Lagardère complique le jeu du Monde
Les actionnaires du journal le Monde ne s’entendent plus sur la stratégie à suivre pour redresser les comptes du groupe.
La stratégie du groupe Lagardère au sein du Monde est bien surprenante. Après avoir accepté la nomination de David Guiraud à la direction générale, Didier Quillot, président de Lagardère Active Media et membre du conseil d’administration du Monde, s’est opposé à sa rémunération. D’un montant de 400 000 euros bruts par an, ces émoluments correspondent grosso modo à ce que percevait Pierre Jeantet.
Lagardère a peut-être estimé que ce salaire était devenu déraisonnable pour un quotidien qui a perdu, l’an dernier, 20 millions d’euros, mais dans cette hypothèse, nul ne comprend pourquoi Lagardère a voté en faveur de David Guiraud lorsque ce choix lui a été soumis. Il était alors, temps de s’y opposer.
Les négociations ont d’ailleurs traîné en longueur car David Guiraud réclamait une clause parachute de quatre années de salaire afin d’être certain qu’il atteindrait l’âge de la retraite en cas de licenciement prématuré. Une précaution qui ne semble pas abusive au vu des derniers développements.
Lors de ces tractations, les actionnaires du Monde ont d’ailleurs ouvert le jeu en envisageant de nommer Pierre-Jean Bozo, Pdg de 20 Minutes, mais celui-ci voulait être placé à égalité hiérarchique avec Eric Fottorino, président du directoire du Monde. Jacques Guérin, ancien directeur du Parisien, avait également été pressenti. Le groupe Lagardère avait aussi suggéré de nommer Christopher Baldelli, le patron des thématiques de M6, ancien DG du Monde et ancien patron de la presse régionale d’Hachette Filipacchi Médias. Un homme dont les compétences professionnelles et l’agilité politique n’est pas à démontrer.
Vente du Monde
Après avoir examiné toutes ces candidatures, le conseil d’administration du Monde a vu revenir en course, alors qu’il ne s’y attendait plus, David Guiraud, brutalement révoqué par Nicolas Beytout, de la direction générale des Echos.
Ayant revu ses prétentions à la baisse - David Guiraud aurait accepté une clause parachute de deux ans - sa nomination n’a plus semblé alors poser le moindre problème. En apparence seulement car Lagardère, en lui retirant son soutien, complique singulièrement le jeu.
Au moment où le journal va devoir négocier un plan de départs de 120 personnes, David Guiraud comme Eric Fottorino qui l’a soutenu, savent désormais qu’ils ne vont plus pouvoir compter sur la solidarité sans faille de leurs actionnaires.
La question de savoir si Lagardère va tenter de s’allier avec le groupe Prisa et des actionnaires de circonstance pour constituer une minorité de blocage est désormais ouverte. David Guiraud comme Eric Fottorino n’ont plus les mains libres pour procéder, s’ils devaient y être contraints, à d’éventuelles cessions, comme celles de Télérama ou de Courrier International.
Ils ne sont plus tout à fait maîtres du jeu.
En fait, la seule vente que leurs actionnaires valideraient sans la moindre objection est celle du Monde lui-même. Comme Eric Fottorino et David Guiraud ne veulent pas en entendre parler, le journal va de plus en plus ressembler à un bateau ivre.
