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"Le Monde" : Denis Olivennes en question

Le 21 Mai 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

La volonté de Claude Perdriel de nommer Denis Olivennes à la présidence du directoire du Monde ne soulève pas, loin s’en faut, un enthousiasme débordant.

Claude Perdriel parviendra t-il à imposer Denis Olivennes à la présidence du directoire du Monde ? En confirmant, comme ElectronLibre l’a annoncé, son intention de le placer à la tête de l’exécutif du groupe, le fondateur du groupe Nouvel Observateur a t-il compromis ses chances de l’emporter ?
Les dirigeants du Monde à commencer par David Guiraud, le vice-président directeur général et Eric Fottorino, président du directoire, qui cèderait sa place, n’ont pas montré un enthousiasme excessif en apprenant la nouvelle. La garantie donnée par Claude Perdriel à Eric Fottorino de le maintenir à ses cotés n’a pas dissipé ses réticences.
Les journalistes du Monde éprouvent même une certaine méfiance à l’idée de voir l’ancien dga d’Air France, dg de Canal+, pdg de la FNAC débarquer boulevard Blanqui. La plupart reconnaissent à l’homme d’affaires d’évidentes qualités professionnelles renforcées par un parcours qui lui a permis de passer des transports à la distribution en passant le divertissement mais ils n’apprécient pas qu’ils puissent s’immiscer quotidiennement dans la confection d’un journal et se substituer aux journalistes. Ce qu’il a fait au Nouvel Observateur en changeant très récemment de stratégie puisqu’il a dit à la rédaction qu’il avait beaucoup à apprendre d’elle.
En d’autres temps, cette candidature n’aurait pas été examinée car elle incarne, à tort ou à raison, une menace pour l’indépendance éditoriale du titre à laquelle les journalistes continuent d’être viscéralement attaché. Aujourd’hui, elle conserve toutes ses chances dans la mesure où elle fait figure de moindre mal ; la candidature de Prisa fait figure de moindre mal et un slogan pourrait rassembler les salariés du Monde : Tout sauf les Espagnols !
Cette radicalisation sur ce repreneur complique d’ailleurs singulièrement la tâche de Claude Perdriel qui ne peut envisager de prendre, seul, le contrôle du Monde. Non seulement parce qu’il ne dispose pas des moyens financiers suffisants, à savoir 120 millions d’euros minimum à débourser dans les deux ans, mais aussi parce qu’il doit obtenir la neutralité de Prisa, actionnaire à 15% du Monde SA. Obtenir la passivité du groupe Lagardère, actionnaire à 17%, est déjà une tâche compliquée, arracher celle de Prisa devient totalement impossible. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Prisa et le Nouvel Observateur avancent de concert sur ce dossier.

Alternative

La rédaction du Monde pourrait considérer que la nomination d’un Français à la présidence du directoire est plus de nature à la protéger que s’il s’agissait d’un représentant de Prisa.
Elle pourrait pencher pour la candidature de Mathieu Pigasse mais elle ne le connaît pas. Le pdg de Lazard France, troisième candidat à la reprise, a fait si peu de révélations sur son équipe de management qu’elle ne peut pas encore constituer une alternative à celle de Claude Perdriel. Comme son arrivée dans le monde des médias, par le biais des Inrocks, est récente, la rédaction est dubitative sur son engagement. Pour pallier ce handicap, Mathieu Pigasse s’est adjoint les compétences de Louis Dreyfus, ancien dg de Libération, ancien dg du Nouvel Observateur - jusqu’à l’arrivée de Denis Olivennes. A la différence de ce dernier, il a fait toute sa carrière dans la presse, française comme internationale, quotidienne comme magazine. Mathieu Pigasse a vraisemblablement décidé de se singulariser des autres candidats en diffusant peu d’informations pour mieux abattre ses cartes à la dernière minute. Juste avant le 10 juin, jour de l’assemblée générale des rédactions qui se déterminera sur les différents projets de reprise.
On ne peut donc exclure lorsque tous les éléments seront connus que la Société des Rédacteurs du Monde devait s’opposer à la nomination de Denis Olivennes. Dans ce cas, il est probable que Claude Perdriel se retire car il ne dispose d’aucun candidat de remplacement ayant laissé à cet homme les rênes de son groupe. Et le fondateur du Nouvel Obs ne pourrait même pas obtenir comme lot de consolation la présidence du conseil de surveillance du Monde car Louis Schweitzer entend s’y maintenir.

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4 Commentaires

  1. Freddy le 21 mai 2010

    Si Perdriel décide de présenter Olivennes tout en gardant Fottorino, il n’aura aucune chance : ce serait cumuler deux handicaps. L’article dit bien les obstacles que la seule candidature d’Olivennes soulèverait. En revanche, il ne souligne pas du tout à quel point Fottorino plomberait tout le projet. Depuis le début de cette affaire, aucun des journalistes qui couvrent le rachat du Monde ne s’est posé la question de savoir si les personnels du Monde veulent encore de leur actuel patron. La réponse est un niet cinglant comme a pu le mesurer la SRM. Une motion demandant le départ de Fottorino serait d’ailleurs en préparation. Par conséquent, si un candidat (Perdriel ou Benedetti) veut faire capoter son projet, qu’il conserve l’actuel directeur.Finalement, le projet Pigasse-Bergé-Dreyfus est peut-être l’outsider qui remportera la mise... Il paraîtrait qu’il a réussi à rassembler sans problème les 60 millions d’euros de base.



  2. Lulu77 le 24 mai 2010

    @Freddy

    Je réponds encore par discussion interposée.

    Pour le Monde je pense que ce n’est plus important. Ce journal a été vidé de son sang.

    Moi je serai plutôt Libération depuis le collège c’est vieux, et je pense que c’est la même chose, Joffrin aura porté l’estocade.

    Le presse ne renaîtra pas par ces gens-là ni même par les quadras.



  3. Insider le 24 mai 2010

    Le fait que le rédacteur de cette note - trés mal ecrite par ailleurs- n’aime pas Olivennes influence t il sa vision ? Ce rédacteur a par ailleurs travaillé au sein du groupe Nouevl Obs ( et son départ n’est il pas lié à l’arrivée de D Olivennes ???)



  4. Freddy le 24 mai 2010

    @Lulu77

    Moi aussi j’aimais beaucoup Libé et je partage votre idée selon laquelle Laurent Joffrin a tué ce journal qui, selon des chiffres officieux, est passé sous la barre des 100 000 exemplaires vendus (soit moins que le France Soir nouvelle formule, c’est dire). Il y a deux différences entre Libé et Le Monde : la première c’est que Le Monde intéresse encore le pouvoir politique qui y voit un enjeu, au moins jusqu’en 2012 ; la seconde c’est que Libé est mort tandis que Le Monde agonise : on peut faire survivre le moribond pendant quelques années, tant qu’il peut rendre service.



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