Le petit manuel du bon père d’entreprise par Didier Lombard
Dans un mail adressé aux collaborateurs de France Télécom, le Pdg Didier Lombard veut regonfler le morale de ses troupes, alors que SFR, Free, ou Bouygues télécom ont décroché plusieurs victoires récemment sur tapis vert.
Orange est acculé. Les procès pleuvent. Les condamnations aussi. Et l’opérateur a décidé mardi de convoquer la presse pour se défendre face à ce que ses dirigeants jugent comme étant des calomnies. Le rôle revenait donc à Louis-Pierre Wenes, le patron d’Orange France, de démontrer que non, l’opérateur est un leader, un novateur, et pas le nid de conservatisme que se plaisent à décrire ses rivaux.
Armé de ses "slides", le directeur général adjoint, a donc rempli sa mission, enchaînant les dates clefs du groupe. Orange revendique ainsi, la naissance du Minitel en 1981. Un progrès certain pour l’époque, mais déjà l’internet commençait à pointer le bout de son code aux Etats-Unis. Plus tard, c’est le premier réseau GSM, dont France Télécom s’accapare un bout de la paternité en 1987. Bref, les dates à marquer d’une pierre blanche se succèdent avec chaque fois pour l’opérateur un rôle de précurseur. Citons donc, le Wap en 2000, la Vod sur PC en 2002, et la télévision sur ADSL un an après. Puis la TV sur mobile en 2004, ou encore Tennis Everywhere - lors du tournoi de Roland Garros - et pour clore cet hommage à peine voilé à la Division Contenu du groupe, Louis-Pierre Wenes met en avant la catch-up TV, et enfin la télévision sur iPhone.
Attaques infamantes
La démonstration est plutôt concluante, même si les concurrents ont aussi des arguments à faire valoir, surtout Free. Et que l’Union européenne fustige les tarifs élevés des offres d’accès à l’Internet. Cependant, le plus important est ce qui se passe en coulisse. En effet, la presse maintenant bien consciente que France Télécom n’est pas le dinosaure que certains prétendent, le temps était venu aussi de convaincre en interne ; les dizaines de milliers de personnes qui travaillent actuellement dans la multi-nationale de la communication. Et c’est à Didier Lombard, le Pdg, que revient forcément cette mission, dont il s’est acquitté par le biais d’un mail que nous nous sommes procuré, et qui a été envoyé aux collaborateurs de France Télécom en début de semaine. Le voici dans son intégralité, rempli à ras bord de ce style, ancienne école, qui fleure bon une certaine conception du rôle de patron d’entreprise, celui d’un père, d’un guide, incarnation de la force tranquille.
"Nous venons de faire l’objet d’attaques infamantes dans la presse de la part des dirigeants de Free. Le Groupe est visé, mais, ce qui est beaucoup plus grave, la qualité et les compétences des équipes sont mises en cause. Ceci est intolérable.
C’est pourquoi nous allons attaquer en justice les intéressés, mais ce sont toujours des procédures longues qui n’ont pas la visibilité nécessaire pour notre image.
Pour autant, nous ne polémiquerons pas par voie de presse car agir ainsi ne correspond pas à la façon dont nous concevons notre métier.
En revanche, nous vous incitons à démultiplier largement auprès de tous ceux et celles qui s’étonneraient de ces attaques les éléments suivants :
les valeurs Orange ne sont pas celles du dénigrement et du non-respect des concurrents, mais au contraire, de l’honnêteté et de la transparence. Et nous devons maintenir fermement cette ligne.
nous avons pleinement joué le jeu de l’ouverture à la concurrence, avec la révolution culturelle qu’elle représentait pour notre entreprise en 1998,
le respect des lois et des réglementations fait complètement partie de notre éthique des affaires,
si nos concurrents sont si nerveux en ce moment, notamment sur le sujet de l’innovation, c’est que les observateurs, les investisseurs et les clients reconnaissent nos avancées en la matière et l’avantage compétitif qu’elles nous procurent,
vos familles, vos clients, vos partenaires commerciaux connaissent notre valeur, et je suis sûr que ces propos insultants finiront par se retourner contre ceux qui les profèrent tant ils sont éloignés de la réalité.
Par ailleurs, il est clair que nous faisons en ce moment l’objet d’une campagne médiatique hostile fondée sur des chiffres et des arguments totalement faux. Nous préparons pour le début de la semaine prochaine un dossier vous permettant de rectifier ces contre-verités, et qui sera également remis à la presse.
Plus loin ensemble, nous ferons la réussite de notre entreprise.".
En résumé, il ne faut pas croire la concurrence, qui fustige et ment. A tel point d’ailleurs, comme le sous-entend le Pdg de France Télécom vers la fin, qu’une justice éclairée - immanente ou divine ? - fera en sorte de les punir pour leurs mensonges.
