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La fin des résistances démocratiques, par Gilles Bressand, président du SNEP de 2001 à 2006

Gilles Bressand connaît l’industrie de la musique. Pianiste professionnel dans sa jeunesse, il fut aussi patron du label XIII bis Record, et occupa le siège de président du SNEP - le syndicat regroupant les majors - durant 5 ans à partir de 2001. Il fut l’un des observateurs privilégié de l’arrivée de l’Internet et du P2P. Nous publions en exclusivité une tribune qui tombe à point nommé alors que le gouvernement veut absolument faire voter la loi Hadopi 2...


Le vote attendu de la loi dite "Hadopi 2" à l’Assemblée nationale devrait être l’épilogue du feuilleton législatif le plus haletant que la filière des industries de contenu ait connu depuis Beaumarchais. Haletant, certes, mais épuisant. Cette course de fond, je l’ai entamé quand, alors jeune président du Snep (Syndicat national des éditeurs phonographiques), j’ai dû faire face au dilemme de l’impérieuse nécessité du développement du haut-débit confrontée au pillage des oeuvres sur internet. Sous l’effet conjugué d’une volonté politique sans faille et d’une implication (enfin) de tous les ayant droit (artistes/industrie et musique/cinéma), Hadopi 2 sera votée. Eclairant un détestable mois de juin ayant vu se produire trois événements d’inégale importance mais à charge symbolique forte : le décès prématuré du plus gros vendeur de disques ; la baisse du seuil des disques d’or à 50 000 exemplaires ; et l’annulation d’une partie des dispositions de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel, qui plus est, dans une décision de principe qui éclaire sa jurisprudence future. Acteur de la filière musicale, j’ai bien entendu été choqué par la portée de cette décision ; mais en tant que citoyen, également, je ne pouvais que m’incliner devant une juridiction incarnant un des piliers du socle démocratique.


Licence globale

Pour autant, j’ai été également frappé par les critiques venant de mes amis de la filière émises sur cette décision, qualifiée de politique (anti-gouvernementale), de crise de jeunisme d’une assemblée de (vieux) sages, voire de "décision qui ne change rien", puisque le Conseil constitutionnel aurait "validé l’essentiel du texte". Il y a là comme un paradoxe : pourquoi crier à la décision politique si le changement de modus operandi des sanctions était de si peu d’importance ! Et puis tout m’est revenu : comment depuis 2005, des résistances s’opposent à notre volonté de nous doter d’un arsenal législatif adapté (et légitime) face au piratage des oeuvres sur internet. Quoi que j’en pense, nous sommes pris à défaut de ne pas nous interroger sur la nature de ces résistances... Ce sont des résistances démocratiques.
Les faits sont têtus, rappelons-nous. Dans la nuit du 22 décembre 2005, dans la cadre de la transposition de la directive européenne "Droit d’auteur et droits voisins dans la société de la l’information", une Assemblée nationale clairsemée vote la licence globale, à la stupeur des ayant droit, licitant ainsi les échanges "pirates" sur internet contre redevance. C’était un peu comme si une poignée de députés avait rétabli la peine de mort à la faveur d’un hémicycle vide et d’une heure tardive. Nous incriminons alors, pèle-mêle, le manque de courage des députés absents, et la légèreté d’un ministre négligeant le b.a.-ba de la gestion parlementaire : compter ses voix. Mais l’Assemblée avait voté, et il nous a fallu plusieurs mois pour défaire puis enterrer la licence globale.
En 2008, le député européen Guy Bono fait voter à une large majorité, par le Parlement de bruxelles, une recommandation affirmant le droit fondamental que constitue l’accès à Internet, ce qu’une autorité administrative ne saurait donc réduire. Le judiciaire en aurait seul la compétence. Ce texte présumait des difficultés que nous allions rencontrer dans l’élaboration d’Hadopi et de sa riposte graduée. Nous avons fermement critiqué ce vote en raillant un Parlement européen qui vote d’une seule voix dès que le mot de liberté est prononcé, sans en mesurer ni la portée, ni la pertinence. C’est pourtant pour les mêmes raisons qu’un an plus tard, le même parlement a rejetté en bloc le "paquet télécom", pour ne pas avaliser la suspension d’abonnement à internet par une autorité administrative.
Avril 2009, bis repetita, entre les députés cachés derrière le rideau et ceux planqués à la buvette, l’Assemblée nationale rejette le texte pourtant adopté en commission mixte paritaire. Nous avons alors stigmatisé le grotesque des uns et la couardise des autres, mais l’Assemblée encore avait voté. La détermination gouvernementale met de l’ordre et fait revoter. On vote, on revote...


Ubi societas, ibi jus

Enfin, comme évoqué plus haut, le Conseil constitutionnel met un frein, irrévocable celui-ci, à la riposte graduée telle qu’elle était conçue.
Il y a des résistances. Nous nous battons, nous contournons, mais en tirons-nous tous les enseignements ? En terme de résistance, il ne s’agit pas ici de lobbys, d’aficionados pro-libertaires de l’Internet, ou de fournisseurs d’accès aussi rétifs à appliquer Hadopi qu’à reconnaître leur responsabilité passive dans le pillage de oeuvres, mais de trois instances emblématiques du pacte social : les assemblées du peuple d’un côté, le gardien de la constitution de l’autre. Il serait déraisonnable de ne pas tenter de comprendre la portée de ces résistances démocratiques.
Qu’avons nous fait pour que nos attentes légitimes - protection du droit d’auteur, riposte graduée en lieu et place du délit de contrefaçon - soient ainsi contrariées par les corps constitués ? Pourtant, tout (âge/fonction/culture) aurait dû les amener à renforcer le droit d’auteur. Qu’est-ce qui ne passe pas ? Alors que partirons à l’automne prochain les premiers messages d’avertissement envoyés aux internautes pirates, il faudra que la filière musicale s’interroge sur son déficit d’image. Et c’est une déplorable représentation de nous-mêmes que nous donnons, pire que celle d’’un marxisme essoufflé, transposant la lutte des classes dans notre secteur où amateur de musique (non payée) et industrie culturelle y seraient par définition des ennemis irréductibles.
Ubi societas, ibi jus, le droit ne précède pas les usages, il les accompagne. L’enjeu de la filière est de se projeter avec audace dans l’après Hadopi. Les Etats généraux du droit d’auteur annoncés par le président de la République en seront l’occasion. Afin de se libérer de cette suspicion "d’impureté", de ne pas apparaître comme les défenseurs des intérêts particuliers d’une industrie en souffrance, d’être porteurs de choix pour la création de demain, de placer les artistes et les auteurs au centre du débat, il faudra faire notre petite révolution interne. Si les mutations actuelles ne nous obligent pas à la faire, soyons en sûrs, les résistances démocratiques repartiront de plus belle avec une force inextinguible. Il est tentant de "négliger son statut de contemporain". Ca ne doit pas être notre credo, nous valons mieux que ce renoncement.


18 Commentaires. Ajoutez le votre +

Lionel Davoust 21 juillet 2009

Monsieur,



Si l’image est aussi déficitaire, comme vous l’annoncez, c’est que Hadopi et toutes les mesures de "protection" des droits proposées sont arriérées, irréalisables et en contradiction fondamentale avec les libertés fondamentales du citoyen (vie privée).



Vous citez l’amendement Bono, dont la première formulation visait à "garantir la liberté d’expression et d’information du citoyen". A partir du moment où cette disposition allait à l’encontre d’Hadopi, donc, à vous en croire, le droit d’auteur, ne pensez-vous qu’il y ait un problème fondamental ? L’art REPOSE sur la liberté d’expression et se propose, dans ses formes les plus nobles, de renforcer la liberté d’opinion. Comment le droit d’auteur peut-il devenir brusquement contraire à ces libertés fondamentales ?



Vous vous trompez de combat et de problématique. Voilà pourquoi vous rencontrez une opposition aussi vigoureuse.



Puis-je vous humblement inviter à jeter un oeil à ma série d’articles (en cours) sur mon blog pour une autre vision des choses. Je n’y réinvente pas la roue mais je m’efforce de prendre de la hauteur de façon didactique en me souciant de la culture, à laquelle je tiens, et dont je vis.



Intro : http://lioneldavoust.com/?p=630
Failles d’Hadopi : http://lioneldavoust.com/?p=665
Véritable optique de la loi et ses dangers : http://lioneldavoust.com/?p=680
Pour dépasser la problématique du "vol" : http://lioneldavoust.com/?p=708

Cyril 21 juillet 2009


Afin de se libérer de cette suspicion "d’impureté", de ne pas apparaître comme les défenseurs des intérêts particuliers d’une industrie en souffrance, d’être porteurs de choix pour la création de demain, de placer les artistes et les auteurs au centre du débat, il faudra faire notre petite révolution interne.



Je crois que c’est un peu tard... On a bien vu que cette même industrie était prête a bafouer les droits des citoyens pour satisfaire sa soif d’argent (puisque l’auteur utilise lui même les mots pillages, je ne vois pas pourquoi je me priverai d’utiliser des images fortes).
J’étais il y a quelques temps grand consommateur de musique (CD, concert, téléchargement légal..) et j’ai décidé à la vue de la réaction de cette industrie que mon argent serait mieux dépensé ailleurs , du coup mon poste musique est passé de quelques centaines d’euro par mois à zéro..

Flink 21 juillet 2009

Je suis bien d’accord avec les deux premiers commentaires. Moi j’irai même plus loin : cette industrie est devenue néfaste pour notre société, elle a déjà un pied dans la tombe et vu comme elle continue de s’entêter, peut être bientôt deux. Et bien maintenant, qu’elle meurt en silence et enfin peut être la création prendra un nouvel essor. (ceci dit c’est déjà ce qui est en train de se passer, et pas grâce à ces dinosaures)

nrv (tres aujourd’hui ! ) 21 juillet 2009

Eclairant un détestable mois de juin ayant vu se produire trois événements d’inégale importance mais à charge symbolique forte : le décès prématuré du plus gros vendeur de disques ; la baisse du seuil des disques d’or à 50 000 exemplaires ; et l’annulation d’une partie des dispositions de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel :



- renversement de la charge de la preuve, surveillance des emails, obligations de mouchardisé son propre PC....



M. Bressand, le simple consommateur d’oeuvre culturel que je suis ne doit pas vivre sur la meme planète que vous... Et le citoyen que je suis est choqué par vos propos !



Et je me rend compte du fossé qu’il y’a entre les aspirations à maintenir une rente pour une petit nombre en cette période de ravage économique...



Regrettez vous peut etre maintenant d’avoir refusé la licence globale car de Hadopi 2 que croyez vous que les artistes en retireront ?



Laissons donc M. de Beaumarchais en dehors de ce débat.. car je n’ose croire que pour garantir la rente d’un petit nombre il eut accepter que l’on ose à ce point envisager de vouloir sacrifier autant de liberté fondamentale !



Je regrette plutot que ce dernier ne soit plus de ce monde car il ya aurait beaucoup a ecrire sur le comportement d’un Parlement aussi liberticide dans sa démarche.

LORAN 21 juillet 2009

Bonjour,



votre acharnement a ne pas comprendre pourquoi l’industrie que vous representez est mal-aimee est troublant.



Votre loi va faire condamner des innocents, faire basculer des generations entieres dans l’encryption generalisee, c’est apparement une attaque de nos droits (cf CC), c’est la mouchardisation de toute la societe, et c’est une attaque frontale contre le monde du libre (logiciel mouchard non interoperable)...

Kelson 21 juillet 2009

L’ex-président du SNEP se demande comment ne pas apparaître comme le défenseur d’intérêts particuliers...



Pour rappel, le SNEP a pour unique objectif de protéger les intérêts de ses adhérents : c’est à dire des entreprises. Donc en deux mots : le but du SNEP est de protéger le business, les intérêts privés et économiques de quelques particuliers.



La reflexion de Gilles Bressand se trouve donc au niveau de celle d’un lapin qui se demanderait pourquoi tout le monde l’appelle "Grandes oreilles".

AndreTurcat 21 juillet 2009

Quelqu’un pourrait-il demander à Monsieur Bressand ce qu’est devenue l’entreprise qu’il dirigeait quand d’autres iront chercher la liste des créanciers de ladite entreprise ?



Combien d’artistes ? Combien de Sociétés d’Auteurs ?



Quelqu’un pourrait-il dire à Monsieur Bressand de balayer sa cour avant de nous la jouer latiniste ?



Cà nous reposerait.

Sanidis 22 juillet 2009

Vu chez votre confrère Numerama



"Je vous propose un petit jeu.
Vous allez sur http://www.myspace.com/13bisrecords
Vous prenez chaque artiste français l’un après l’autre : Alain Chamfort, Elmer Food Beat, etc.
Vous allez sur Pirate Bay et vous entrez leur nom dans la zone "search"
Vous comptez les occurences
Vous vérifiez ainsi combien le BT a fait mal à l’industrie.
Et comme c’est les vacances, vous rigolez un coup."



Belle Idée

mr_freeze 22 juillet 2009

La petite révolution interne de la filière aurait certainement du se faire il y 10 ans, au moment de l’avènement de Napster.



Cette suspicion d’impureté est le résultat direct d’une communication catastrophique, faite d’autisme et de mépris, à l’égard du public ainsi que d’une incapacité totale de s’adapter aux nouvelles demandes des consommateurs, apparues avec l’avènement de la dématérialisation des contenus.



L’image de la filière a été complètement anéantie par une accumulation d’erreurs :



- Violence du vocabulaire dans la communication : amalgames avec le "vol", références nauséabondes au terrorisme ou à la pédophilie pour justifier le durcissement législatif, saillies de P. Nègre dans les médias ou de G. Martin sur le site d’information du SNEP (http://www.demainlamusique.com/)



- Sondages orientés, largement relayés par des médias complaisants



- Pétitions à la validité discutable (pétition des 10000 artistes ou on retrouve de nombreux salariés des grandes maisons de disques)



- Lobbying actif dans l’enceinte même de l’Assemblée Nationale



- Acteurs de la filière animés uniquement par le souci de pérenniser leurs revenus respectifs par tous les moyens et toujours au détriment du consommateur (Taxe copie privée, Prix de l’offre légale prohibitif pour des biens pourtant non rivaux, DRM, Droits d’usages restreints sur les supports numériques par rapport aux supports physiques)



- Actions en justice avec pour seule volonté de faire des exemples.



Comment dans ces conditions rétablir un dialogue de confiance avec les consommateurs ?



La stratégie choisie par les ayants-droits du disque ou du cinéma a été celle du rapport de force sans compromis et de la menace à l’égard de leurs consommateurs. Pourquoi une telle stratégie ? Le Droit, le pouvoir politique éxécutif, les medias traditionnels, les artistes (les plus médiatisés) sont de leur côté. Dans ces conditions, il aurait été stupide de vouloir discuter ou même comprendre les consommateurs, n’est-ce-pas ?



La stratégie offensive s’impose quand on se croit le plus fort.



Mais, les consommateurs ont l’avantage de disposer du porte-monnaie et de la technologie. C’est peu, mais c’est déjà ça, car visiblement ça fait quand même mal.



Pour aborder le virage du numérique il y avait deux approches : imposer sa volonté ou tenter de répondre aux attentes. L’usage de la force ou la volonté de discuter. La culture de la peur ou celle de la confiance.



Le choix a été fait. Bien. Mais il faut l’assumer maintenant Mr Bressand, car vous-mêmes êtes l’un des premiers artisans de cette situation.

PlusPlus 22 juillet 2009

@ Mr Freeze : Tout ce que vous énumerez comme raisons est vrai. A ceci près que vous exonérez (comme beaucoup d’autres) les consommateurs de toute responsabilité dans cette affaire. Une partie (substantielle) des consommateurs agit aussi de manière totalement irresponsable et immature. Le politiquement correct ne fera pas avancer l’affaire. Non, le "consommateur" n’a pas toujours raison (et la Snep et cie pas plus d’ailleurs)

mr_freeze 22 juillet 2009

@PlusPlus



En effet, le consommateur qui télécharge illégalement a sa part de responsabilité. On est entièrement d’accord.



En revanche, c’est le consommateur qui dicte ses attentes aux industriels, qui se doivent alors d’y répondre de la meilleure manière possible. C’est en général ainsi que cela fonctionne dans la sphère marchande.



Ici on se retrouve avec des industriels en situation de quasi-monopole qui, à la force du Droit, essaient de contraindre leurs clients à consommer selon des règles qu’ils ont eux-mêmes définis. On croit rêver.



Au bout de 10 ans, on ne peut quand même pas nier que les attentes relatives à la consommation de biens numériques sont clairement identifiées. Et quelle est la réponse des industriels du secteur et des ayants-droits ? Hadopi 2. Bravo. Chapeau.



Le téléchargement illégal est une forme de concurrence déloyale ? Certes. Mais tenter d’imposer le modéle économique hérité du support physique dans la sphère numérique est une véritable escroquerie intellectuelle et financière.



C’est sur le terrain de la qualité (encodage supérieur), de la valeur ajoutée (accès aux paroles, jaquettes, import direct des tags), de l’exhaustivité du catalogue (portail regroupant un maximum de labels et avec un maximum de titres), de l’interopérabilité totale (baladeur mp3, telephone, autoradio, chaine hifi) et du droit à l’échange (lié à la structure et au fonctionnement même d’Internet. Incontournable donc) que ces industriels pourront concurrencer le téléchargement illégal. Et si le prix est raisonnable (prix forfaitaire/abonnement, le prix à l’unité ne fonctionnera pas dans une économie de biens non rivaux), les consommateurs reviendront d’eux-mêmes,et avec le sourire, dans le circuit légal.



Oui, c’est exigeant. C’est pas facile. C’est du boulot. Mais, excusez du peu, c’est LEUR boulot. Le consommateur ne le fera pas à leur place.

0101010101010101 22 juillet 2009

Gilles Bressand se demande pourquoi des instances démocratiques telles que le parlement, le conseil constitutionnel et le parlement européen luttent contre une forme de droit imposé par l’industrie culturelle.



Il sait evidemment très bien que ces institutions representent (principalement pour le parlement européen dégagé des enjeux nationaux et le conseil constitutionnel, gardien des principes démocratiques inscrits dans notre constitution) un pouvoir qui echappe aux interêts purement financiers qu’il defend.



Ne nous trompons pas, je suis un defenseur du droit d’auteur, mais on peut dire à Gilles Bressand qui en est une fois encore parfaitement conscient qu’un des combats fondamentaux des artistes historiquement parlant réside dans la défense de la liberté d’expression ainsi que dans celle de la liberté de création. Ce qui pose un problème en tant que tel, c’est que sous couvert de piratage (et il ne s’agit pas ici de contrefaçon, ni de piratage en terme de volume) l’Hadopi permet des sanctions qui vont de la coupre de l’accès à internet à l’interdiction d’utiliser sa messagerie éléctronique et d’en ouvrir le cas échéant une autre (dispositions présentes dans le projet de loi, un pur anachronisme et une chose inaplicable, il faut bien en être conscient, c’est à dire que l’on coupe un service qui excusez moi du peu n’est pas lié uniquement à la volonté d’acheter des choses, mais aussi à celle de s’informer, de consulter des services gouvernementaux (caf et autres), de communiquer avec les autres et d’émettre des opinions.



Rien que ça.



Peut on défendre la liberté d’expression pour les representants et les participants d’une industrie et de l’autre coté plaider pour une restriction pénalisante de l’accès à ces services en direction de citoyens d’une démocratie. N’y a t-il pas un paradoxe ici ?



L’industrie ne souffre pas d’un déficit d’image qui lui vaudrait ces mésaventures, elle souffre d’une meconnaissance des structures démocratiques que les instances supérieures démocratiques ont dû lui rappeler.



A moins que Gilles Bressand ne remette en cause la légitimité des votes du parlement européen sur l’amendement Bono et l’avis du conseil constitutionnel.



Le piratage est un problème, tout comme on pourrait se poser la question de la juste rémuneration des artistes par les maisons de disques. Entend -on ce débat actuellement ? Pas moi.



Est il viable intellectuellement parlant de défendre un projet qui permet à une autorité administrative defendant une industrie particulière dont l’objet est la réduction des libertés fondamentales, du filtrage généralisé de l’internet en France, de l’isolement du citoyen face à un environnement que l’on a tout fait pour rendre indispensable vis à vis de certaines démarches ?



N’est là qu’un déficit d’image, Mr Bressand, ou est ce une incomprehension intellectuelle des enjeux majeurs de notre société ?



Evidemment, tous les defenseurs des libertés en France sont contre le droit d’auteur, ils defendent les pirates, c’est un peu vieux comme technique mais ça marche toujours en terme de communication.



Vous vous posez pourtant des bonnes questions.



Cela ne semble pas vous poser de problème en revanche que l’UMP considérait le vote du texte (bloqué alors par les socialistes in extremis) plié avec seulement . . . . 15 pauvres députés de droite dans une assemblée toute vide.



On peut se poser la question de pourquoi le parlement européen a voté l’amendement Bono avec plus de 450 voix contre une petite dizaines, voire une vongtaine, je n’ai plus les chiffres précis en tête, mais ce fut à une très large majorité.



L’industrie en France comme partout ailleurs est alimentée par des citoyens participant au jeu démocratique, patrons d’une industrie ou pas, ils font partie de ce que l’on considère comme étant la nation. Cela ne leur pose t-il pas quelques problèmes de voir que pour protégéer leurs interets, on modifie des principes élementaires ?



On peut défendre le droit d’auteur sans s’attaquer aux fondements démocratiques qui lient les citoyens, et sans déclarer une guerre avec les individus qui la font vivre.



Dernière hypocrisie du genre, parce qu’on pourrait citer beaucoup d’exemples : imaginez que sur les 30 millions d’internautes français, juste deux millions arrêtent d’utiliser le net, les servbices en ligne, d’acheter du matériel informatique, des dvd, des cd (vierges ou musicaux), des lecteurs mp3, d’alimenter en contenu personnel certains sites. Ne pensez vous pas qu’en terme economique, cela aurait un effet désastreux ?



Que toute l’industrie (musicale, cinematographique, culturelle en générale, publicitaire, pour ne citer que celles ci)marche en interdependance, cela ne semble pas sauter aux yeux de beaucoup de monde.



Nous pouvons defendre le droit d’auteur sans créer un conflit ouvert avec VOS consommateurs. Imaginez donc cette réaction, celle dont je viens de parler, de ces deux petits millions d’utilisateurs. L’agression que vous proposez en soutenant ces décisions gouvernementales qui essaient de mettre en arrière plan des principes démocratiques inaltérables créera une réaction evidente.



Si vous êtes capable d’en tirer les consequences, faites vous plaisir, car au delà des consommateurs, vous attaquez des citoyens.



Si vous soutenez ces principes et mettez en avant pour votre defense un simple déficit d’image, alors que vous savez pertinnemment que ce n’est pas cela le probleme fondamental, vous aurez la responsabilité des consequences qui suivront.



On me retorquera surement que je m’eloigne du debat ou que je n’ai pas compris les propos publiés ici, c’est de bonne guerre, pensez seulement que ma réaction est suscitée par l’interpretation de ces propos, et qu’elle n’est peut être pas de ce fait totalement à coté de la plaque.

 23 juillet 2009

Monsieur Bressand autant je salue votre ouverture, autant votre analyse me parait au mieux assez naïve.



Le débat est clair, il n’y a aucun problème "d’image", mais bien d’opposition brute et définitive entre le public d’un côté, et certains acteurs et industriels de la "culture" de l’autre.



Et cette opposition ne tient qu’à un seul paramètre : l’argent. Les industriels veulent que le public casque plus pour la même quantité de "contenus" et ce dernier veut casquer le moins possible.



Et derrière tous ces débats, vous n’avez en fait qu’une seule question : où met-on le curseur cette fois ? Plus vers les industriels ? Plus vers le public ? etc.



Preuve en est que ces mêmes industriels sont prêts à envisager des "licences globales", mais bien sûr à condition qu’ils gardent la main dessus. Et ce n’est bien évidemment pas pour "mieux" rémunérer les artistes qui ne sont déjà pas assez rémunérés pour la plupart. Mais bien pour continuer à contrôler les circuits de distributions, garder leurs main mise sur un business juteux, sur le dos et des créateurs, et du public.



Le jour où ils comprendront que maintenant plus personne ne se contente de deux films ou deux CD par mois lorsqu’il a été habitué à en récupérer une vingtaine, qu’ils préfèreront ne rien regarder du tout, ils feront peut-être cette fameuse révolution psychologique.

eri sonman 26 juillet 2009

Mmm, que penser de l’illustration en tête de ce billet ?
Le serment du jeu de Paume, rien de moins. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sermen...



Désinformation grotesque par le mot, par l’image, par la confusion institutionnalisée.
Au fait, le droit moral de l’auteur de ce tableau ne devrait il pas être respecté, au moins par une petite légende ?



Arf, bas les masques, il suffit.
Au jour de l’adoption de cette "loi" que monte un premier galop de désobéissance. Un mois sans achat, sans téléchargement. Un mois de silence numérique assourdissant.



Nous irons aux concerts et le contact avec les artistes leur dira notre attachement à la création, dénoncera la marchandisation systémique, au risque de leur ouvrir les yeux.



Et n’oublions pas, voila le geste commercial du SNEP vers nos enfants : un doigt http://telecharger-de-la-musique.ov...

nicolas 27 juillet 2009

"Qu’avons nous fait pour que nos attentes légitimes - protection du droit d’auteur, riposte graduée en lieu et place du délit de contrefaçon - soient ainsi contrariées par les corps constitués ?"



Il n’y a pas de remplacement, il y a addition.



De plus, pour gérer la masse d’infraction, on créait une justice expéditive, qui a toutes les chances de se refaire condamner par le conseil constitutionnel. "La fin ne justifie pas les moyens", c’est pourtant un principe de base.



Les gouvernements en ont rêvé, vous leur offrez sur un plateau : la possibilité d’espionner toutes la population avec les fameux mouchard, la possibilité de leur rendre la vie difficile pour communiquer en leur coupant internet et bientôt également le téléphone mobile.



Quand une industrie s’attaque aussi frontalement aux droits de base d’une démocratie, comment ne pas comprendre, voir anticiper le rejet totale de la population ?

Yannig 27 juillet 2009

Bonsoir,



Hadopi était sensé au départ protéger le droit d’auteur.
Force est de constater que le résultat est TRÈS loin de répondre à cette attente primaire.



C’est déjà un premier point qui justifie à lui seul le refus de ce texte ! Là point de lobbying ou autres manœuvres de bas étages !



Qu’est-ce que le droit d’auteur ?



1) le droit au respect de l’esprit de la création ! C’est ce qu’on appelle le droit moral d’une œuvre et SEUL l’auteur peut s’en prévaloir. Ce droit est INCESSIBLE ce qui veut bien dire que seul l’auteur peut s’en prévaloir. Les héritiers directs ne peuvent que s’attacher à le garantir sans pouvoir en tirer de profit en cas de lésion (cad indemnité impossible dans le cas d’un procès).



2) le droit de vivre de son travail ! C’est ce qu’on appelle le droit patrimonial ! Ce droit est, éventuellement, cessible.



Il faut bien reconnaître que la relation artiste/producteur si elle est restée à peu près correcte il n’en est pas de même pour la relation artiste/diffuseur (en réalité nous devrions dire producteur/diffuseur).



C’est bien de cette relation dont nous sommes en train de parler au travers d’HADOPI.



En effet avec l’Internet la relation avec le diffuseur est en train de fondre comme neige au soleil. Pour diffuser sa musique ou son film l’intervention du diffuseur n’est plus impératif !



Nous voyons donc clairement que la victime d’Internet n’est QUE le diffuseur !



Quelle solution ?



Je ne sais pas laquelle est la meilleure et honnêtement je crois qu’il n’y en a pas ! Par contre ce dont je suis sûr c’est que M BRESSAND ne manque vraiment pas d’air !



En effet où est passé l’argent des taxes sur les vidéo-cassettes ?
Où est passé l’argent de la taxe sur les Cd ?
Où est passé l’argent de la taxe sur les Dvd ?
Où est passé l’argent de la taxe sur les disques durs ?



Cet argent était bien destiné à compenser les pertes liées à la ’massivication’ des copies illégales dans l’esprit des concepteurs de ces taxes !?



Je ne suis pas aussi affirmatif que certains concernant la tarification au titre !



En effet il suffit que cette tarification soit attractive hors nous en sommes TRÈS loin actuellement. Créez votre Cd de 12-15 titres au titre et regardez le Cd commercial. Horreur le téléchargement est aussi, sinon plus, cher que le Cd ! Nous avons une moindre qualité et nous payons le même prix !



Sachant qu’un Cd vierge ne vaut guère plus que 0,50€ voire nettement moins pour l’industrie, on peut se demander qui empoche les 15-20€ restant ? Sûrement pas l’artiste en question !



Un tarif raisonnable au titre ne devrait tourner qu’aux alentours de 0,30€ par titre et encore techniquement je trouve cela déjà TRÈS cher pour la qualité proposée.



Oui M BRESSAND arrêtez de penser ’Combien les gens sont-ils prêts à mettre au maximum pour un disque ?’ Mais pensez plutôt ’Combien cela me coûte-t-il réellement et combien de disques je veux vendre ? Après ce chiffre je casse le prix car cela devient du bénéfice net !’



Ne me parlez pas de la péréquation car elle n’existe pas dans les faits. Ne me parlez pas des frais de studios car il y a belle lurette que vous avez amorti l’investissement.



Ben oui M BRESSAND si vous voulez continuer à vivre de cette manne financière il va falloir revoir sérieusement vos prétentions à la baisse et être un peu plus réaliste.



Quant au titre de votre post il est bien mal choisi ; en effet ce n’est pas la fin mais le début des résistances démocratiques.



Il y a bien longtemps que je ne suis allé au cinéma car c’est trop cher ! Je n’achètes plus de Cd ou Dvd car c’est trop cher !



Par contre je suis prêt à payer un peu si mon argent va bien dans la poche de l’artiste.

BuZz 21 août 2009

Bonjour,



J’abonde dans le sens de la grande majorité de ce qui a été dit, ce qui m’amène finalement aux remarques suivantes :



- Les arguments pro-Hadopi ne tiennent pas une seconde.



- Sans même parler du fondement de la loi, la très grande majorité des Français s’oppose à cette loi. Sommes-nous toujours dans une démocratie ? La République doit-elle de défendre les intérêts de son peuple ? Ou celui d’une minorité d’industriels ? (Et qu’on ne parle surtout pas de défendre les artistes, Hadopi ne leur rapporte pas un centime)



- Le piratage (puisque c’est l’argument premier de cette loi ridicule) pourrait être endigué en QUELQUES JOURS si les médias et le gouvernement s’attelaient à mettre en avant les plateformes LEGALES et GRATUITES de diffusion des oeuvres (Existantes aux Etats-Unis pour la vidéo, existantes en France pour la musique). Et d’ailleurs, ça ne coûterait pas un centime, contrairement aux frais colossaux que va coûter cette loi au contribuable. De qui se moque-t-on ?



Alors dites-moi M.Bressand, pourquoi un "vilain pirate" s’obstinerait à télécharger illégalement (ce qui demande un effort de recherche, et on ne trouve pas tout, de connaissances obscures des techniques de piratage, d’exposition a quantité de bannières publicitaires) alors qu’il peut obtenir un service de qualité, simple, instantané, légal et gratuit pour le même résultat ? (https://www.spotify.com/)



Cette loi et ces gesticulations ne sont qu’une mascarade et une vaste campagne de désinformation du grand public au profit de quelques industriels (qui ont à l’évidence encore de quoi payer grassement leurs lobbyistes)... et peut-être même bien au profit des politiques eux-mêmes.



Après tout, après la remise en cause de l’industrie médiatique et de celle de la culture, il se pourrait bien que vienne le tour de cette organisation politique d’un autre âge qui prouve chaque jour d’avantage ses failles et son degrés d’incompétence.



Continuer dans cette voie, vous ne ferez que souffler sur les braises ... du début des véritables résistances démocratiques.

PLA 12 septembre 2009

Les sympathiques internautes sont d’une violence rare sur un sujet qui est censé "adoucir" les moeurs !



En tous, cas devant une telle profusion de commentaires mal fagotés et éructés, pensons aux créateurs SVP.



Peu importe la manière, pourvu que la culture perdure.



Fin de la récré : je veux continuer à avoir le plaisir d’entendre des artistes pro, défendus par des pros, pas par Rupert Murdoch (myspace).


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