La commission Copé, autre cadavre à la renverse
Prise dans une spirale faite de multiples rebondissements et de démissions, la commission Copé vacille, empêchant de mener à bien toute réflexion sur l’avenir de l’audiovisuel public.
La presse en avait fait ses gorges chaudes. En janvier, Jean-François Copé est allé voir le grand patron de l’Elysée pour lui faire part de son inquiétude sur la façon dont les réformes étaient menées. L’hostilité grandissante à l’égard de la commission Attali ne présageait rien de bon pour la future commission chargée de réformer l’audiovisuel public, dont Nicolas Sarkozy devait, disait-on, remettre la présidence à Frédéric Mitterrand. Copé insiste pour changer de méthode, Sarkozy le prend au mot et le met illico à la tête de la commission "pour une nouvelle télévision publique", chargée de réfléchir à l’avenir d’un audiovisuel public débarrassé de toute publicité… et des 800 millions d’euros de recette qui vont avec.
A l’heure où la commission n’est plus que l’ombre d’elle-même, cadavre crachotant quelques mesures qui sont au mieux floues, au pire inapplicables, on ne peut que se demander pourquoi Jean-François Copé est allé se fourrer dans ce traquenard. Peut-être trop sûr de sa connaissance du monde audiovisuel, certainement soucieux de montrer au chef d’orchestre de l’Elysée sa capacité à mener d’une main de maître un dossier épineux.
Levée de boucliers des FAI, des chaînes privées... et de l’Elysée
Mais manifestement, la forte impression n’est pas au rendez-vous et Copé a échoué dans son entreprise. Les trois scenarii rendus lors du rapport d’étape du 21 mai n’ont convaincu personne. Frileuse, la commission avait alors proposé trois pistes de réflexions, "ni objectives, ni définitives" s’était empressé de préciser Jean-François Copé. Hausse de la redevance, taxation des FAI, des chaînes privées et des appareils électroniques grand public, telles étaient quelques-unes des mesures envisagées.
Levée de boucliers immédiate du côté des fournisseurs d’accès et des chaînes privées. Et tandis que la Fédération française des télécoms (FFT) se dit prête à "collaborer" à condition que les chaînes privées mettent la main à la pâte, ces dernières s’entêtent et montent un collectif pour défendre leurs droits. Mais ces réticences ne sont que broutilles face au dernier coup d’éclat en date du président de la République. Invité le 27 mai sur RTL, Nicolas Sarkozy met fin à toute possibilité d’augmentation de la redevance ; mesure qui suscitait pourtant un - rare - consensus au sein de la commission. Depuis, Jean-François Copé n’en démord pas et se débat pour donner un semblant de sens à sa mission, dont les ambitions ont pourtant été fauchées en plein vol par le chef de l’Etat. Il rassure, en affirmant ne jamais avoir été favorable à la redevance, et en indiquant que d’autres solutions sont envisageables pour combler le vide laissé par la disparition de la pub sur France Télévisions. Cela ne l’empêche pas de préconiser dans le même temps une "indexation de la redevance", autrement dit… une hausse de deux euros par an de cette taxe ! La cacophonie est à son comble et le sort de la télévision publique dans un marasme inextricable.
Un projet avorté dans l’œuf
De là à dire que la commission n’est qu’un simulacre de réflexion, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par l’opposition.
Ecœuré par l’annonce de Nicolas Sarkozy, le PS se retire de la commission le 4 juin, dénonçant un projet avorté dès l’œuf. "C’est le tiroir-caisse pour les chaînes privées et le tocsin pour les chaînes publiques", a lâché Michel Françaix. Depuis le début, l’opposition fustige la rénovation de l’audiovisuel public menée par le gouvernement, n’y voyant que sombres machinations pour aider les chaînes privées, dont les directeurs sont dits proches du pouvoir. Une chose est sûre, aucune solution n’a encore été trouvée pour aider au financement de France Télévisions et dans le même temps, Christine Albanel vient d’annoncer qu’elle était favorable à une seconde coupure publicitaire pour les fictions diffusées sur les chaînes privées, ainsi que d’un allègement des seuils anti-concentration affectant les groupes de médias.
Plus qu’un coup de pouce pour le privé, le PS dénonce le combat de coqs qui se livre dans les coulisses de la commission. Pour Didier Mathus, cela ne fait aucun doute : "Sarkozy règle ses comptes avec Copé" ; un avis que rejoignent un certain nombre de parlementaires UMP. Et il est vrai que plus on regarde du côté du gouvernement et de l’Assemblée nationale, plus apparaît nettement la trame d’une guerre fratricide au sein de la majorité. Accusé d’être responsable du camouflet de la loi OGM au sein de l’hémicycle, Jean-François Copé agace Nicolas Sarkozy par l’affirmation toujours plus vive de son indépendance. "Nous sommes différents. C’est ainsi", tempère le chef de la majorité à l’Assemblée, qui dissimule pourtant de moins en moins son envie de devenir calife à la place du calife. "Petit garçon, je me rêvais président", confie ainsi Jean-François Copé à la presse.
Petit caillou dans la chaussure présidentielle, il savait très bien à quoi se tenir en prenant les rênes de la réforme de l’audiovisuel public. Baisse du pouvoir d’achat oblige, aucune mesure impopulaire, comprenez aucune taxe supplémentaire et aucune augmentation de la redevance n’étaient envisageables. Nicolas Sarkozy avait été très clair sur ce dernier point, et pourtant, Jean-François Copé lui a tenu tête. Peut-être par excès de confiance, il a affirmé son existence politique au travers d’une commission aujourd’hui à la dérive. Mais malgré cette situation de perdition, il affirme que la "commission ira au bout". Droit dans ses bottes, il semble décidé à remettre un rapport en bonne et due forme, quitte à ce que celui-ci se retrouve dans les oubliettes de l’Etat. Et quitte à prendre quelques retours de bâton en provenance du château présidentiel.
