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La rédaction du "Monde" refondée

Le 22 Juin 2011 dans Old fashion media par Carmen Blanchetti

Des recrutements extérieurs vont être effectués tandis que la SRM qui a préféré renoncer à un communiqué sur l’arrivée de Thomas Doustaly, que nous publions, se campe dans un silence prudent.

L’arrivée de Thomas Doustaly au Monde magazine, révélée par ElectronLibre, a naturellement ému les rédacteurs du journal au point de susciter une réunion de la Société Rédacteurs du Monde. Après de longues tergiversations dues au fait que tous les journalistes du conseil de gérance n’étaient pas immédiatement joignables, la SRM a mis au point le communiqué suivant, dont la prudence le dispute à la neutralité. Pourtant, par sept voix contre cinq, la SRM a décidé de ne pas le rendre public :

- "Le conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) a demandé à la direction du quotidien ainsi qu’à celle du groupe des précisions sur la nature de la mission confiée à Thomas Doustaly et sur les conditions d’attribution de cette mission. Il lui a été répondu que Thomas Doustaly, auteur d’un travail universitaire sur les suppléments des quotidiens nationaux et candidat à un poste au Monde, s’était vu confier par Louis Dreyfus et Erik Izraelewicz une mission de six mois consistant à préparer la déclinaison du futur magazine du vendredi sur les supports numériques - internet et iPad - et qu’il n’interviendrait en aucune façon sur la définition de la ligne et des contenus éditoriaux du magazine. Erik Izraelewicz a précisé qu’il ne ferait pas partie de la rédaction. Concernant les affirmations et interprétations du site ElectronLibre, Didier Pourquery les a totalement démenties en préambule à la conférence de rédaction de hier midi."

Embauches extérieures

Nul ne sait, par ailleurs, si les mouvements en cours au sein des rédactions du Monde vont susciter des réunions de la SRM. A la nette différence des ouvriers du Livre qui se mobilisent pour sauver leurs emplois, les journalistes du quotidien comme d’ailleurs ceux des concurrents n’ont pas développé de réflexe de solidarité. La recomposition de la rédaction du Monde est connue de la presse nationale dans la mesure où les journalistes écartés ou sur le point de l’être font des appels d’offre.
Stéphane Lauer, le chef du service Eco, a ainsi démissionné après avoir vu son service dénigré pour cause de "non compétitivité". Le service France sera aussi profondément réorganisé à partir d’embauches extérieures dans la mesure où peu de journalistes politiques parviennent à s’entendre, sur le plan professionnel, avec Françoise Fressoz qui est restée étrangère à la culture du Monde.
Le renforcement du service France ne se fera qu’à partir d’embauches extérieures et aucun transfert en interne n’est prévu. Des noms circulent : Eric Dupin, 55 ans, ancien militant PS, chevènementiste et anti mitterrandien, ancien journaliste à Libération, au Figaro dont il a été licencié à la suite d’une chronique défavorable à Nicolas Sarkozy et ancien responsable du site internet de Marianne. Laurence Rizet, spécialiste des Amériques et des questions afro américaines, ancienne de Courrier International et de Libération collabore à Slate. Vanessa Schneider, 42 ans, grand reporter à Marianne depuis 2009, a intégré Libération en 1994 avant de rejoindre l’agence Capa en 2007. Elle s’est fait connaître par trois livres "La déprime des Politiques" (2001), "La mère de ma mère" ; "Tâche de ne pas devenir folle", deux récits autobiographiques.
Le talent de ces trois journalistes est reconnu par la profession et quel que soit le choix de la direction, ils devraient pouvoir s’entendre avec Françoise Fressoz qui, bien que décriée, resterait. Anne-Sophie Mercier, enfin, pourrait faire figure d’outsider. Collaboratrice des pages politiques des Inrockuptibles et du Monde magazine, cette journaliste a, si l’on veut, un pied dans la maison. Cette ancienne de Charlie Hebdo, de Direct 8, d’Arte, d’i-Télé, de Canal+ et du Parisien possède un parcours hétéroclite dont la diversité intéresse aujourd’hui un groupe comme Le Monde qui veut entièrement se diversifier.
Le tableau ne serait pas entièrement clos si la direction du quotidien ne regardait pas quelques journalistes de La Tribune, en très grande difficulté. Afin de ne pas se voir taxé du moindre favoritisme, Erik Izraelewicz, directeur du Monde et ancien directeur de la rédaction de La Tribune pourrait profiter de l’été pour demander à quelques-uns de ces rédacteurs de participer à des séries d’été.

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11 Commentaires

  1. Eric Dupin le 22 juin 2011

    Je me garderai de commenter votre article. Permettez-moi seulement de relever quelques erreurs me concernant. Je n’ai jamais été "journaliste au Figaro". J’ai seulement été chroniqueur en tant qu’expert électoral pour la campagne présidentielle de 2007. Je n’ai donc pas été "licencié", ma collaboration a cessé suite à la censure d’un de mes articles par Etienne Mougeotte.

    Journaliste dont l’indépendance d’esprit est généralement reconnue, je récuse toute étiquette politique. Il est un peu abusif de me présenter d’abord comme "ancien militant PS" alors que j’ai quitté ce parti il y a maintenant plus de 30 ans ! Je n’ai eu aucun engagement politique depuis.



  2.  le 22 juin 2011

    @ Eric DupinEric Naulleau, Eric Zemmour, Stéphane Guillon étaient des chroniqueurs. La cessation de leur activité s’est bien faite à la suite d’un licenciement. On peut donner le nom que l’on veut aux choses, dans l’absolu cela revient au même. "Ancien militant du PS" me semble une la formule idoine pour caractériser votre engagement politique passé, à moins que paléo-militant PS vous convienne mieux. Si, je ne me trompe c’était un engagement certain.



  3. Eric Dupin le 22 juin 2011

    "On peut donner le nom que l’on veut aux choses" : c’est une conception du journalisme que je ne partage pas.



  4. Michalon le 22 juin 2011

    @Eric Dupin : la question principale qu’on veut vous poser c’est : cette information est-elle vraie ou pas ? Etes-vous en négociation avec le Monde ou pas ? Parce qu’on a l’impression que vous voulez noyer le poisson derrière des détails.



  5. Gloups le 22 juin 2011

    Si on l’ajoute à tous ceux qui sont venus de l’extérieur pour composer la nouvelle rédaction en chef, la liste des noms que vous citez sonne comme une extraordinaire motion de défiance vis-à-vis de la rédaction du Monde. Comme s’il fallait surtout ne pas mettre en avant ses qualités et l’envoyer au purgatoire quelque temps, pour lui faire oublier ses habitudes d’indépendance. Cela s’appelle une reprise en main patronale.



  6. Marcel D. le 22 juin 2011

    Il faut se faire à l’idée que Le Monde est en train de mourir ; comme Libération, mort depuis longtemps. Le « façadisme » n’est qu’une pirouette marketing. Changer les ingrédients sans modifier le nom de la recette n’abuse pas longtemps le consommateur.



  7. Gloups le 22 juin 2011

    @Marcel D. : j’ai bien peur que vous n’ayez complètement raison. Il n’y a presque plus rien à lire dans ce journal, les grandes plumes en sont parties et il est probable qu’avec l’actuelle vague de départs, tous les rats un peu talentueux qui restaient vont quitter le navire. Le Monde sonne creux comme un tanker dont les cales sont vides. Plus aucune originalité, plus aucune qualité d’écriture à quelques très rares exceptions près, plus aucune analyse nettement au-dessus du panier. De l’ordinaire et du copier coller. Le nivellement s’est fait par le bas de manière terrible, au point que les médiocres d’hier semblent presque bons. C’est un comble ! Le Monde n’a pas su saisir le tournant du XXIe siècle, pas compris qu’Internet ringardisait, voire trucidait, sa vision de l’information. Il ne reste que la splendeur d’un titre, qui finira par passer une fois que les actuels propriétaires auront usé la marque jusqu’à la corde, sans essayer de la renouveler, sans prendre de risques.



  8.  le 23 juin 2011

    Refondation peu étonnante au regard de la façon dont la reprise des Inrocks a été menée, 18 mois plus tôt, par le tandem Pigasse/Dreyfus : nombreux recrutements (coûteux) en externe, mises au placard des anciens (et pas uniquement de journalistes), humiliations des anciens par la nouvelle équipe, ambiance délétère, management autoritaire, départs en cascade...

    Les journalistes du Monde auraient été bien inspirés de se renseigner auprès de leurs homologues des Inrocks, ils tomberaient un peu moins des nues aujourd’hui. Dreyfus est réputé pour son goût immodéré du conflit et du rapport de force, c’est bien un comble que des journalistes soient si mal informés et s’en étonnent encore.



  9.  le 23 juin 2011

    Pendant la phase d’audition des candidats au rachat, le bureau de la Société des rédacteurs du Monde avait reçu un journaliste des Inrocks qui lui avait expliqué les pratiques du couple Pigasse-Dreyfus. Cela n’avait eu aucune conséquence. A l’exception des naïfs, les gens du Monde ne tombent pas vraiment des nues car ils étaient bien informés et ont choisi leurs acheteurs en connaissance de cause. Ils s’étaient dit que c’était le choix "le moins pire"... De toute manière, il n’y avait aucune bonne solution.



  10. Bouli le 23 juin 2011

    Aux journalistes du Monde : "N’ayez pas peur !".



  11.  le 24 juin 2011

    @Bouli : nous n’avons pas vraiment peur. Nous voudrions simplement pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions et aussi que la SRM retrouve son rôle officieux de contre-pouvoir. Car si elle ne défend pas la rédaction contre la direction, personne ne le fera. Elle a eu tendance ces dernières années à considérer que ce n’était pas son rôle et qu’elle devait se cantonner à son boulot d’actionnaire de référence. Nous sommes plusieurs à penser que les actionnaires ne demandent pas mieux... Avec les ingérences répétées de ceux-ci dans le fonctionnement rédactionnel (cf. la nomination du directeur du journal, l’affaire Bergé-Mitterrand, l’affaire Doustaly et, plus récemment, la démission forcée du chef du service Eco qui n’avait absolument pas démérité), la SRM doit s’élever en rempart. De cette manière-là, nous n’aurons peut-être plus besoin de lire Electron libre pour découvrir nos scandales internes...



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