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La vérité sur MegaUpload

Le 20 Janvier 2012 dans Peer2peer par Emmanuel Torregano

MegaUpload bloqué. Son actionnaire arrêté. Il est temps d’analyser le modèle de ce site atypique qui a provoqué la colère des autorités américaines.

Hier, la justice américaine a frappé un grand coup avec ce souci de l’organisation et de la maîtrise qui lui est chère. En un clin d’œil, comme un filet géant qui se referme sur sa proie, le FBI obtenait le blocage des serveurs de MegaUpload et faisait arrêter dans sa résidence de luxe en Nouvelle Zélande le cerveau de l’affaire, un certain Kim Schmitz, qui apprécie aussi le surnom Kim Dotcom. Dans l’acte d’accusation, la justice américaine n’y va pas avec le dos de la cuillère, qualifiant les activités de MegaUpload de "criminelles", ce qui fait du fondateur du site de partage de fichiers - qui émarge tout de même à la treizième place mondiale en terme d’audience, loin devant notre champion français, Dailymotion - un gangster de la trempe d’un Al Capone des réseaux.
Le cas MegaUpload empoisonne depuis des mois déjà le débat sur Internet. Car, comme cela s’est déjà vu sur le réseau des réseaux, les sites ouvertement illicites sont des arguments précieux autant pour les "anti" que pour les "pro" échanges. Les premiers utilisent MegaUpload comme épouvantail, et demandent leur interdiction et si possible que les instigateurs soient traduits devant la justice. Et leurs adversaires défendent une proposition toute autre en affirmant que les échanges de fichiers, mêmes illicites, font partie d’une nouvelle acception sociale de la culture.

77ème site français

Aux hommes et aux femmes politiques d’arbitrer ce conflit qui prend parfois une dimension impressionnante, avec des arguments qui n’ont plus rien de loyaux ou raisonnés, mais versent dans l’insulte, voire la menace. Jusqu’à présent, en France et aux États-Unis, la loi avait été claire : l’échange est apparenté au piratage, bien qu’il n’y ait pas enrichissement des protagonistes. Les américains n’ont pas souhaité mettre en place une législation spécifique comme cela fut le cas en France avec Hadopi. De fait, aux États-Unis la sanction est immédiate et brutale dans le cas de téléchargements illicites avérés. MegaUpload tombe sous le coup d’une infraction à la propriété intellectuelle, autant dire que la peine encourue risque d’être substantielle pour les dirigeants de la plateforme. Ceux-ci se défendront certainement en prétextant qu’ils n’avaient jamais voulu encourager le piratage des œuvres, se contentant de mettre à disposition un "disque de stockage" en ligne sur un serveur.
Dans ce feuilleton à rebondissement, deux points méritent un examen attentif. Il s’agit de l’audience du site en France, pays de l’Hadopi, et des revenus de MegaUpload, révélés par le FBI. Depuis plusieurs mois, l’audience du site et de ses nombreuses composantes a été l’occasion de spéculations. Les anti et les pro étaient d’ailleurs relativement d’accord pour dire qu’elle était considérable, et qu’il fallait agir, mais pas dans le même sens... En fait, l’audience du site mesurée par le panel Médiamétrie sur la France est relativement stable sur une année. En novembre 2011 elle était de 4,575 millions de visiteurs uniques (VU), ce qui en fait le 77ème site français, loin derrière YouTube ou Dailymotion. Cette audience n’est pas le record du site, puisque MegaUpload avait atteint 5,498 millions de VU en décembre 2010 ! L’audience de MegaUpload n’a pas grand rapport avec l’installation d’Hadopi, d’ailleurs, puisque le site a connu une montée rapide - 2,836 de VU - en décembre 2009 pour se stabiliser autour des 4 millions depuis plus d’un an. La migration des P2Pistes s’est peut-être réalisée, mais elle n’est pas évidente à traduire dans la courbe d’audience d’un service qui faisait plutôt bien ce pourquoi il avait été conçu, et doit son succès notable à ses qualités intrinsèques avant tout.

25 millions de dollars par an

Idem pour les revenus générés. Le FBI a affirmé que le site avait rapporté 175 millions de dollars, entre les revenus des comptes "premium" et la publicité, dont 150 millions sur les seuls abonnements "premium", et 25 millions pour les recettes publicitaires. Le site existe depuis 2005. En moyenne il aurait donc rapporté 25 millions de dollars par an... C’est peu, pour un site qui annonce 180 millions de visiteurs uniques dans le monde entier - un chiffre qui n’est pas corroboré par Comscore qui annonce 95,508 millions de visiteurs uniques en décembre, juste devant Dailymotion, soit la 32ème place mondiale !
Iil n’est pas exclu que le FBI ait grossi la facture pour convaincre de la légitimité de son action. Spotify, Deezer, sans parler d’iTunes, dont le chiffre d’affaires sur la musique dépasse les 16 milliards de dollars, sont des géants économiques comparés à MegaUpload ! De là à dire que la formule n’est pas convaincante... Ce serait trop facile, car l’offre premium avait certainement de beaux jours devant elle, comme l’indique son audience mesurée par Nielsen en France. L’url Megaupload premium connait une constante progression de son audience depuis un an, passant de 230 000 VU à plus d’un million en novembre dernier. Ce qui ne veut pas dire qu’un million de personnes étaient abonnées en France, bien entendu.
Cependant, la montée en puissance de ce modèle par forfait proposé par MegaUpload tend à démontrer que les consommateurs y trouvaient en partie ce qu’il désiraient, et surtout les séries ou les films. D’ailleurs l’url "séries" de la plateforme décroche la palme de la catégorie "contenu", avec 700 000 VU en novembre. De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui y voient la satisfaction d’une demande liée à la frustration des amateurs face à la chronologie des médias... Un sujet défendu par Hadopi, dernièrement, dans un rapport qui n’a pas laissé indifférent les professionnels du Septième art.

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12 Commentaires

  1. Rémi le 20 janvier 2012

    "sans parler d’iTunes, dont le chiffre d’affaires sur la musique dépasse les 16 milliards de dollars"Soit presque autant que le marché mondial du disque !!!!!!!!!!!!!!

    En gros, selon Emmanuel Torregano, Apple a environ 100% du marché mondial de la musique enregistrée > http://electronlibre.info/IFPI-des-...Rémi



  2. Emmanuel Torregano le 20 janvier 2012

    CA d’iTunes music depuis son démarrage en 2003. Merci



  3. Mégas le 21 janvier 2012

    MegaUpload est avant tout un service pour stocker en ligne ses fichiers, backup et ses vidéos de vacances tout comme google (google docs et youtube). LA loi interdit le prestataire de fouiller dans les données confidentielles stockées. Si un fichier ne plait pas à un ayant doit, il peut justifier sa suppression si nécessaire. Tout comme Google docs ou Youtube. Merci le FBI de se la jouer maître du monde et fermer un service mondial pénalisant tous les autres pays en se basant sur des mensonges de lobbies. Il va y avoir un procès contre l’état américain qui a 55 000 000 000 000 (55 mille milliards) de $ de dette et qui veut contrôler Internet. Et notre gouvernement n’y a vu que du feu, trop idiot de voir que l’enjeu est la suprématie des entreprises américaines sur Internet.



  4. SGSASU le 21 janvier 2012

    +1, bien dit Mégas



  5. Emmanuel Torregano le 21 janvier 2012

    Bonjour,Pas sûr que l’on ait pas des surprises concernant le % de fichiers protégés par le copyright sur les serveurs MU... À mon avis et pour en avor parlé avec des représentants des filières musique et cinéma, qui monitorent les serveurs MU (puisqu’il y avait du notice and take down), les films de vacances sont ultra minoritaires.Je vous suis parfaitement sur l’aspect "impérialiste" américain, dont nous avons déjà beaucoup parlé sur EL.



  6. Buds le 21 janvier 2012

    Quand on vois ces pauvres types comme Mitterrand (le pedophil) qui ose dire que les dirigeants de Megaupload sont des voleurs... Il ne sait pas de quoi il parle.... Megaupload met a disposition des espaces pour que des internautes y déposent des fichiers, mais ne peuvent être responsables de ce qui est placé sur sur leur serveur.

    On veut encore nous réduire nos droits, celui de voir des films et écouter de la musique, ne nous laissons pas faire... MERCI ANONYMOUS, je suis avec vous et même prêt à vous soutenir financièrement...

    A l’heure ou en France, il n’y a jamais eu autant de monde au cinéma, on veut nous faire croire qu’on est des voleurs... QUI SONT LES VOLEURS ?? Alors que les chanteurs et acteurs s’en foutent plein les poches sans bosser... Plus de concert, ni de tournées.... Puis ils disparaissent plusieurs années quand ils ont assez de fric... Et reviennent nous vendre leur m.... quand ils manquent de fric....

    Les ricains veulent tout gérer et on est en train de se faire bouffer avec notre "nain de jardin"

    Et qui vous dit que Google ne serait pas la dessous.... ??? C’est une grosse puissance...



  7. ZFT-Manifesto le 22 janvier 2012

    Je dis ça alors que j’achète énormément de DVD et BD : Pourvu que le Piratage ne disparaisse pas

    Je m’explique non seulement il permet de découvrir beaucoup plus de séries ou films qu’aucun autre média. Mais en plus la meilleurs chose le Piratage met la pression sur les prix qui ont énormément baissés ces dernières années (jusqu’à payer 8€ un BD neuf qui en valait 25€ y a pas 6 mois), donc vive le Piratage car sans lui les majors de la culture vont nous revendre hyper-cher les DVD et BD.



  8. Simone le 22 janvier 2012

    Des dizaines de millions de français écoutent et regardent leurs musiques et artistes sur des licences globales légales comme deezer, spotify, YouTube, dailymotion, ou téléchargent sur iTunes. Aujourd’hui, c’est cool et facile. Et les ayant droits sont rémunérés. Où et le problème ? Pour la musique c’est réglé et tout le monde est content. Pour le cinema, le livre et la presse, c’est autre chose...PS : Buds, j’hesite entre psychotique paranoiac ou névrotique profond mais en tout cas si j’étais toi j’en parlerais à un spy. La parole libère.



  9. clmasse le 22 janvier 2012

    C’est très énervant de voir toujours cette même faute de traduction, accompagnée de l’arrogance de celui qui s’attribue le droit de tout juger. Le FBI y est allé avec le dos de la cuillère, car en anglais le mot "criminal" se traduit par "délictueux." La contrefaçon est en effet un délit, il n’y a absolument rien d’extraordinaire. Alors bon, google traduction c’est bien, mais l’étude d’une langue étrangère dure des années. Je sais, c’est limite pénible, mais il faut bien passer par là, ça tombe pas du ciel. Je relirai l’article quand il sera rédigé par un vrai professionnel.



  10. iKo le 23 janvier 2012

    Kim Dotcom est son nom, pas son surnom. Et le plus inquiétant dans cette affaire, c’est qu’on puisse fermer du jour au lendemain un site, pour lequel aucun jugement n’a été prononcé.Autre question : Megaupload était rentable, soit, discutablement, surement (hong kong...). Il y avait des abonnements prémium qui si je me souviens bien étaient de l’ordre de 60E par an. S’ils peuvent en vivre, pourquoi n’a t’on pas de service similaire venant directement des majors du disque et du cinéma ?

    Vous avez vu des changement dans l’accessibilité des oeuvres culturelles au plus grand nombre, légalement ? Moi pas vraiement.A titre personnel je suis ravi que Megaupload ferme, parce ce type de site de DDL est le symbole d’une gangraine qui frappe l’échange non marchant, et est beaucoup plus lourd pour le réseau.

    En 2001 napster a fermé. En 2012 megaupload ferme.En 2023 un autre fermera.

    L’industrie combat internet au lieu de s’approprier ses possibilités, tant que ce sera le cas, d’autres reprendront le flambeau des napsters et megaupload, parce que c’est une demande forte des individus. La nature a horreur du vide, non ?



  11. Musique Info le 23 janvier 2012

    Petite mise au point d’une fédération de labels indépendants, contrariée par les propos d’une journaliste de RTL sur "l’affaire Megaupload"... http://bit.ly/wfEpmU



  12.  le 26 janvier 2012

    Kim Schmitz, le boss de Megaupload, m’a franchement l’air louche.

    La fermeture du site juste après la défaite de SOPA est clairement un coup politique, mais ça ne veut pas dire qu’elle ne soit pas justifiée.

    Le problème c’est que c’est un très mauvais précédent. Des sites peu connus sont souvent injustement et expéditivement fermés aux Etats Unis, mais Megaupload est le 14ème plus grand site au monde. Lui méritait peut être la fermeture, mais le prochain ? Maintenant que les "ayants droit" (de faire chier) savent qu’un tel monstre est à leur portée, ils vont plus se sentir. :p

    Courage ! Prochain ennemi à combattre : ACTA ! Poussez votre député européen à voter non !



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