Le nuage de cendre étouffe la presse quotidienne
Le nuage de cendres de l’Eyjafjöll aura décidément eu des répercussions inattendues. La presse quotidienne est une de ses victimes. L’interruption du trafic aérien aura en effet eu raison de ses deux acheteurs : le lecteur et l’annonceur.
La fureur du Dieu volcan n’épargne pas la presse quotidienne. Depuis vendredi, l’arrêt du trafic aérien en Europe du Nord a bloqué les touristes, les travailleurs internationaux, mais aussi une part non négligeable des exemplaires de la presse papier. Et aux passage, les ressources publicitaires tirées par les grands quotidiens de leurs exemplaires présents dans les avions, achetés prix coûtant par les compagnies aériennes, et gratuits pour les voyageurs. Le Monde, Le Figaro ou Les Échos comptent sur ces exemplaires, qui font le tour de la terre, entre les mains de CSP +, pour vendre des pages de publicités onéreuse. Pour Le Figaro, la vente aux tiers concerne plus de 90 000 exemplaires, soit près du tiers de sa diffusion totale. Même ratio pour La Tribune ou Les Échos. Ce sont donc les exemplaires les plus attractifs pour les annonceurs qui se trouvent privés de lecteurs. Avec des conséquences sur la trésorerie de ces quotidiens, déjà peu florissante.
En outre, contrairement aux télévisions, qui reçoivent désormais l’immense majorité des images par FTP (file transfer protocol), les journaux restent d’abord un support physique. Ils sont imprimés en une fois en un seul et même lieu, puis dispatchés sur l’ensemble du territoire et à l’étranger par avion, camion, et train.
Situation de crise
C’est donc une véritable situation de crise que traverse, entre autres, le service de la diffusion internationale du Monde, premier quotidien français à l’étranger. Marie-Dominique Renaud, responsable des 38 000 exemplaires destinés à l’international s’arrache les cheveux. « Environ 50% de notre activité se fait par avion. Le routage surface (train, camion), lui, est censé fonctionner. Je dis censé parce que nous subissons aussi les grèves de la SNCF, et une situation de crise à Presstalis. C’est donc une situation jamais vécue. »
Du coup, les Helvètes par exemple sont aujourd’hui privé du quotidien du soir, et c’est le système D qui prend le relais. Des routages secours sont prévus. Ce midi, dès les rotatives arrêtées, un camion est parti de l’imprimerie, direction Milan, pour desservir l’Italie, la Slovénie, la Croatie.
D’autres destinations plus lointaines, ou plus difficiles à atteindre, n’ont pas cette chance. « C’est un quotidien, il faut qu’il puisse arriver dans des délais raisonnables. Cela ne nous intéresse pas de distribuer Le Monde avec trois jours de retard au Maroc par exemple. » Conséquence : pour l’heure, la moitié des exemplaires destinés à l’international n’est même plus imprimée. Et pour ne rien arranger à l’affaire, alors que le trafic aérien reprend progressivement, les quotidiens seront absents des kiosques demain, pour cause de grève du syndicat du Livre-CGT.
