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La chanson c’est du vol

Le vote de la loi "Création et Internet" s’annonce comme une formalité pour la majorité. Ce texte représente un symbole fort de la présidence de Nicolas Sarkozy, mais aussi un point de rupture entre les milieux artistiques et une bonne partie de la gauche.


On le pressentait depuis quelques années. Entre les artistes et la gauche le divorce s’annonce. Inévitable, grotesque et pour tout dire absurde, car provoqué par un malentendu datant de plusieurs dizaines d’années. Avec l’arrivée de la loi "Création et Internet" au Parlement, le rupture entre les artistes, essentiellement ceux de la musique et les représentants du parti socialiste devrait être consommée.
Les termes de la discorde sont clairement annoncés par le socialiste Christian Paul sur son blog, et publiés par Numerama puis repris sur PCInpact : "la France doit inventer les nouveaux droits d’auteur de l’âge numérique", et "dans ce nouveau monde, la gratuité n’est pas le vol".
Une thèse qui s’appuie essentiellement sur deux points. Tout d’abord, l’échange via les réseaux P2P est une pratique adoptée par trop de monde pour être interdite ; elle a désormais valeur de comportement social assumé. Et en second lieu, le critère qui surpasse tous les autres a priori, y compris la rémunération des artistes, est l’accès à la culture. Et sur ce point, le P2P est désigné comme le parfait véhicule. Il ne reste plus qu’à inventer une astuce pour financer la création. L’expédiant est rapidement trouvé par le parlementaire qui pour cela, convoque le spectre de la licence globale, opportunément renommée "Contribution créative". Grâce à celle-ci, l’internaute pourrait enfin verser indirectement pour la création sa "dîme", tout en s’adonnant au plaisir du téléchargement à haute dose.


Petit propriétaire

En passant outre le lien qui existe entre l’artiste, sa maison de disques, et le client, celui qui dans un magasin, réel ou virtuel, lors de l’achat d’un CD, paye pour l’acquisition d’un bien précis, Christian Paul, mais aussi Patrick Bloche et d’autres à gauche, quelques-uns à droite aussi, s’attaque à un tabou plus grand encore. Il refuse de voir dans l’artiste ou le producteur, un artisan propriétaire de son lopin de partition ou de sa galette de plastique. Or, c’est précisément une conception à l’opposé de ce que prône la présidence de Nicolas Sarkozy. Ce dernier l’a bien dit, il entend faire de chaque Français au pire un propriétaire, au mieux un patron. Bref, appliqué à l’artiste, ceci consiste à sanctuariser les droits, les revenus de la vente de musique, et bien sûr ce lien indéfectible qui doit exister dans le commerce entre celui qui vend et celui qui achète. Un capitalisme sans faille et sans subtilité, qui ne comprend pas que l’on puisse faire autrement pour conférer une valeur à un bien - il est suffisamment éloquent de voir à quel point les défenseurs de la loi instituant la riposte graduée dénoncent l’internet comme étant le lieu de l’anarchie et du non droit, comme s’il n’y avait pas d’autre choix possible que l’instauration d’une relation mercantile pour pacifier cet univers. En cela, la loi "Création et Internet" est retardataire, et Christian Paul n’a pas trop à en faire pour s’en moquer.
Que n’avaient-ils donc pas compris, ces artistes, à de rares exceptions près, que le dessein d’un Jack Lang, là aussi rappelé par Christian Paul, en digne successeur des universalistes, n’était pas de transformer l’art en valeur négociable, mais de concevoir un véhicule dans lequel il y aurait une place pour tous, et pour tout le monde. En 1985, il s’agissait de la copie privée, en 2009, c’est le P2P légal. Quitte, pour cela, à mettre à bas les fondements du capitalisme et d’une filière largement entamée déjà par la crise du disque. Voilà bien l’exception française prise à revers. Il ne s’agit plus de préserver les biens culturels de la perversion d’une fluctuation libérale, mais de remplacer directement l’accès à un bien culturel par une commodité, jugée plus pratique par l’usager. Le P2P s’est imposé dans les moeurs, et bien qu’il en soit ainsi. Voilà la parole d’une grande partie de la gauche, au nom d’une tradition qui n’a d’ailleurs, et paradoxalement, pas été étrangère à quelques capitaines d’industries (voir Musique, gratuité et exception française).


Choix de société

Bien sûr à gauche, cette radicalité n’est pas le credo de tous. Et comme le parti se chamaille sur le bon cap idéologique à adopter, la place du marché de la musique dans la société n’est pas épargnée. Les dissensions sont importantes et profondes, car elles reposent sur un véritable choix de société. Ségolène Royal s’était clairement montrée hostile à une loi anti-P2P lors de la campagne présidentielle, mais la secrétaire générale du PS, Martin Aubry serait plus prudente sur le sujet. Cependant, il serait naïf de croire à un sens de l’histoire, qui renverserait les mauvais textes, ceux dont l’inspiration même aurait été inepte, voire obsolète en 2009. "Création et Internet" sera appliqué, s’il est voté. Et son influence restera prédominante pour re-dessiner les contours de l’industrie de la musique, et le rapport entre les citoyens et les biens culturels numérisés. On pourra dire alors que l’essence du capitalisme marchand aura été sauvée pour quelques temps, du moins en ce qui concerne la musique...

10 Commentaires. Ajoutez le votre +

Saxe 3 mars 2009

"Création et Internet" sera appliqué, s’il est voté. Et son influence restera prédominante pour re-dessiner les contours de l’industrie de la musique, et le rapport entre les citoyens et les biens culturels numérisés.



Par "biens culturels" numérisés j’espère que vous incluez aussi ceux qui s’échangent sur internet. Alors oui Création et Internet aura une influence sur l’évolution des modes de partages.



On passera du P2P public à du P2P privé et des systèmes utilisant des serveurs tiers, financés par un abonnement ou la publicité. Et ça n’a rien d’un truc de "geek", des pères de famille se retrouve sur des forums où ils téléchargent et mettent à disposition le dernier film hollywoodien comme un vieux classique de leur collection perso.



Et si une de ses sociétés de "téléchargement" tombe, et bien il y en aura une autre, et puis une autre, et de plus en plus localisée dans des pays qui acceptent bien volontiers cette nouvelle manne financière (Europe de l’Est, Russie pour les Européens, Asie pour les Américains).



C’est tout ce qu’ils auront gagné, de la frustration chez une minorité d’utilisateurs occasionnels et très débutants. Ayant l’impression de "prendre pour les autres" ils seront contraints à acheter pour une partie la plus fortunée. Et pour les autres à retourner à des systèmes "pre-P2P" : échanges entre amis, voire achat de copies pirates sur support physique, recours à l’enregistrement de radio/TV, mediathèques ...
Dans tout malheur il y a du bon, certains arrêteront même de regarder des créations débiles et se mettront au sport (Hadopi partenaire de "Manger / Bouger")



Ils auront en revanche perdu de l’argent de la majorité qui restera prête à payer 5, 10, 15€ selon les systèmes pour télécharger. Cet argent ne serait-il pas été mieux utilisé dans les caisses des ayants-droits ?

PlusPlus 4 mars 2009

"Un capitalisme sans faille et sans subtilité, qui ne comprend pas que l’on puisse faire autrement pour conférer une valeur à un bien -"



Dans ce cas pourquoi se limiter à la musique ? Pourquoi pas le cinéma, la littérature, l’accès aux salles de spectacles, la peinture, voire l’accès à l’information (que je considère bien plus vitale que l’accès à la culture) ?



je veux bien que l’on déclare qu’il faut totalement libérér la musique de son aspect monétaire et installer un esprit de gratuité, mais pourquoi se limiter à ça alors ? En quoi l’accès à la musique est-il plus vital que l’accès à la nourriture, à l’electricité, etc...

DrW 4 mars 2009

Le résultat sera moins d’argent pour les artistes, car les clients ne seront pas contents, donc ventes perdus.



Il ne faut pas prendre ses clients pour des imbéciles et les accusés de tous les maux.



Les voleurs ne sont pas ceux que l’on croit...........



Loi HADOPI = chutes des ventes des disques, on va bien rire.
il faudra bien manger avant d’acheter des disques.

 5 mars 2009

@PlusPlus



"Dans ce cas pourquoi se limiter à la musique ? Pourquoi pas le cinéma, la littérature, l’accès aux salles de spectacles, la peinture, voire l’accès à l’information (que je considère bien plus vitale que l’accès à la culture) ?"



On ne se limite pas à la musique, c’est juste que c’est l’industrie du disque qui crie le plus fort en ce moment.



Pour qu’un partage gratuit ou presque puisse être réalisé il faut que le document puisse être numérisé. Il est possible de photographier une peinture, de transférer film, lives, et documentaires. Mais il sera toujours très difficile d’accéder à un musée, une expo, sans y être physiquement présent.

Capello 5 mars 2009

Tapez sur la gauche, c’est devenu très facile. Ce n’est même plus drôle. Il n’y a guère que les sarkophiles acharnés pour y prendre encore du plaisir.
Que le PS se débatte comme il peut pour exister, c’est indéniable. Alors certes, les raisons avancées par Christian Paul ne sont pas forcément justes et la gratuité ne doit pas être la règle. Mais il serait plus judicieux de dénoncer l’inanité de cette loi en matière de culture.



Le but et les conséquences de cette loi sont très faciles à deviner.
Les majors et les distributeurs en veulent plus, toujours plus, encore plus, eux qui saignent déjà à blanc les artistes. Car ne vous méprenez pas, ce sont bien eux les pilleurs. Sur le prix d’un cd, regardez la part reversée aux artistes : 1 à 5%. 10% pour les très gros. Que dalle.



Le piratage n’y est pas pour grandchose dans la baisse des ventes des disques. Deux raisons au moins. En premier lieu, la plupart des musiques téléchargées n’auraient pas été achetées dans le commerce. Elles l’ont été parce que c’était facile, gratuit, à portée de clic. Mais beaucoup d’artistes seraient restés inconnus sans un téléchargement massif. Second point, qui aujourd’hui a envie d’acheter un cd pour ensuite se prendre la tête à casser les protections et le convertir pour, au final, l’écouter sur son baladeur mp3 ?



Les majors et les distributeurs sont technologiquement à la ramasse et commencent seulement maintenant à proposer de la vente de musique numérique. Avec combien d’années de retard ??? Ils ont refusé de suivre une technologie sur laquelle ils n’avaient pas la main mise. Et aujourd’hui, ils se cassent la figure.
Les artistes, souvent plus intelligents, sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le net, histoire d’avoir moins d’intermédiaires. Et vers la scène aussi, car le contact avec le public ne sera jamais numérisé.



Pour en finir, les conséquences de cette loi - car elle sera adoptée vu que le grand manitou l’a décidé ainsi - sont très simples. Les échanges se feront via des serveurs privés, et de mano à mano, à l’ancienne. Les sites de vente ne marcheront pas en guise de protestation. Et vu comme il est facile de pirater une borne Wifi, les mamies ne comprendront pas pourquoi la police débarque pour saisir leurs disques durs.

PlusPlus 5 mars 2009

@ Capello :

- "Les majors et les distributeurs en veulent plus, toujours plus, encore plus, eux qui saignent déjà à blanc les artistes. Car ne vous méprenez pas, ce sont bien eux les pilleurs. Sur le prix d’un cd, regardez la part reversée aux artistes : 1 à 5%. 10% pour les très gros."



Cet argument est quand même bidon. Vous croyez vraiment que les gens verifient d’abord avant de télécharger , si l’album X est sur une major ou pas avant de le pirater ?! Les artistes indépendants subissent le même traitement que Johnny Halliday.. On appuie sur le bouton Download et basta. la majorité des gens ne savent même pas ce qu’est la différence entre major, indé, ni comment tout cela fonctionne.



De plus, c’est aux artistes floués de régler leurs comptes avec leur maison de disques, et non pas au public de faire les "vigilante" à la Clint Eastwood à leur place.



- "Second point, qui aujourd’hui a envie d’acheter un cd pour ensuite se prendre la tête à casser les protections et le convertir pour, au final, l’écouter sur son baladeur mp3 ?"



Quelles protections ?? Vous devez confondre avec les jeux vidéo. Avez vous déja converti un CD en mp3 ? Il suffit d’un click pour le faire !



- "Les artistes, souvent plus intelligents, sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le net, histoire d’avoir moins d’intermédiaires."



Oui, et ça n’empeche pas qu’ils sont tout aussi piratés que s’ils étaient sur Universal, car comme j’ai dit plus haut, personne ne verifie avant de télécharger, on s’en fiche que l’artiste soit auto-produit sur ses propres économies, ou à coup de millions de dollars par Universal.



Cet argument du militantisme des P2Pistes est complétement bidon, et tout juste bon à tenter de se déculpabiliser.



- "Tapez sur la gauche, c’est devenu très facile. Ce n’est même plus drôle. Il n’y a guère que les sarkophiles acharnés pour y prendre encore du plaisir."



Franchement on n’a vraiment pas besoin d’être sarkophile pour voir la gauche s’enfoncer, elle y arrive très bien tout seule. Tout ce que fait Christian Paul et cie, c’est de faire de la récupération, d’essayer d’avoir l’air sympa sans proposer aucune solution réelle evidemment, puisqu’il n’en n’a pas. (et qu’au fond la gauche se fiche royalement de tout ça ).

humplop 6 mars 2009

@PlusPlus



bien sûr qu’il y a des protections sur les CD audio ! de plus en plus, et même des fourbe, exemple du logiciel installé sur l’ordinateur avec je ne sais plus quel CD de chez Sony, cela à fait tellement de bruit, que Sony a expliqué comment enlever ce cheval de troie !



Sur les cd actuels, à l’arrière c’est explicitement indiqué.

capello 6 mars 2009

Les protections existent bel et bien, même si certains distributeurs ont baissé les bras. Mais surtout, comment puis-je acheter de la musique pour la mettre directement sur mon mp3 ?
C’est bien simple : je ne peux pas. Si on ne s’y connaît pas en conversion de format, on ne peut accéder au musique qu’en les téléchargeant. CQFD.



Effectivement, les "pirates" téléchargent tout car tout est à portée. Mais ils n’achèteraient pas tout, évidemment. Même presque rien. Pour ma part, j’ai découvert certains artistes en téléchargeant, alors que je ne voulais pas dépenser 20€ pour un cd. Aujourd’hui, on trouve des albums à 6€, je ne me prive pas de les acheter, même des inconnus.
Mais je veux arrêter la technologie cd et je ne trouve rien en mp3...



Quant aux artistes, les "vrais" ont compris que le support n’est pas la finalité de leur métier, mais bien la scène. Et contre cela, les majors ne peuvent rien.

 6 mars 2009

>"Quant aux artistes, les "vrais" ont compris que le support n’est pas la finalité de leur métier, mais bien la scène. Et contre cela, les majors ne peuvent rien."



je croyais ce vieux cliché disparu...



La scène et le disque sont DEUX choses DIFFERENTES.



Le cinéma est-il moins légitime que le théatre parce qu’il n’est pas joué en direct ?
La technologie du cinéma permet des choses que le théatre ne permet pas, et vice-versa.



Les techniques modernes du studio permettent des choses impossibles à reproduire sur scène, et la scène permet des sensations difficiles à reproduire sur un disque. Chacun à sa parfaite légitimité.



Ou alors il faudrait imposer à tout les peintres de faire leur tableau en direct, aux romanciers de les écrire en direct devant un public, etc.. pour qu’ils soient dans la "finalité de leur métier"..

PlusPlus 6 mars 2009

> Les protections existent bel et bien, même si certains distributeurs ont baissé les bras. Mais surtout, comment puis-je acheter de la musique pour la mettre directement sur mon mp3 ?
C’est bien simple : je ne peux pas. Si on ne s’y connaît pas en conversion de format, on ne peut accéder au musique qu’en les téléchargeant. CQFD.



@capello : Euh.....Avez vous déja entendu parler de iTunes, eMusic, AmazonMp3, FnacMusic, VirginMega, Jamendo, etc.. ?


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