Le Livre en Guerre contre Bolloré
Le syndicat du Livre a réalisé l’union sacrée pour faire plier, par tous les moyens, Vincent Bolloré qui veut retirer Direct Matin de l’imprimerie du Monde.
Le syndicat du Livre est en guerre contre Vincent Bolloré. Il s’apprête à livrer contre lui l’un de ses derniers combats qui ne sera pas sans analogies avec celui qu’il a livré en 1975 contre Emilien Amaury, patron emblématique du Parisien Libéré, qui voulait alors se passer de ses services.
Les négociations sont rompues et aucune tractation, fût-elle occulte, n’a permis la moindre avancée. Les gratuits de Bolloré risquent de rester encore longtemps absents des présentoirs du métro et le conflit menace de s’étendre à la presse parisienne.
Au départ, l’affaire paraît pourtant minime. Bolloré Média décide de faire imprimer Direct Matin par le groupe Maury à Coulommiers, dans une imprimerie du labeur – qui n’est pas concernée par les accords passés entre le syndicat de la presse quotidienne nationale et celui du Livre – et non plus dans celle du Monde à Ivry. Furieux, des ouvriers dont on respectera l’anonymat, ont détruit des centaines de milliers de journaux avec des lances à eau. Et certains ont laissé entendre qu’ils recommenceraient à chaque fois que le journal sera réimprimé. Des mésaventures étaient survenus à Metro comme à 20 Minutes lorsqu’ils se sont lancés en France mais ils ont depuis pris le soin de se faire éditer dans des imprimeries de la presse parisienne où le Livre est présent.
La décision de Vincent Bolloré fait sans doute perdre une quinzaine d’emplois directs au Monde, une dizaine d’indirects et aggrave la situation financière de l’entreprise, qui s’en serait bien passée. Cette question serait pour les syndicalistes suffisamment grave en soi, si elle ne révélait, selon ses dirigeants, la volonté de Vincent Bolloré de s’affranchir définitivement des ouvriers du Livre. Et de citer en vrac les liens de l’homme d’affaires avec Nicolas Sarkozy comme son désir de lancer un quotidien payant qui lui soit favorable. Pour eux, Vincent Bolloré imagine à partir des gratuits un modèle qui puisse s’appliquer aux quotidiens payants, c’est-à-dire un monde qui s’affranchisse d’abord de la contrainte de la distribution, ce qui est déjà fait, puis de l’imprimerie.
Union Sacrée
Dès lors, il n’en a pas fallu plus pour que les deux frères ennemis, Gérard Letreguilly, secrétaire général du syndicat des imprimeurs, autrement dit des rotativistes et Marc Norguez, secrétaire général du syndicat du Livre et de la Communication écrite, dominant chez Presstalis, dans le secteur de la distribution ne réalisent l’union sacrée contre Bolloré.
Le premier était généralement porté à la négociation tandis que le second a toujours incarné la ligne dure. Le fait que les modérés se soient ralliés aux orthodoxes n’est pas sans inquiéter le syndicat de la presse quotidienne nationale où Vincent Bolloré n’est pas représenté.
Quand Jean-Christophe Thierry, PDG de Bolloré Média, dans des tractations occultes avec des syndicalistes parle de qualité d’impression supérieure dans le groupe Maury, les membres du Livre prennent la mouche, réfutent cette accusation en bloc et parlent même du contenu du journal et de sa pauvreté rédactionnelle qui a tout à envier aux journaux payants réalisés, selon eux, par des journalistes professionnels.
Mieux même, certains font savoir à ses intermédiaires que Vincent Bolloré commet une deuxième erreur s’il confie la responsabilité de son journal payant à Jean Marie Colombani, le fossoyeur du Monde.
La tension est donc à son comble et il suffirait qu’un seul ouvrier soit poursuivi en Justice pour avoir détruit des exemplaires de Direct Matin pour qu’une grève éclate immédiatement dans toutes les imprimeries de la presse parisienne.
Des syndicalistes ont relevé que le numéro des plaques d’immatriculation des « camarades » avaient été relevées à Coulommiers et ils attendent que Vincent Bolloré franchisse le Rubicon.
Comme au bon vieux temps de l’époque Amaury, Vincent Bolloré n’a donc d’autre choix que d’accepter le diktat du Livre ou prendre le risque de voir tous les autres médias pris en otage.
