La rédaction du "Monde" refondée
Des recrutements extérieurs vont être effectués tandis que la SRM qui a préféré renoncer à un communiqué sur l’arrivée de Thomas Doustaly, que nous publions, se campe dans un silence prudent.
L’arrivée de Thomas Doustaly au Monde magazine, révélée par ElectronLibre, a naturellement ému les rédacteurs du journal au point de susciter une réunion de la Société Rédacteurs du Monde. Après de longues tergiversations dues au fait que tous les journalistes du conseil de gérance n’étaient pas immédiatement joignables, la SRM a mis au point le communiqué suivant, dont la prudence le dispute à la neutralité. Pourtant, par sept voix contre cinq, la SRM a décidé de ne pas le rendre public :
"Le conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) a demandé à la direction du quotidien ainsi qu’à celle du groupe des précisions sur la nature de la mission confiée à Thomas Doustaly et sur les conditions d’attribution de cette mission. Il lui a été répondu que Thomas Doustaly, auteur d’un travail universitaire sur les suppléments des quotidiens nationaux et candidat à un poste au Monde, s’était vu confier par Louis Dreyfus et Erik Izraelewicz une mission de six mois consistant à préparer la déclinaison du futur magazine du vendredi sur les supports numériques - internet et iPad - et qu’il n’interviendrait en aucune façon sur la définition de la ligne et des contenus éditoriaux du magazine. Erik Izraelewicz a précisé qu’il ne ferait pas partie de la rédaction. Concernant les affirmations et interprétations du site ElectronLibre, Didier Pourquery les a totalement démenties en préambule à la conférence de rédaction de hier midi."
Embauches extérieures
Nul ne sait, par ailleurs, si les mouvements en cours au sein des rédactions du Monde vont susciter des réunions de la SRM. A la nette différence des ouvriers du Livre qui se mobilisent pour sauver leurs emplois, les journalistes du quotidien comme d’ailleurs ceux des concurrents n’ont pas développé de réflexe de solidarité. La recomposition de la rédaction du Monde est connue de la presse nationale dans la mesure où les journalistes écartés ou sur le point de l’être font des appels d’offre.
Stéphane Lauer, le chef du service Eco, a ainsi démissionné après avoir vu son service dénigré pour cause de "non compétitivité". Le service France sera aussi profondément réorganisé à partir d’embauches extérieures dans la mesure où peu de journalistes politiques parviennent à s’entendre, sur le plan professionnel, avec Françoise Fressoz qui est restée étrangère à la culture du Monde.
Le renforcement du service France ne se fera qu’à partir d’embauches extérieures et aucun transfert en interne n’est prévu. Des noms circulent : Eric Dupin, 55 ans, ancien militant PS, chevènementiste et anti mitterrandien, ancien journaliste à Libération, au Figaro dont il a été licencié à la suite d’une chronique défavorable à Nicolas Sarkozy et ancien responsable du site internet de Marianne. Laurence Rizet, spécialiste des Amériques et des questions afro américaines, ancienne de Courrier International et de Libération collabore à Slate. Vanessa Schneider, 42 ans, grand reporter à Marianne depuis 2009, a intégré Libération en 1994 avant de rejoindre l’agence Capa en 2007. Elle s’est fait connaître par trois livres "La déprime des Politiques" (2001), "La mère de ma mère" ; "Tâche de ne pas devenir folle", deux récits autobiographiques.
Le talent de ces trois journalistes est reconnu par la profession et quel que soit le choix de la direction, ils devraient pouvoir s’entendre avec Françoise Fressoz qui, bien que décriée, resterait. Anne-Sophie Mercier, enfin, pourrait faire figure d’outsider. Collaboratrice des pages politiques des Inrockuptibles et du Monde magazine, cette journaliste a, si l’on veut, un pied dans la maison. Cette ancienne de Charlie Hebdo, de Direct 8, d’Arte, d’i-Télé, de Canal+ et du Parisien possède un parcours hétéroclite dont la diversité intéresse aujourd’hui un groupe comme Le Monde qui veut entièrement se diversifier.
Le tableau ne serait pas entièrement clos si la direction du quotidien ne regardait pas quelques journalistes de La Tribune, en très grande difficulté. Afin de ne pas se voir taxé du moindre favoritisme, Erik Izraelewicz, directeur du Monde et ancien directeur de la rédaction de La Tribune pourrait profiter de l’été pour demander à quelques-uns de ces rédacteurs de participer à des séries d’été.
