"Le Monde" : le trio BNP assuré d’une victoire au conseil
Le conseil de surveillance du Monde va décider de rentrer en négociation exclusive de vente avec Mathieu Pigasse, Pierre Bergé, Xavier Niel. Les opposants à ce projet ne disposent pas des voix nécessaires pour s’y opposer.
Le Monde n’échappera pas au trio Pierre Bergé, Xavier Niel, Mathieu Pigasse. L’issue du conseil de surveillance du lundi 28 juin ne fait guère de doute. Dix conseillers sur vingt, soit les neuf représentants des sociétés de personnel et Jean-Louis Beffa qui a toujours dit qu’il alignerait son vote sur celui de la société des rédacteurs du Monde, voteront en faveur de l’offre BNP. Et on imagine mal Pierre Lescure voter contre les journalistes, l’ancien patron de la rédaction de France 2 prendra, tout au plus, la décision de s’abstenir.
Claude Perdriel, fondateur du Nouvel Observateur, a annoncé qu’il se prononcerait contre une offre qui a recueilli l’adhésion de 90,84% des membres de la SRM, sans que l’on comprenne très bien ce qui peut motiver sa démarche dans la mesure où il n’a plus grand chose à négocier. S’il y a encore un mois, on pouvait imaginer que l’entrée en piste du Nouvel Observateur pouvait servir de monnaie d’échange à un rachat ultérieur de Télérama, une telle hypothèse ne revêt aujourd’hui aucun sens dans la mesure où les journalistes de la Publication de la Vie Catholique se sont aussi prononcés à 93% pour BNP. Sauf à licencier l’intégralité de la rédaction, le Nouvel Observateur ne pourra jamais mettre la main sur Télérama. A moins d’acheter une coquille vide.
L’entêtement de Claude Perdriel ne fait guère de sens sauf à démontrer une fidélité envers Alain Minc, partisan d’un dernier affrontement, un homme qu’il avait déjà défendu, lorsque celui-ci avait été rejeté il y a plus de trois ans, en pure perte d’ailleurs, les statuts du Monde étant ce qu’ils sont.
Dans l’immédiat donc, Le Monde va rentrer en négociation exclusive de vente avec le trio BNP. Un comité de liaison rassemblant les dirigeants du Monde, les représentants des actionnaires et des repreneurs va être rapidement mis sur pied. Nul ne sait encore si le trio désignera les personnalités qui prendront en main Le Monde ou s’il préfèrera se faire représenter par des avocats ou des conseils chargés d’assurer la transition. La somme de dix millions d’euros permettant d’assurer les fins de mois jusqu’à l’automne va être immédiatement débloquée.
Sortie de Fottorino
Le 1er octobre prochain, à l’expiration des délais légaux obligatoires, le trio deviendra l’opérateur effectif du Monde. C’est à cette date que les décisions majeures concernant l’avenir du journal commenceront à être prises. Le sort de l’imprimerie ne sera pas tranché cette année mais en 2011, les acquéreurs préférant payer des surcoûts d’impression plutôt que de prendre des décisions hâtives concernant une éventuelle cession.
D’ici octobre, des changements concernant les instances dirigeantes interviendront puisqu’Eric Fottorino, président du directoire, a déjà fait savoir qu’il remettrait son mandat en jeu. Autrement dit qu’il se retirait du jeu. Ce qui constitue, pour le moins une sortie élégante de la part de celui qui en révélant l’intervention directe de Nicolas Sarkozy sur ce dossier a amplifié le rejet de l’offre SFA-Prisa-Orange tout en s’attirant les inimitiés du pouvoir.
David Guiraud, vice-président directeur général n’a pris, lui, aucune décision personnelle, provoquant déjà l’irritation de nombreux journalistes. Au chapitre des convenances auxquelles le journal avait habitué ses fidèles, les lecteurs du Monde auront relevé qu’hormis André Fontaine qui s’est inscrit dans le droit fil du fondateur Hubert Beuve Méry, aucun des dirigeants du Monde n’a pris la plume pour tirer les conséquences du vote des journalistes. D’un certain point de vue, le journal aura été en cessation de responsabilité avant d’être en cessation de paiement.
