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Le radeau de l’information navigue à vue sur le Net

Le 27 Novembre 2009 dans Web 1,2,3 par Chloé Luisetti

Hier, le CELSA et l’ACP (l’Agence Centrale de Presse) réunissaient cinq pure players autour des « Nouvelles initiatives du journalisme ». Premier volet des deux prochains débats qui se dérouleront courant 2010 autour du thème « Journalisme, un métier à réinventer », il a permis de donner la parole aux professionnels quant à l’avenir d’un média en mutation et leurs propositions pour en structurer un modèle... encore mal défini aujourd’hui.

Le journalisme d’aujourd’hui navigue en eau trouble sur le web. Avec à son bord, quelques pionniers bien arrimés à une volonté : donner non seulement une seconde naissance à une presse en crise en repensant les us et coutumes du journaliste mais également utiliser le net comme un modèle économique expérimental. Parmi eux, Pierre Haski de Rue89.com, Jeremy Reboul, de Suite101.fr, Judikael Hirel, de l’ACP, Patrick de Saint Exupery, de la revue XXI et Nicolas Beau, de bakchich.info, avec la participation de Arnaud Le Gal, de L’Entreprise magazine. Six hommes, pour la plupart anciens journalistes, devenus patrons d’un site d’information, réunis hier-soir au CELSA, une école de journalisme, autour du thème « journalisme, un métier à réinventer » dont le premier débat portait sur un certain nombre « d’initiatives du journalisme ».

Maillon central dans le monde de la presse, le métier de journaliste subit une véritable révolution imposée par le développement prodigieux des nouvelles technologies de l’information et, surtout, par l’ascendant que prend le réseau Internet sur l’ensemble des maillons du processus de production, de diffusion, de consommation et de stockage de l’information. De même, toutes ces nouvelles rédactions on line qui tentent actuellement de réinventer le journalisme sur la toile. Rue 89, Bakchich.info, Suite101.fr… sont autant de «  pure players » s’essayant, avec l’ambition des précurseurs, à la création d’un nouveau modèle économique viable pour la presse web de demain. Le pure-player désignant une entreprise dont l’activité est exclusivement menée sur internet, le statut implique de facto la redéfinition les règles et fonctions de ces nouveaux médias.

Un modèle économique obsolète

Selon Arnaud Le Gal, c’est un état de fait : nous sommes arrivés à un point de chute majeure dans l’histoire de la presse. Le modèle économique appliqué jusqu’ici aux médias classiques (presse, TV, Radio) touche à sa fin. Dès lors, ces journalistes, à l’instar des internautes, comme le rappelait l’article sur les Massive Media Attack «  se rassemblent devant un protocole, pas une chaîne. C’est plus massif. Et justement cela s’adresse aux masses. Facebook, Google, Twitter, YouTube, Daily Motion sont des Massive Media. ». Le directeur de l’Entreprise Magazine rappelle que « la crise des médias c’est la crise des revenus publicitaires qui induit, c’est imparable, la fragmentation des audiences mais aussi une crise de structure des coûts réduisant les effectifs de journalistes ». Une crise des grands médias plombée par un « modèle culturel du journaliste mis à mal par la crise des élites institutionnelles ajoutée à celle des dirigeants de la presse », renchérit-il. En bref, dans ce chaos le plus total, le journaliste n’a pas le choix et doit redéfinir son «  rôle de médiateur à une ère où il perd la main sur la priorité de l’événementiel », ajoute Arnaud Le Gal, car «  les premiers qui vivent l’événement sont maintenant souvent également ceux qui les diffusent avec le Smartphone : les Citizen Journalist », citant le cas de l’Iran… Reste au journaliste de faire valoir sa spécificité face à cette redéfinition médiatique. Une valeur ajoutée qui, selon le directeur de l’Entreprise Magazine induira de « croiser les infos, établir des liens et faire preuve de pédagogie… Aux autres groupes de presse de se résigner à la restructuration de leur modèle, après être passés par le déni, la baisse des coûts et des effectifs salariaux ».

Restructuration

La preuve vivante du succès de la mutation de la presse on line en un « pure player » existe en Rue 89 et se compte… encore à l’unité. Pour Pierre Haski, co-fondateur du site, la publicité ne « permet pas de faire vivre un site. Rue89, par exemple, a beau être un modèle nourri à 50% par la publicité, c’est surtout le Business to Business (B to B) qui lui permet d’atteindre l’équilibre économique ». D’autres, comme Revue XXI, misent sur « la diversification pour revisiter les codes en statuant sur la solution d’un collectif d’auteurs », ajoute Arnaud Le Gal, « ce système permettant d’associer tout le monde ». Jeremy Reboul, directeur de Suite101, estime que ce système favorise la création d’une «  niche durable », sachant que plus le sujet reste en ligne et plus l’auteur gagne de l’argent grâce à une publicité associée à un article publié ». Il s’agit là d’un modèle de publicité ciblé qui repose sur des liens contextualisés. « Et ça marche », assure timidement Jeremy reboul devant une salle remplie d’étudiants sceptiques, « le succès de ce modèle n’est plus à prouver aux Etats-Unis, un auteur gagne même 5000 euros par mois avec ce système », même si pour l’instant en France, « un auteur s’est vu rétribué au mieux 12euros pour vingt articles dans le mois »…

Incertitude

La loi Hadopi a fait du journaliste un auteur multi-supports. Le rédacteur de presse écrite devient multimedia, voire un simple "collaborateur" multi-supports. En pratique, les articles ne sont plus rédigés pour un support particulier mais deviennent eux aussi "multi-supports", sans requérir la moindre autorisation de l’auteur. La loi prévoit toutefois une "période de référence" pendant laquelle l’article peut être exploité ; au-delà de celle-ci le journaliste sera de nouveau rémunéré. Judickael Hirel directeur en chef de l’ACP, prône la rédemption de sa profession via "la quête de la qualité et du pluralisme de l’information, quelle que soit la façon de la consulter ou de l’acheter" sans pour autant se départir de " fixer les tarifs des piges au risque de tomber dans un Jumping fatal où n’importe qui braderait ses articles moins cher que le voisin". L’échec relatif propre à la liquidation Bakchich.info montre encore les limites d’un modèle économique qui cherche sa place aux hasards des quatre coins de la plateforme web. Pour Nicolas Beau, directeur de Bakchich, " l’écran (le net) est un non modèle en cela que c’est l’écrit qui sauvera le web". Car le journaliste doit effectivement s’adapter au plus juste « du journalisme multi-média ».
Au même titre, Nicolas Beau considère que « le journaliste est une courroie de transmission dans un plan de communication » avec lequel il faut composer.
Pour Pierre Haski, malgré la conjoncture défavorable, c’est le risque à prendre pour sortir la presse de la crise. Des pure players s’essayent au renouvellement de la presse au « cœur même de la récession ». «  On est parti sur des pages blanches économiquement parlant, sur une simple intuition journalistique », commente-t-il.
A mesure que l’outil Internet s’impose dans leur vie professionnelle quotidienne les journalistes se retrouveront face à une véritable problématique existentielle : être dans le mouvement ou ne pas être à la page et disparaître.

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3 Commentaires

  1. Sand le 28 novembre 2009

    Bonjour !Je pense que les médias et le journalisme deviennent le véhicule central du monde.C’est un sujet qui va demander beaucoup de temps encore pour le fignoler car il est déjà là et énorme comme une grosse boule de neige.....Je pense aussi qu’il est en relation direct avec le gouvernement mais le problème c’est qu’on ne sait pas où.Qui a le plus grand pouvoir sur les médias, le plus grand impacte au niveau individu ?Quelle est la personne la plus influente sur le système internet actuellement, c’est cette question que je n’ai de cesse de me poser, toujours ?Seriez-vous y répondre vous, professionnels ????



  2. renato666 le 30 novembre 2009

    Bonjour

    Plusieurs affaires déja de journalistes piègés par des canulars du net repris comme information ( non vérifiée évidemment ).Preuve de l’avidité du scoop et le manque de professionalisme et d’éthique de ceux qui se présentent comme des professionnels de l’info.

    Contrairement aux médias traditionnels qui jusque là nous faisaient croire qu’ils faisaient de l’info. en la "prédigérant" et en nous dictant "ce qu’il faut retenir de l’actualité", le net va nous obliger à utiliser notre discernement pour forger notre opinion,du simple fait de la très grande richesse d’infos. souvent contradictoires.Les médias l’ont d’ailleurs compris en investissant ce nouveau territoire.De là aussi d’ ailleurs la volonté actuelle du pouvoir politique de contrôler ce nouveau média qui (contrairement aux anciens ) leur échappe, en proposant de nouvelles lois de contrôle des contenus qui les dévoilent.



  3. Sand le 30 novembre 2009

    @renato666,Bonjour,Votre commentaire est éloquent.Merci.



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