Le Conseil de la Concurrence brise l’exclusivité entre Orange et Apple sur l’iPhone
Le conseil de la Concurrence n’aime pas Orange. Chaque fois que l’opérateur se présente pour défendre ses intérêts, il est débouté. Et cette fois, l’affaire devrait faire du bruit, puisque le Conseil de la Concurrence vient de casser, à titre "conservatoire", le contrat d’exclusivité entre Orange et Apple pour la commercialisation de l’iPhone - le jugement au fond devrait intervenir dans plusieurs semaines. Sans surprises Orange a fait appel
La plainte lancée par Bouygues Télécom à l’encontre d’Orange a donc touché au but, et Orange n’a plus qu’à ravaler l’assurance affichée ces derniers jours. Dans sa décision, le conseil explique que l’opérateur propriété de la maison Bouygues aura dès à présent la possibilité de lancer des offres avec l’iPhone, à condition qu’Apple lui fournisse des appareils.
Ni Orange, ni Apple n’ont réagi officiellement. Pour ce dernier, le verdict n’est toutefois pas une si mauvaise nouvelle que ça, d’autant que le fabricant a déjà commencé à assouplir sa politique de partenariat avec les opérateurs de télécommunication dans d’autres pays. Les consommateurs seront certainement les grands gagnants de cette péripétie juridique, puisque et Bouygues Télécom et aussi SFR ont maintenant toute latitude pour commercialiser officiellement l’iPhone avec des offres alléchantes. Au préalable, il faudra également, que ces opérateurs mettent à niveau leurs réseaux pour notamment proposer à leurs clients les petits plus de l’iPhone comme le "visual voice mail".
L’iPhone, étalon du marché
Dans le détail, la décision du conseil de la Concurrence rendue publique ce matin est un véritable camouflet pour Orange, et à un degré moindre pour Apple. Les sages ont indiqué que "l’exclusivité d’Orange sur l’iPhone est de nature à introduire un nouveau facteur de rigidité dans un secteur qui souffre déjà d’un déficit de concurrence". Rien que ça ! On peut s’étonner que l’iPhone soit l’unique mobile qui puisse avoir une telle influence sur le marché, alors que les exclusivités y sont monnaie courante. Un argument que le conseil écarte d’un revers en précisant que "l’annonce récente par SFR de la conclusion de partenariats avec deux constructeurs, Blackberry et HTC, ne conduit pas le Conseil à relativiser les effets de l’exclusivité d’Orange sur le marché. En effet, cette riposte confirmerait le risque d’effets cumulatifs du type de partenariat mis en cause". Autrement dit, si SFR signe des exclusivité avec HTC, c’est à cause de l’iPhone. Décidément, n’est ce pas trop d’honneurs que les sages font à ce mobile marqué d’une pomme... Rappelons que lors de l’audience préparatoire du 25 novembre dernier, le président du Conseil de la Concurrence avait explicitement rejeté ce raisonnement, en soulignant que SFR n’avait pas été affecté par l’exclusivité de l’iPhone, lorsque Bouygues Télécom tentait d’expliquer qu’il en était victime.
La charge du Conseil de Concurrence se poursuit sur le terrain des consommateurs. Selon lui, "une telle exclusivité accroît encore les coûts de changement d’opérateur mobile pour les consommateurs". Une conclusion que les sages argumentent de façon quelque peu surprenante en indiquant que "s’agissant de terminaux comme l’iPhone, la captivité des consommateurs est aggravée par les problèmes d’interopérabilité qui rendent difficile la migration des données vers d’autres marques de téléphone". L’interoperabilité de l’iPhone est donc mise en cause, sans que l’on sache de quoi il s’agit réellement. Puisque Apple n’utilise pas de format exotique pour la gestion des contacts ou des photos sur son mobile, mais bien des standards comme le vCard, ou le Jpeg.
Bref, si la décision est in fine une bonne nouvelle pour les consommateurs, qui vont pouvoir profiter d’une concurrence accrue entre les opérateurs, elle ne laisse pas indifférent les observateurs. En effet, pour la maison Bouygues, cette fin d’année est placée sous le signe des bonnes nouvelles, avec le vote au pas de course de l’allongement de la publicité sur TF1 et de son corollaire - l’arrêt de la publicité sur France Télvisions - et, désormais, la possibilité de mettre l’iPhone en boutique ! Il ne manque plus qu’un solide contrat dans le bâtiment ou le nucléaire pour parachever le tout.
Mise à jour : dans un communiqué d’une rare virulence, l’opérateur à indiqué qu’il faisait appel. Voici quelques extraits choisis :
"Orange constate que cette décision place la France dans une situation radicalement différente de celle qui prévaut en Allemagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne notamment.".
"La décision du Conseil de la Concurrence remet en cause les efforts consentis par Orange pour développer les usages haut débit mobile en France. Il est d’ailleurs paradoxal que l’opérateur ayant le plus de retard dans le déploiement de son réseau 3G soit à l’initiative de cette plainte. On notera également qu’il lui a fallu attendre plus d’une année après le lancement de l’iPhone pour demander ces mesures conservatoires supposées urgentes et qui interviennent en pleine période commerciale de fin d’année".
"Orange note que le plaignant, au lieu de livrer réellement une concurrence par les mérites, a de façon systématique recours aux autorités administratives indépendantes, pour conforter des situations privilégiées ou freiner des innovations marketing et commerciales de ses concurrents".
"La décision de ce jour est grave".
"Après un an d’exploitation de son partenariat exclusif, Orange a vendu à date plus de 150 000 iPhones de première génération et plus de 450 000 iPhones 3G".
Tout le monde en prend pour son grade. Bouygues Télécom que Orange qualifie finalement de mauvais joueur sur le marché de la téléphonie mobile, et le Conseil dont les décisions n’ont pas d’équivalent et pénalise la France. Affaire à suivre...
