Le label Fargo veut réinventer le disquaire de proximité
Ouvrir un magasin de disque en 2010 : telle est l’idée, inconcevable pour certains grands groupes de distribution, du label français Fargo. Inaugurée cette semaine à Paris, la boutique prend à contre-courant la stratégie de certains vendeurs historiques de disques.
3000 références dont 1000 en vinyle, merchandising, livres et expositions : voilà ce que propose la boutique du label indépendant Fargo. Une idée qui peut paraître suicidaire alors que le marché français du disque a baissé de moitié depuis 2002. C’est pourtant celle de ce label, indépendant bien connu depuis dix ans des amateurs de rock, folk et country. Il a notamment importé en France la musique de Ryan Adams et Andrew Bird ou découvert la plus locale Emily Loizeau.
Signe des temps du désengagement du marché du disque, l’emblématique Fnac Musique implantée à côté de l’Opéra Bastille vient de fermer ses portes. Un contexte qui ne fait pas peur à Michel Pampelune, créateur du label : « On tire des conclusions trop hâtives sur le marché du disque. Des niches existent, notamment pour des labels avec une réelle image de marque comme le nôtre », nous explique-t-il. Au contraire, le fait d’être une petite boutique indépendante est même un atout pour lui : « le disque peut redevenir l’affaire d’artisans et des commerces de proximité. À la manière des cavistes de quartier qui créent une vraie relation grâce à leurs vendeurs, contrairement aux rayons des supermarchés ».
Garanties
Pour s’implanter dans ce quartier du XIe arrondissement de Paris (au 42, rue de la Folie Méricourt), Fargo a bénéficié de l’aide de la Société d’économie mixte d’aménagement de l’est de Paris (SEMAEST). Contrôlé par la ville de Paris, cet organisme aide notamment à la réimplantation de commerces de proximité. Ainsi, les locaux occupés par cette première boutique de Fargo n’étaient auparavant pas du tout ceux d’un disquaire. Une manière de diversifier le tissu commercial du quartier.
Pour Fargo, le pari n’est pas risqué pour autant. En cas d’insuccès de la boutique, le label ne serait absolument pas en danger selon Michel Pampelune : « Nous avons prévu les garanties nécessaires. Le but de ce magasin est d’aider stratégiquement le label en créant et développant des revenus alternatifs. Ils pourraient ainsi prendre le relais les mois où nous ne sortons pas de nouvelle référence. » Une complémentarité est également mise en place avec le Fargo Store, magasin en ligne du label : « Il sera possible de commander un disque en ligne et de venir le chercher au magasin plutôt que de se le faire livrer. À l’avenir nous développerons également le site en permettant par exemple aux acheteurs d’un vinyle de télécharger gratuitement la version numérique de l’album pour leur iPod. Enfin, des éditions limitées exclusives aux boutiques numériques et physiques seront commercialisées. »
