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Le Monde : trop d’incertitudes avant le vote décisif

Le 24 Juin 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

Le contenu des deux offres laisse planer trop de zones d’ombre pour que les journalistes du Monde donnent sereinement leur blanc seing à l’une des deux. Est-ce à dire que le conseil de surveillance aura pour mission de repousser la date du vote décisif en demandant à Régis Valliot, administrateur judiciaire et "conciliateur", de nouveaux délais de réflexion.

L’examen des deux offres de reprise du Monde interdit à tout journaliste du Monde d’affirmer qu’il peut se prononcer en connaissant les tenants et les aboutissements de chacune d’entre elles. L’offre du trio Mathieu Pigasse-Xavier-Niel-Pierre Bergé donne, de toute évidence, le plus de garanties au personnel du Monde auquel elle accorde une minorité de blocage qui disparaîtra peut-être lors d’une nouvelle augmentation de capital mais qui a le mérite d’exister. Elle est plus conséquente sur le plan financier et remet sur le même plan la rédaction papier et
net qu’elle réunit.
Enfin, elle présente toutes les garanties de stabilité puisque les trois repreneurs se sont engagées dans une union indissoluble au sein d’une société en commandite où chacun détiendra un tiers et un tiers seulement des actions..
Mais elle laisse planer des doutes sur le management qui prendra les commandes du groupe. Qui prendra la présidence du conseil de surveillance, celle du directoire et comment seront
organisées précisément les rédactions ? Quels rôles opérationnels joueront ou pas Xavier Niel, Mathieu Pigasse ou Pierre Bergé ? En général, les salariés aiment bien savoir quels seront leurs dirigeants et là, il faut bien reconnaître qu’ils sont dans l’expectative.
En face, on sait que Prisa dispose d’un pouvoir de nomination sur la présidence du conseil de surveillance et que SFA choisira celui qui occupera la présidence du directoire. Un poste taillé sur mesure pour Denis Olivennes qui a toujours géré des grands groupes Air France, Canal+, la Fnac - Perdriel en prendra la tête pendant neuf mois avant de passer la main à Denis Olivennes.

Monde Imprimerie et Prisa

On a également appris qu’Orange sera écarté des postes à très hautes responsabilités. En revanche, l’offre présentée par SFA-Prisa laisse planer de grandes incertitudes sur leur alliance
révélée au grand jour à la veille de scrutin. Il ne faisait pourtant aucun doute que celle-ci était en gestation depuis plusieurs semaines, les nombreuses rencontres qui se sont déroulées à Madrid comme à Paris ces dernières semaines en attestant. Et les questions fusent, Prisa va t-il reprendre l’imprimerie du Monde ? Si aucune précision n’est donnée à ce propos, tout laisse
penser dans l’offre présentée par SFA-Prisa que le dossier est déjà réglé dans la mesure où il est pointé, avec une certaine acuité, mais qu’aucune proposition de règlement n’est élaborée. Comme si celui-ci avait déjà été ébauché avec les mêmes acteurs.
Ce point n’est pas anodin dans la mesure où le repreneur va devoir injecter, comme l’a souligné David Guiraud devant le comité entreprise du Monde Imprimerie, 50 millions d’euros d’argent frais. Sans exclure naturellement la participation des pouvoirs publics.
Le doute de la même façon concerne le rachat des parts de Lagardère par Orange qui permettait à Prisa de détenir la minorité de blocage au sein du Monde SA. Cette opération est-elle déjà réalisée ou concomittante à l’acceptation du dossier de reprise SFA-Prisa par le personnel du Monde ? A notre connaissance, cette opération n’a pas encore eu lieu, Orange ne souhaitant pas précipiter les événements qui se déroulent déjà assez vite. Mais rien ne l’interdit.
On imagine aisément qu’Alain Minc, parrain du rapprochement Prisa-Le Monde, prôner la première hypothèse qui permet de forcer la main des personnels du Monde, mais on voit mal Claude Perdiel, respectueux des rédactions, comme il l’a démontré sa vie durant, déclencher un conflits avec celle du Monde si celle-ci repousser son offre.
Toutefois, il apparait qu’avec la haute main sur l’imprimerie et sa présence au sein d’une minorité de blocage, Prisa deviendrait rapidement le partenaire le plus fort du nouvel ensemble. Une position renforcée par le fait que ses capacités financières sont supérieures à celles de SFA qui dispose, en tout et pour tout, d’une centaine de millions de fonds propres. Evalués à une quinzaine de millions d’euros tout au plus par an, les bénéfices de SFA, l’entreprise de sanitaires permettent de rétablir les comptes du Nouvel Observateur et de Challenges, déficitaires à hauteur de 4 et 2 millions chacun. En aucun cas, de couvrir les pertes du Monde établies à 25 millions d’euros l’an dernier et déjà évaluées par les repreneurs à 15 millions d’euros en 2010. La nature du plan d’économies que le repreneur du Monde va donc devoir mener à bien n’est pas détaillé. SFA-Prisa estime qu’il faut faire baisser le coût d’exploitation du titre de dix millions d’euros par an pendant trois ans et estime que la moitié de cette somme proviendra de recettes supplémentaires. Quand les recettes publicitaires du Monde, toujours en déclin,sont passées en dessous des 40 millions d’euros nets et que la diffusion vente payée au numéro baisse de 8%,
cette année, le réalisme invite déjà à enrayer leur chute. Et non pas à programmer leur progression.
Dès lors, où SFA-Prisa trouveront-ils les 10 millions d’euros d’économies qu’ils recherchent et combien de postes de travail seront supprimés pour les obtenir ? Au bas mot, plus d’une centaine et la clause de cession ne suffira pas à atteindre ce chiffre. Les négociations sur les départs volontaires qui n’ont, comme chacun sait, de volontaires que le nom promettent d’être après.
Enfin,la décision prise par SFA-Prisa de repousser de 2011 à 2013 le remboursement de 25 millions d’euros du prêt de BNP Paribas Natixis, gagé sur Telerama, laisse, malgré tout, planer un doute sur les capacités financières du duo et sur sa volonté de conserver Telerama au sein du groupe.

Ancrage politique

Les journalistes auront noté que le contenu proprement dit des titres est fort peu évoqué. Les deux offres concurrentes mettent clairement l’accent sur la nécessité d’offrir, au plus vite, une offre conséquente et crédible du week-end. Comme le font tous les quotidiens nationaux du monde entier qui trouvent là un gisement d’annonces publicitaires. En revanche, ils restent muets sur l’offre rédactionnelle qu’ils entendent proposer - comme s’ils redoutaient que les journalistes ne les suivent pas dans cette nécessaire entreprise de rénovation dont chacun semble avoir pris conscience.
Etant donné les résultats actuels de la dernière formule du magazine le week-end, en termes de vente comme de recettes, il paraît exclu de la conserver en l’état. Dès lors, pourquoi aucun des deux repreneurs n’a t-il proposé, dans son offre, d’ouvrir, avec la rédaction, une vaste réflexion sur cette question ? Pourquoi aucun d’entre eux n’a t-il précisé si Le Monde aurait un ancrage politique, et lequel, ou, plus simplement, s’il n’en aurait pas ? On dira que cet engagement ne sera rien mais comme le répètent les avocats, "ça va mieux en le disant".
Tous parlent d’indépendance mais, au fond, à la lecture attentive des offres, nul ne sait vraiment pourquoi celle-ci est-elle si ardemment défendue... Si ce n’est que cette profession de foi est indispensable pour prendre le contrôle du Monde.
A ce propos, on remarquera que le trio Pigasse-Niel-Bergé- accorde à la SRM un droit de veto sur la nomination du directeur du journal qui doit être approuvée à hauteur de 60% des parts de la SRM alors que SFA-Prisa, d’accord sur le même principe, repousse sa mise en application à des négociations ultérieures avec la SRM.
Sans accabler un repreneur plutôt qu’un autre, il devient de plus en clair que le scrutin du 25 juin intervient de façon prématuré. Trop de questions doivent être éclaircies et trop d’engagements précisés. Le sort du Monde ne peut être décidé sur un coup de dés. Le conseil de surveillance du Monde serait bien inspiré d’obtenir de Régis Valliot, conciliateur et administrateur judiciaire potentiel du Monde, de nouveaux délais permettant d’affiner ces offres.

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6 Commentaires

  1. Sand le 24 juin 2010

    Je suis bien d’accord que le 25 juin est une date bien trop prématurée pour une affaire de cette ampleur et de cette teneur.

    Travail baclé travail raté !



  2. Philippe Meunier le 24 juin 2010

    Si je comprends bien, il serait urgent d’attendre que Prisa, Perdriel et Orange répondent aux nombreuses questions évoquées dans cet article, alors que le projet concurrent est ficelé. (Car tout y est dit à propos de la nomination du directeur du journal, c’est à dire la façon dont les journalistes du Monde connaitraient leur patron).

    Ne s’agirait-il pas plutôt d’attendre à tout prix que Prisa, la partie forte du trio comme il est écrit, soit en mesure d’apporter quelques sous au Monde, c’est à dire que ses propres difficultés financières soient réglées ?

    Ce qui serait formidable, en somme, c’est que le dépôt de bilan intervienne pendant l’été, et que le débat sur les questions posées à Prisa soient laissées à l’initiative d’un administrateur judiciaire.

    Ai-je bien compris ?



  3. J. L. le 24 juin 2010

    En théorie, le calendrier est le suivant :

    actuellement, consultations de tous les actionnaires du groupe,

    28 juin, décision des conseils de surveillance avec,soit le refus des offres, soit un report de la décision, soit l’acceptation d’une période de négotiation exclusive avec l’un des acheteurs,

    31 juillet, fin théorique de la période de négotiation pour Bergé, Niel,Pigasse,

    30 Septembre pour Perdriel, Prisa, Orange.

    Soit la negotiation aboutit, et un protocle d’investissement est signé, soit elle n’aboutit pas et les parties reprennent leur liberté.

    http://www.lafindunmonde.com/



  4. Lulu77 le 24 juin 2010

    Tout cela n’a pas d’importance. Si il est dommage que des entrepreneurs brillants jettent leur argent par les fenêtres.

    Le NYT vend son immeuble, puis licencie 10O journalistes, puis diffuse la conférence de rédaction en vidéo pour chercher l’audience.

    Le Monde c’est la même chose ici.

    Ils iront en enfer, pire ils mangeront au Monde dans la main de Sarkozy.



  5.  le 24 juin 2010

    Sarkozy derrière Perdriel par MAM interposée !!!



  6.  le 24 juin 2010

    Un avenir glorieux pour les futurs bleus avec Laurent BLANC.

    Qui est Laurent BLANC en 2 vidéos :

    http://www.youtube.com/watch?v=Xg0t...

    http://www.youtube.com/watch?v=Tk-E...

    Pour le reste je tourne la page !



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