« Le JT fait toujours rêver, mais surtout les dirigeants de chaînes »
Direct 8 va lancer son JT en avril, M6 a lancé le sien en septembre, mais qui regarde encore les JT ? La couch potato (téléspectateur feignasse) se fait rétive et un peu partout les audiences s’effritent – la faute au web et à la TNT. Cette question, « Comment sauver le JT ? » faisait l’objet d’une table ronde au CFPJ. « Le JT fait toujours rêver, mais surtout les dirigeants de chaînes », entendra-t-on.
Carrefour sinistré
Longtemps le centre de gravité du journalisme télé, cette mise en scène dînatoire continue de rassembler en moyenne 17 à 18 millions de téléspectateurs chaque soir. A 20 heures, 50% des gens devant leur poste regardent un JT. Une audience qui ne va pas sans difficulté car s’il ne peut plus être un résumé de l’information, comment alors différencier l’information du 20-heures ? « Cela signifie faire partie de la communauté du 20-heures, avec du lien social, de l’incarnation, de la priorisation et de la pédagogie », explique Catherine Nayl, directrice de
l’information à TF1, indéboulonnable, avec 7 millions de téléspectateurs. Le journal du soir est devenu l’événement de fermeture de l’information et non plus d’ouverture : il sert désormais à vérifier l’information entendue dans la journée.
Une formule qui se renouvelle sans cesse, mais le "tout images" ou la présentation à deux sont des modes dont on se lasse, estime Francis Letellier, présentateur du Soir 3. La clé de la survie des 20-heures reposerait sur leur contenu éditorial. « On ne bouscule pas les spectateurs par la forme mais par le fond ». Ainsi l’hyper-présence des JT dans la couverture d’Haïti n’a finalement pas rapporté plus d’audience aux chaînes généralistes.
Du côté des optimistes, l’on trouve Jérôme Bureau, directeur de l’information de M6, à l’origine du nouveau JT debout de 19h45. « Le JT est l’exercice qui résiste le mieux à la télévision. Que manquait-il à M6 pour devenir une chaîne généraliste ? Le foot et un vrai 20-heures ». Même enthousiasme sur les chaînes d’info, qui, tout comme l’infotainment de Canal+, ne s’estiment pas en concurrence directe avec les 20-heures de TF1 et de France 2. Thierry Thuillier, de LCI s’interroge : « Comment le 20-heures a t-il aussi bien résisté sachant que l’offre s’est multipliée ? Avec des infographies, le retour des experts, et de plus en plus de sujets magazine. Le 20-heures a un bel avenir s’il continue à se reformer. »
Le fond de l’air est vieux
Le JT comme moment de référence et rendez-vous quotidien a-t-il encore un sens à l’heure du web ? Historiquement, les JT ne sont pas regardés par les moins de 30 ans. L’enjeu pour les journaux du soir porte donc sur le rajeunissement de l’audience. Pour Jérôme Bureau, « le web ne fait pas baisser la durée d’écoute de la télévision : elle ne baisse que pour les 15-24 ans ». Prendre place devant le petit écran avec papi et mamie est devenu une curiosité dans les nouvelles pratiques de l’information. Avec des exceptions à la règle, et un possible renversement de tendances puisque le Soir 3 capterait les jeunes, précise son présentateur. Le programme « 22 heures-minuit » de LCI marcherait fort lui aussi, tendance qui se vérifie sur l’ensemble des chaînes d’information.
VOD mon amour
Les chaînes espèrent bien compenser cette délinéarisation de la consommation de l’information avec la vidéo à la demande, ou de rattrapage. Sur le site de TF1, TF1news, « la VOD sur l’information marche, mais c’est un phénomène récent », explique Pascal Emon, directeur adjoint radio et web de LCI. Ainsi, un quart des contenus consommés sur le site sont des vidéos et le JT représente à lui seul 10 à 12 millions de vidéos lues par mois. L’émission spéciale consacrée à Nicolas Sarkozy lundi représente un million de VOD consultées en 2 jours, contre quelques milliers seulement le soir même du débat. « Je ne crois pas au rendez-vous de l’internaute », précise Emon. Pour David Lacombled, directeur des contenus web et mobiles Orange, le JT en ligne signifie aussi la fin du présentateur. Ironie du sort, son meilleur représentant, David Pujadas, pourtant au programme du panel n’avait pas pris la peine de se décommander et en était, funeste présage, le grand absent.
