Le Livre dit non à la réforme Mettling
Marc Norguez, secrétaire générale de la SGLCE-CGT, celui qui représente les ouvriers du Livre, réagit négativement au contenu du rapport Mettling dont il a pris connaissance sur ElectronLibre. L’homme fort de la distribution s’oppose au démantèlement du système de distribution. Il souhaite que le niveau 1, c’est-à-dire celui qui assure le groupage de tous les journaux soit maintenu et il doute de la volonté de la PQR de distribuer équitablement la presse quotidienne nationale.
ElectronLibre : Est il vrai que vous auriez, d’une certaine façon, validé le projet que Bruno Mettling va présenter au Premier ministre ?
Marc Norguez : Lors de notre rencontre avec Mr Mettling, nous avons, au contraire, exposé notre idée d’un regroupement des missions de distribution de la presse autour de Presstalis, comme une mission de service public, valorisé l’entreprise à travers ses réalisations récentes.
Nous avons défendu les particularités françaises de la distribution de la presse, le pluralisme, l’égalité de traitement, la péréquation des coûts. Le projet que vous avez tracé est aux antipodes de nos objectifs. Nous nous battrons pour les voir retenus par les politiques.
EL : Pouvez-vous être plus précis ?
MN : Ce projet pose la vraie question du respect de la loi. On ne pourra plus distribuer la presse d’opinion si on supprime le niveau 1. Tous les titres qui tirent à moins de 40 000 vont disparaître les uns après les autres. Les quotidiens nationaux à faible tirage comme France Soir, La Tribune, L’Humanité sont directement concernés. Mais il y en aura d’autres.
Vous voulez un exemple ? A cause de difficultés d’impression dans le Sud Ouest par la société Riccobono, Libération est de plus en plus souvent absent de cette zone car les quantités livrées les dépôts ne les renvoient plus sur les diffuseurs. Demain avec le nouveau système, cette situation se généralisera.
La mise en place de ce projet va entraîner une détérioration générale du système. La loi Bichet qui a instauré le groupage des journaux, c’est-à-dire le regroupement de tous les journaux existant quotidiens comme magazines va disparaître. Le gouvernement aura beau dire qu’il la maintient, elle sera anéantie dans les faits.
EL : Que pensez vous de l’idée selon laquelle les groupes de presse régionale peuvent se charger de la distribution de la presse quotidienne nationale et des magazines ?
MN : Vous croyez réellement que la pqr va distribuer tous les titres ? Que Sud-Ouest, La Provence vont favoriser la diffusion de L’Equipe à leur détriment. Que le Midi Libre diffusera Le Figaro le jour où le journal attaque Georges Frèche ? Quand on connaît les liens très étroits que le pouvoir local entretient avec certains titres de la PQR, on peut raisonnablement penser que cela aura des conséquences négatives lorsqu’il s’agira de diffuser des titres nationaux.
EL : Que proposez vous ?
MN : Nous ne voulons pas de la nationalisation du système de distribution français, nous voulons seulement que l’Etat lui accorde des aides correspondant à la mission du service public qu’il assure. Tous les quotidiens nationaux reçoivent bien des aides importantes de l’Etat qui sont, dans bien des cas, plus importantes par rapport à leur chiffre d’affaires que celles des NMPP. Il faut favoriser le système de distribution français garant du pluralisme des idées hérité de la Révolution française.
EL : Qu’allez vous faire ?
MN : Nous allons ouvrir le plus largement possible le débat avant de décider de la marche à suivre. Et nous envisageons, dans un premier temps de demander une rencontre à François Fillon pour lui dire très clairement ce que nous pensons de ce projet.
