"Le Monde" : Denis Olivennes en question
La volonté de Claude Perdriel de nommer Denis Olivennes à la présidence du directoire du Monde ne soulève pas, loin s’en faut, un enthousiasme débordant.
Claude Perdriel parviendra t-il à imposer Denis Olivennes à la présidence du directoire du Monde ? En confirmant, comme ElectronLibre l’a annoncé, son intention de le placer à la tête de l’exécutif du groupe, le fondateur du groupe Nouvel Observateur a t-il compromis ses chances de l’emporter ?
Les dirigeants du Monde à commencer par David Guiraud, le vice-président directeur général et Eric Fottorino, président du directoire, qui cèderait sa place, n’ont pas montré un enthousiasme excessif en apprenant la nouvelle. La garantie donnée par Claude Perdriel à Eric Fottorino de le maintenir à ses cotés n’a pas dissipé ses réticences.
Les journalistes du Monde éprouvent même une certaine méfiance à l’idée de voir l’ancien dga d’Air France, dg de Canal+, pdg de la FNAC débarquer boulevard Blanqui. La plupart reconnaissent à l’homme d’affaires d’évidentes qualités professionnelles renforcées par un parcours qui lui a permis de passer des transports à la distribution en passant le divertissement mais ils n’apprécient pas qu’ils puissent s’immiscer quotidiennement dans la confection d’un journal et se substituer aux journalistes. Ce qu’il a fait au Nouvel Observateur en changeant très récemment de stratégie puisqu’il a dit à la rédaction qu’il avait beaucoup à apprendre d’elle.
En d’autres temps, cette candidature n’aurait pas été examinée car elle incarne, à tort ou à raison, une menace pour l’indépendance éditoriale du titre à laquelle les journalistes continuent d’être viscéralement attaché. Aujourd’hui, elle conserve toutes ses chances dans la mesure où elle fait figure de moindre mal ; la candidature de Prisa fait figure de moindre mal et un slogan pourrait rassembler les salariés du Monde : Tout sauf les Espagnols !
Cette radicalisation sur ce repreneur complique d’ailleurs singulièrement la tâche de Claude Perdriel qui ne peut envisager de prendre, seul, le contrôle du Monde. Non seulement parce qu’il ne dispose pas des moyens financiers suffisants, à savoir 120 millions d’euros minimum à débourser dans les deux ans, mais aussi parce qu’il doit obtenir la neutralité de Prisa, actionnaire à 15% du Monde SA. Obtenir la passivité du groupe Lagardère, actionnaire à 17%, est déjà une tâche compliquée, arracher celle de Prisa devient totalement impossible. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Prisa et le Nouvel Observateur avancent de concert sur ce dossier.
Alternative
La rédaction du Monde pourrait considérer que la nomination d’un Français à la présidence du directoire est plus de nature à la protéger que s’il s’agissait d’un représentant de Prisa.
Elle pourrait pencher pour la candidature de Mathieu Pigasse mais elle ne le connaît pas. Le pdg de Lazard France, troisième candidat à la reprise, a fait si peu de révélations sur son équipe de management qu’elle ne peut pas encore constituer une alternative à celle de Claude Perdriel. Comme son arrivée dans le monde des médias, par le biais des Inrocks, est récente, la rédaction est dubitative sur son engagement. Pour pallier ce handicap, Mathieu Pigasse s’est adjoint les compétences de Louis Dreyfus, ancien dg de Libération, ancien dg du Nouvel Observateur - jusqu’à l’arrivée de Denis Olivennes. A la différence de ce dernier, il a fait toute sa carrière dans la presse, française comme internationale, quotidienne comme magazine. Mathieu Pigasse a vraisemblablement décidé de se singulariser des autres candidats en diffusant peu d’informations pour mieux abattre ses cartes à la dernière minute. Juste avant le 10 juin, jour de l’assemblée générale des rédactions qui se déterminera sur les différents projets de reprise.
On ne peut donc exclure lorsque tous les éléments seront connus que la Société des Rédacteurs du Monde devait s’opposer à la nomination de Denis Olivennes. Dans ce cas, il est probable que Claude Perdriel se retire car il ne dispose d’aucun candidat de remplacement ayant laissé à cet homme les rênes de son groupe. Et le fondateur du Nouvel Obs ne pourrait même pas obtenir comme lot de consolation la présidence du conseil de surveillance du Monde car Louis Schweitzer entend s’y maintenir.
