Le Monde : Prisa donne son feu vert à la reprise par le trio BNP
Le groupe espagnol entend rester actionnaire du Monde SA permettant ainsi à Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, de prendre après l’accord des sociétés de personnel, le contrôle du journal.
Le groupe espagnol a levé le seul obstacle qui pouvait peser sur la prise de contrôle du Monde par le trio formé de Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse. Prisa a décidé de rester actionnaire du Monde et ne s’opposera au projet de reprise. Le conseil de surveillance du vendredi 3 septembre en a, en effet, acquis la certitude. En s’alliant au groupe Lagardère qui détient 17% du Monde SA, Prisa (15%) aurait pu,en obtenant le soutien éventuel du Nouvel Observateur (1,75%) détenir la minorité de blocage (33%) qui aurait empêché le projet de recapitalisation du Monde de se concrétiser.
En décidant de rester, Prisa tire un trait sur la collaboration nouée avec le Nouvel Observateur et Orange, et sur Alain Minc, dont les conseils, sur ce dossier, n’ont pas été des plus profitables. Entre la perspective de voir racheter ses parts pour quelques millions d’euros et celle de participer, aux cotés des nouveaux actionnaires, à la relance d’un titre-phare de la presse internationale, le choix n’a pas été pour Prisa très difficile à prendre.
Lagardère et le Nouvel Observateur au pied du mur
En agissant ainsi, Prisa contraint Lagardère et le Nouvel Observateur à subir la nouvelle recomposition sans pouvoir réagir. Les deux groupes ne peuvent pas atteindre la barre des 33% et Lagardère ne pouvait s’opposer à la dilution de ses parts que dans l’hypothèse où un actionnaire provenant du monde des médias participait à une augmentation de capital. Or, aucun membres du trio ne vient du monde de la presse.. En revanche, la présence de Prisa au sein du capital du Monde SA est une garantie par un groupe de presse international au sérieux de l’opération.
Les parts de Lagardère dans Le Monde SA devraient, dans un premier temps, tomber aux alentours de 5,8% et 5,10% dans le capital du Monde SA sans que ni l’un, ni l’autre ne puisse s’opposer à cette dilution. Le Monde SA serait détenu à 54% environ par le groupe PBN. Au final, le pourcentage définitif des uns comme des autres dépendra de la décision prise par Lagardère et Prisa de céder à PBN tout ou partie de leurs ORA (Obligations Remboursables en Actions) - la part du capital détenue par le trio oscillerait en fin de compte entre 50 et 62% selon les décisions des autres détenteurs d’ORA.
En tout état de cause, et c’est la véritable spécificité de cette offre, PBN partagera son pouvoir avec les salariés du Monde. Afin de préserver l’indépendance et l’identité de l’entreprise, Pierre Bergé s’est, en effet, engagé à apporter 10 millions d’euros au pôle d’indépendance formé des actionnaires internes et externes (la Société des Rédacteurs du Monde la Société civile des personnels des publications de la Vie Catholique, la Société des lecteurs) qui détiendra, au travers d’une fondation, la minorité de blocage.
Dans ces conditions, on ne voit pas ce qui conduirait la SRM comme les sociétés de personnel du Monde, réunies en AG le 21 septembre prochain, à s’opposer au projet de reprise du trio.
Les relations que le trio a tissées avec la SRM laissent augurer d’une issue favorable, la collaboration étant au beau fixe. Au moment où cette page se tourne, les questions concernant l’avenir même du Monde et sa stratégie commencent à être évoquées.
Avec une baisse de plus de 8% depuis le début de l’année, Le Monde doit réfléchir à une nouvelle formule - même si ce recul est similaire à celui de ses concurrents. Remiser à l’intérieur du journal, les papiers d’actualité pour transformer, à l’époque du web, le quotidien en magazine ne semble pas avoir été une innovation très heureuse.
Réflexion sur l’éditorial
Une large réflexion devrait donc être ouverte sur ce point comme sur la possibilité de passer du soir au matin, comme l’avait préconisé, en son temps, Edwy Plenel. Par ailleurs, les futurs actionnaires du Monde, comme les salariés qui en ont eu connaissance sont, par ailleurs inquiets de l’évolution des recettes publicitaires. Celles du quotidien tourneraient autour de 37 millions d’euros nets contre 60 millions pour Le Figaro. Le Monde Magazine approche à peine les 3 millions d’euros contre 17 pour Le Figaro Magazine.
Contenu éditorial, valorisation et commercialisation des titres du groupe constituent les principaux sujets de préoccupation des nouveaux dirigeants. Bien loin devant les questions d’imprimerie ou de remboursement des ORA qui ne sont, après tout, que des problèmes économiques pour lesquels il existe toujours une solution.
