement prévenu ses actionnaires que le groupe ne retrouverait pas l’équilibre avant 2011 mais a laissé espérer une amélioration sur le quotidien. Sans amélioration des recettes, un nouveau plan de départs sera mis en œuvre dès l’an prochain, la violente réduction du périmètre de la rédaction n’ayant pas suffi à assaisnir les comptes. Lors de l’acquisition du titre par LVMH, 86 salariés dont 43 avaient quitté l’entreprise et il faudra, sans doute en rajouter une vingtaine, la clause de cession venant à expiration le 23 décembre. En vertu d’un accord, dit "Bazire", le journal Les Echos s’était engagé à ne procéder à aucun licenciements tant que le chiffre d’affaires n’avait pas baissé de 20%. Or ce chiffre sera atteint à la fin de l’année...
Tiers des ventes au tiers
La dégradation de la publicité, des coûts de fonctionnement encore trop élevés, Les Echos ne parviendront pas à résoudre cette équation dont l’honnêteté consiste à dire qu’elle concerne aussi tous les quotidiens - d’un faible poids sur le chiffre d’affaires, la diffusion ne changera rien à cette donne.
Avec des ventes au numéro d’octobre 2009 à 26 081 exemplaires et des abonnements à 41 501 exemplaires selon OJD (plus 22 343 abonnés postaux. Pour un total de 126 909, dont 36 984 aux tiers, en baisse de 5,67% sur un an), le journal économique ne peut compter sur la diffusion pour améliorer ses recettes. L’embellie de l’an dernier qui avait provoqué un afflux de lecteurs avides d’informations économiques au moment où la crise financière battait son plein est retombée.
Le journal avait affiché une diffusion en hausse de 1,26% entre janvier et septembre 2009 par rapport aux mêmes mois de l’année précédente, un résultat largement obtenu grâce aux ventes aux tiers, c’est-à-dire aux journaux donnés gratuitement aux lecteurs dans les aéroports, hôtels et lieux publics. Des ventes qui n’ont jamais aussi bien porté leurs noms puisqu’elles représentent près d’un tiers des ventes totales des Echos. En octobre dernier, celles-ci ont, en effet, atteint le chiffre de 36 984 exemplaires sur un total de 104 566, toutes ventes confondues.
Le Pdg des Echos n’avait pas tort de dire que les journalistes de son groupe "avaient perdu tous leurs repères car ils doivent travailler sur plusieurs supports", il aurait pu ajouter que les lecteurs étaient aussi victimes du même syndrome.
Indépendance de la rédaction
Lorsqu’il a acheté pour 240 millions d’euros Les Echos auxquels il convient d’ajouter une facture de 47 millions d’euros payée à Alain Weill pour reprendre La Tribune, Bernard Arnault se donnait entre dix et vingt ans pour amortir cette acquisition. Aujourd’hui, personne se risque à penser que cet investissement peut être un jour rentabilisé.
La puissance du groupe LVMH lui permettrait de s’accommoder de cette situation financière si son patron avait noué avec son journal un véritable lien affectif. Malheureusement pour lui, depuis le retour de Nicolas Beytout aux commandes de ce navire, la rédaction n’a cessé de clamer son indépendance et contesté la plupart des décisions prises par l’actionnaire.
Chaque fois que le groupe LVMH était cité dans les colonnes du journal, il fallait s’entourer d’un nombre de garanties qui pouvaient être ressenties comme vexatoire pour le PDG de ce groupe.
La détention des Echos qui a pu apparaître comme une légitime fierté tant la crédibilité de ce titre rayonnait à l’international est progressivement devenue une charge pour Bernard Arnault.
Et comme celui-ci n’a nul besoin d’un tel titre pour peser de tout son poids sur la vie économique et politique française, la décision de s’en séparer s’est progressivement imposée.
