Le Post vacille
Le Post.fr est à vendre. Progressivement les repreneurs se positionnent, on en dénombre 3 pour l’instant - Pierre Chapaz fondateur de Wikio, Rentabiliweb avec son lot d’excomuniés (Messier et Madelin) et Jacques Rosselin fondateur de l’hebdo Vendredi (en association avec Pierre Bergé). D’après les premiers échos, tous ont plus ou moins la même stratégie : faire plus de local, déployer à l’international et monétiser le tout.
Le Post n’est pas un média révolutionnaire mais incontournable. Construit autour, pour et par les internautes, il fédère une large communauté de « consom’acteur d’information » - 3,2 Millions au mois d’octobre, selon Nielsen NetRating. Il est aussi le seul, parmi les pure player 2.0, à s’être constitué un véritable capital marque. Ce n’est donc plus une attraction, ni un épiphénomène ou une niche mais un média établi dont l’envergure ne cesse de progresser.
Au départ de l’aventure il y a un concept, les faits divers et les buzz qu’ils génèrent mais surtout un homme, son rédacteur en chef : Benoit Raphael, symbole du journalisme connecté, 3.0 et en temps réel. Après quelcandidat.com, succès web de l’année 2007, il fut embauché au Monde intéractif pour diriger Le Post.fr.
Quel est le constat ?
Le Post est un succès d’audience mais un échec commercial. Des chiffres ont circulé, on parle d’1,6 M€ de perte (source Les échos). Gilles Van Kote, président de la SDM, affirme qu’elles sont moins importantes mais quoi qu’il en soit le Post n’est pas rentable et ne le sera pas en 2010. Sur la base de ce constat, les actionnaires du Monde souhaitent s’en séparer.
Il en va de même de son image qui nuirait à celle du Monde.fr. Les mœurs du média 2.0 sont encore difficilement tolérées par la maison mère. Et malgré une rédaction fournie, une quinzaine de journalistes professionnels, le Post est toujours perçu comme un site populaire qui bafoue les lois cardinales du journalisme.
Les conclusions sont-elles les bonnes ?
Dans ce genre de situation, les alternatives sont rares. Soit les administrateurs engagent une restructuration des équipes et du modèle en place, soit ils cherchent un repreneur. La première solution est longue, compliquée et incertaine dans ses résultats. La deuxième, beaucoup plus simple et rémunératrice devrait être privilégiée.
Cette analyse consacre une vision courtermiste qui favorise les retours sur investissements immédiats. Or, pour un pure player c’est compliqué, voir inconcevable – les sites marchands sont profitables depuis peu, ne demandons pas l’impossible à un média. La sagesse aurait été d’attendre que la communauté se consolide, grossisse, que le modèle économique s’affine. Il aurait été prudent de le laisser murir, de lui laisser la possibilité d’innover, de s’affranchir de son image amateur et de devenir un pivot des médias 2.0. Malheureusement, il en sera autrement.
Quant au problème de cohabitation et la contradiction entre leurs images respectives, cette polémique n’a que peu de sens et parasite durablement le débat sur les problèmes de fond : les pertes récurrentes du groupe Le Monde depuis plusieurs années.
Le futur du Post ?
Le fait que Le Post soit adossé au Monde.fr lui garantie une audience plancher et une certaine liberté d’action. Qu’en sera t-il le jour où il changera d’actionnaire ?
Il est probable que les nouveaux dirigeants opèrent une transition vers la monétisation des contenus, faudra t-il encore convaincre les lecteurs quotidiens. Nous les imaginons mal inciter 3,2 Millions de visiteurs uniques à consommer ou se voir imposer davantage d’espaces publicitaires. Comme nous imaginons mal les lecteurs ou contributeurs originels supporter ces mutations. La transmission de témoin ne se fera pas sans dégat.
Le Post est ainsi devenu la patate chaude de cette fin d’année, malgrè son audience et la pertinence de son positionnement. Il rejoint la longue liste de ses camarades victimes de la dure réalité économique.
