Le Monde tire un trait sur l’imprimerie d’Ivry (màj, grève du Livre)
Dans un texte adressé à tous les salariés du groupe, Louis Dreyfus confirme le transfert à la PQR de l’impression du quotidien et la suppression de deux rotatives sur trois. Le groupe pourrait s’associer avec un partenaire pour créer une autre imprimerie.
Ni les Echos, ni 20 Minutes, ni les titres du groupe Bolloré, ni aucun titre de presse n’ira se faire imprimer au centre d’Ivry.
Louis Dreyfus en a tiré les conséquences et a annoncé à tous les salariés que le quotidien serait imprimé en province, l’imprimerie de la région parisienne étant destinée à tirer les exemplaires vendus en Ile-de-France.
Dans ce texte, le président du directoire commence par tirer le constat économique d’Ivry. "Pour la seule année 2011, avant tout élément exceptionnel et alors même que Les Echos y sont encore imprimés, Le Monde Imprimerie accusera une perte d’exploitation de plus de trois millions d’euros. Les départs consécutifs des Echos, du JDD, du Guardian et de Direct Matin correspondent à une perte de 30% du chiffre d’affaires de l’imprimerie. A l’horizon 2013, les pertes annuelles prévisionnelles du Monde Imprimerie seront supérieures à dix millions d’euros si rien n’est fait."
Pour mettre fin à ce foyer, Louis Dreyfus annonce que "la relance du journal passe par une harmonisation de sa distribution à Paris et en régions".
Pour y répondre, Le Monde va fermer deux rotatives sur trois : "la production serait désormais assurée par une seule rotative, une étude récente mandatée par le SPQN ayant confirmé qu’il n’existait pas de plan de charge suffisant, au niveau régional, pour l’achat d’une nouvelle rotative en format berlinois".
Pour rentabiliser cet achat, Louis Dreyfus précise "qu’une deuxième
partie des investissements sera inévitablement liée à notre capacité à obtenir un plan de charge quotidien de nuit".
Le Monde le matin
Enfin, Louis Dreyfus confirme que Le Monde va "privilégier une solution d’impression en régions, dans plusieurs imprimeries, de manière à augmenter
sensiblement notre distribution l’après-midi sur une grande partie du territoire". En négociations avec Ouest-France, La Dépêche, La Voix du Nord, le groupe Ebra, le Monde a signé depuis plusieurs mois des accords d’impression avec ces titres pour l’impression du Monde, le matin. "Notre objectif est qu’un maximum de lecteurs puissent acheter notre quotidien avant 14h et bénéficier de nos efforts pour faire chaque jour un quotidien plus chaud", assure Louis Dreyfus. Un constat qui laisse indiquer que Le Monde va progressivement devenir un journal du matin.
"Pour mémoire, hors Paris et banlieue, nos ventes l’après-midi se limitent sur le territoire français à 10 000 ex./jour. Quand nos confrères font 60% de leurs ventes au numéro en province, cette part se limite pour nous à 50%. Les régions sont pour nous un réservoir de croissance sur lequel il nous appartient d’investir". Les confrères réalisant la quasi totalité de leurs ventes, le matin, la marche à suivre est toute indiquée.
150 départs
Cette réorganisation massive implique le départ de très nombreux salariés. 150 sur les 250 permanents recensés à Ivry ; Louis Dreyfus précise à ce propos : "Nous sommes conscients que ce projet aboutirait à des équipes très nettement resserrées par rapport aux effectifs actuels. Nous accompagnerons chaque salarié dans cette évolution afin que chacun trouve une solution de reconversion ou une solution de reclassement".
Toute la question est de savoir si ce seront les pouvoirs publics ou les éditeurs qui prendront en charge les ouvriers du Livre restés sur le carreau.
Prenant exemple sur Le Figaro qui a cédé son imprimerie à Riccobono, Louis Dreyfus fait référence à un projet indetique pour Le Monde : "Un nouveau projet d’imprimerie presse-labeur, porté par un opérateur extérieur, serait une vraie solution d’avenir pour un nombre important de salariés dès lors qu’il serait économiquement équilibré. Ce projet, dans lequel le Groupe Le Monde s’impliquera, a notamment vocation à permettre le retour de la presse quotidienne gratuite sur ce type d’impression".
L’association des deux mots "presse" et "labeur" risque cependant d’inquiéter les ouvriers du Livre dans la mesure où le labeur qui imprime les magazines n’applique pas les mêmes règles que celles de la presse quotidienne nationale. Les ouvriers du Livre n’ont pas leur mot à dire dans ces imprimeries.
En conclusion, Louis Dreyfus demande aux organisations syndicales d’ouvrir les négociations. Etant donné le plan qui leur est imposé, elles y viendront sûrement mais vont réfléchir à deux fois avant de s’y rendre.
18H30 : La distribution du journal a été bloquée vendredi 17 juin par les ouvriers chargés du départ et de la distribution ; les rotativistes ayant imprimé le journal. Le quotidien devrait retrouver une distribution normale demain et lundi avant des actions similaires la semaine prochaine.

