La bataille des audiences fait rage dans la presse en ligne
Trois, quatre millions, et plus ... Les sites d’information en ligne issus des grands quotidiens rivalisent de communiqués rageurs pour convaincre qu’ils sont les premiers de leur catégorie. Une "guéguerre" peu reluisante qui va contre l’esprit du Web et ne cherche qu’à séduire des annonceurs désemparés.
Il y a un côté Jacques Martin à l’Ecole des Fans dans la dispute que se livrent pour la place de numéro un les journaux en ligne Lefigaro.fr et Lemonde.fr. Régulièrement, les deux phares de la presse d’opinion traditionnelle s’invectivent à grands coups de communiqués triomphants, revendiquant bien sûr à chaque fois le leadership. Nouvelle cocasserie donc, ce matin Le Figaro se fendait d’un papier sur son audience, qui à en croire Médiamétrie/NetRatings a atteint 3,17 millions de visiteurs uniques au mois de juin, "dépassant pour la première fois" celle du Monde - L’audience du Figaro mesurée par Médiamétrie prend en compte une flopée de sites adjacents comme Madame Figaro, ou même Explorimmo !
Evidemment, cette attaque ne pouvait rester impunie. Le Monde a donc tout naturellement contre-attaqué ce matin par un communiqué qui, cela va de soi, ne laisse guère de place au doute : "Lemonde.fr, premier site français d’information avec 37,8 millions de visites en juin 2008 selon l’OJD, propose désormais une nouvelle page d’accueil. Pour Lemonde.fr, l’objectif est de mieux remplir son ambition : offrir toute l’actualité au moment de la connexion". Pan sur le bec !
Alors qui croire et quelles sont les véritables audiences des journaux en ligne en France ? Médiamétrie pratique la méthode dite des panels, qui consiste à recruter, le plus souvent par téléphone, des milliers de personnes susceptibles de représenter la population française dans toute sa diversité - 9 000 en tout avec une montée en charge à 25 000 à la rentrée. L’OJD n’est pas sur ce terrain-là. En pratique, cet organisme ne mesure rien, mais valide des méthodes et publie les chiffres des sites qui les suivent à la lettre. Deux thermomètres donc, et forcément deux températures pour des malades régulièrement pris en surchauffe ou en plein dopage d’audience, mais quoi de plus normal en cette période de Tour de France.
Alexa pour les mettre d’accord
Il existe bien des manières de gonfler une audience sur le Net. La première et la plus répandue dans les sites d’information, du Figaro à Europe 1 en passant par Le Monde, consiste à acheter auprès des moteurs de recherche des "mots-clés". Des emplettes de mots-clés biens ciblées permettent de faire grimper l’audience et aussi de fidéliser une partie des nouveaux lecteurs. Une autre façon de gonfler l’audience est tout bonnement d’être présent sur tous les événements, même les plus insignifiants, et donc de relayer sur son site toute l’actualité, toutes les actualités, sans distinction. Une course à la quantité qui répond en fait à une particularité des moteurs de recherche ou des agrégateurs qui, eux aussi, privilégient la quantité sans égards ou presque pour la qualité.
Il y a fort à parier que Lemonde.fr comme Lefigaro.fr sont passés maîtres dans cette capacité à grappiller les internautes. Mais il existe toutefois sur Internet des outils de mesure plus ou moins fiables. L’un d’eux se nomme Alexa. Les indices d’audience sont pour la plupart libres et publics. Et justement, le moteur de visualisation des audiences d’Alexa concernant les deux sites rivaux de la presse est fort instructif. Sur les trois indicateurs clés - nombre de visites, pages vues et classement -, les courbes des deux sites sont quasi parallèles, avec une domination nette du Monde. Plus inquiétant en revanche, les deux compères affichent une audience stable sans aucune hausse notable, et cela sur plusieurs mois. Alors comment expliquer cette différence forte entre un outil de mesure purement statistique et technologique et les chiffres glorieux publiés par les deux sites ? On peut certainement déceler là tous les signes d’une guerre locale, franco-centrique, sans relation avec la réalité du Web actuel. Avec comme unique but, de convaincre des annonceurs locaux de la puissance de son média face à la concurrence.
