Le SNEP répond sur le filtrage, par Hervé Rony son directeur général
Hervé Rony, directeur général du SNEP (Syndicat national des éditeurs de phonogrammes), a pris sa plus belle plume pour répondre à ceux qui ontici-même fustigé les tests sur le filtrage des contenus P2P. Voici le texte dans son intégralité :
PEER-TO-PEER ET FILTRAGE : POUR UN DEBAT DE BONNE FOI
Depuis plusieurs années, en particulier après la publication d’un rapport rédigé par Gilles Kahn et Antoine Brugidou en mars 2005, le SNEP, ce n’est un mystère pour personne, considère que le débat sur le filtrage d’accès aux contenus illicites sur le Net ne peut se passer de l’expertise des solutions possibles en ce domaine.
Que disaient les auteurs de ce rapport qui fut le premier sur le sujet ?
"C’est un ensemble de mesures coordonnées qui permettra de réduire le piratage à des proportions acceptables. Le caractère fortement évolutif des technologies mises en œuvre ne permet pas de parier sur une solution en particulier".
Ils proposaient de tester le filtrage à partir de l’ordinateur client et à la demande de l’usager... tout en reconnaissant que "le pourcentage d’abonnés volontaires ne sera pas élevé". Certes, ils rejetaient le filtrage systématique défendu par le SNEP mais acceptaient une approche de type “radar” préventif : "des mécanismes d’observation et de filtrage seraient mis en place sur certains points d’observation sur le réseau, de manière pérenne (“radars fixes”) ou temporaire (“radars mobiles”). Les radars permettraient d’identifier les évènements frauduleux et d’enregistrer les informations nécessaires pour venir alimenter des opérations de sensibilisation voire juridiques". L’utilisation de fichiers leurres n’était par ailleurs pas écartée pour compléter l’arsenal.
Ce fut un premier pas encourageant, mais le gouvernement de l’époque se garda bien de donner une suite pour d’éventuelles expérimentations. Et les FAI en profitèrent évidemment pour oublier ce rapport aussi vite que possible.
Pourtant, si chacun reste idéologiquement campé sur ses positions, nous n’avancerons pas.
Le SNEP poursuit donc son bonhomme de chemin, serein et déterminé à faire avancer la question. La publication d’un livre blanc sur le peer-to-peer en octobre 2007 et le lancement de tests participent de cette stratégie.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
La semaine dernière, des informations mal vérifiées ont laissé penser que certains de ces tests réalisés pour le compte du SNEP s’étaient soldés par un "flop", pour reprendre le mot ô combien journalistique fait pour marquer les esprits de manière irrévocable. Pauvre SNEP ! a pu se dire le lecteur, comme toujours avec ces producteurs déphasés et perdus devant la technologie ! Et bien non, ce n’est pas la vérité.
De quoi s’agit-il ?
Certains éléments demeurent strictement confidentiels et je ne vais donc pas dévoiler plus qu’il ne faut. Je souhaite seulement rappeler que des solutions de filtrage protocolaire montrent des taux d’efficacité tout à fait intéressants.
Ces tests ne sont qu’un élément d’un processus qui, je le répète, a pour but de suivre une démarche scientifique. Il s’agit de vérifier un certain nombre de données pour répondre à nos interrogations : est-ce possible de filtrer ? Et si oui, que peut-on filtrer ? Quelles sont les limites ? Dans quelle mesure l’architecture des réseaux empêche la mise en place d’outils de filtrage ? Est-ce un problème technique, est-ce un problème de coûts ? Que faire face au cryptage et à l’anonymisation des internautes ? Etc.
Les fournisseurs d’accès, eux, ne sortent malheureusement pas de leur posture ultra rigide, certains de leur compétence, nous déniant au fond la légitimité de penser par nous-mêmes sur des sujets techniques et dénonçant toute tentative non pas de mettre en place des mesures, mais au moins de faire des tests. Et pourtant que risquent-ils, puisque, nous disent-ils, aucune méthode de filtrage ne peut fonctionner (protocole ou contenus). Si c’est vrai alors, qu’ils prennent le risque des tests ! Et puis pourquoi cette fermeture totale quand on entend ici ou là dire que plus d’un fournisseur d’accès pratiquerait une sorte de "régulation de trafic" limitant tel usage de bande passante ? C’est bel et bien une manière sinon de contrôler l’accès au réseau au moins son usage, me semble-t-il.
C’est donc là que le bât blesse : le refus manifeste des FAI de mener avec nous des tests, en contradiction avec ce que préconisent les accords de l’Elysée issus de la mission Olivennes, ne plaide pas en faveur de leur bonne foi. L’intermédiation du gouvernement est donc indispensable pour faire respecter sur ce point ces accords. Par la suite, il appartiendra à la future autorité indépendante prévue par la mission Olivennes d’exercer son expertise.
J’avoue que cette attitude de camp retranché me laisse perplexe. Je ne suis pas du tout convaincu qu’à terme, elle serve les opérateurs.
Pour sa part, avec la foi du charbonnier et son bâton de pèlerin, le SNEP va continuer d’agir, avec d’autres ayants droit qui partagent ses préoccupations comme la Sacem ou les membres de l’ALPA par exemple. Et nul doute que nous aurons mille et une occasions de revenir sur ce passionnant sujet.
