Le luxe au secours de France Télévisions
L’Elysée étudie différentes pistes pour financer les antennes du service public. Le secteur du luxe pourrait être mis à contribution.
On n’a pas fini de mesurer les effets de la fin de la publicité sur les chaînes de France Télévisions, annoncée par le président de République lors de sa conférence de presse du 8 janvier. La loi devrait être présentée dans la foulée des élections municipales, pour un vote dès les beaux jours revenus.
Un calendrier plutôt serré alors qu’il n’existe pas encore de solutions de rechange. En effet, le manque à gagner pour les antennes du service public atteindrait alors plus de 800 millions d’euros au bas mot en année pleine. L’Elysée a prévenu qu’il voulait un dispositif permettant de compenser la perte à l’euro près.
Plusieurs pistes sont à l’étude pour dénicher de nouvelles ressources financières. Une augmentation de la redevance a été rejetée d’emblée par le gouvernement. Une augmentation de 50 euros par an (30% de hausse) aurait pourtant été suffisante. D’autant que les affaires ne marchent pas si bien que cela pour France Télévisions. Sur l’année 2008, les recettes publicitaires prévisionnelles de France Télévisions pourraient afficher une baisse de 160 millions d’euros comparées à 2007. Plusieurs raisons expliquent cette baisse des recettes, comme la mise en place d’un nouveau barème publicitaire en début d’année, décorrélée de la notion d’audience, avec une baisse du chiffre d’affaires en début d’année (-15%). D’autre part, les annonceurs alertés par l’annonce de l’arrêt de la publicité sur le service public vont anticiper et investir dans d’autres supports. L’ensemble des chaînes privées, y compris celles de la TNT, pourraient être mises à contribution avec un prélèvement sur leur chiffre d’affaires publicitaire. Selon les spécialistes du marché, TF1 et M6 seraient les grands gagnants de l’arrêt de la publicité sur FTV, avec une prime au leader. Une taxe de 5% sur la totalité du chiffre d’affaires représenterait déjà entre 30 et 40% des nouvelles recettes acquises grâce à la suppression de la publicité sur le service public.
Modification de la loi
Contraints de trouver un financement ailleurs, les services de l’Etat ont évoqué la possibilité de taxer les fournisseurs d’accès à Internet ou les opérateurs de mobiles. Une décision politique délicate dans un contexte à haut risque dès qu’il s’agit de toucher au pouvoir d’achat des ménages. Actuellement, la France compte 16,1 millions d’accès Internet à haut débit. Le chiffre d’affaires réalisé par ce secteur est estimé a 4,7 milliards d’euros. La mise en place d’une taxe de l’ordre de 5% sur ce dernier, permettrait de dégager 232 millions d’euros. Ce qui est bien insuffisant et devrait être aussi étendu à la téléphonie pour atteindre les objectifs de financement de l’audiovisuel public.
Même constat en ce qui concerne une taxe sur les produits high-tech. En prélevant un pourcentage réduit sur les ventes de matériel électronique, dont le chiffre d’affaires annuel est de 17,1 milliards d’euros, le gouvernement prend le risque de ranimer la grogne des industriels et des consommateurs déjà fortement échaudés par la rémunération sur la copie privée. Une nouvelle taxe aurait très mauvaise presse, et pourrait rappeler l’époque où Catherine Tasca, alors ministre rue de Valois, avait annoncé la taxation prochaine des disques durs des ordinateurs. Avec le succès populaire qu’on connaît...
D’autres hypothèses beaucoup plus audacieuses et moins "impactantes" sur le pouvoir d’achat des Français ont été évoquées, comme une taxe sur l’industrie du luxe. Les avantages sont nombreux. Le luxe se porte à merveille. Les marges de cette industrie sont élevées et le chiffre d’affaires est essentiellement réalisé auprès de clients étrangers. Une taxe inférieure à 3% sur le chiffre d’affaires du luxe, qui atteint 31 milliards d’euros par an, suffirait au financement de France Télévisions, avec un impact marginal sur le pouvoir d’achat des Français. Cependant, une adaptation de la législation à un niveau national et européen est nécessaire pour permettre de taxer un secteur industriel éloigné de l’audiovisuel pour garantir son financement. De quoi transformer alors l’audiovisuel public en un vrai petit bijou !
- Clefs
- France Télévisions L’Elysée M6 publicité TF1
