La Sacem montre les dents
Alors que les recettes sur l’année 2007 sont en très légère augmentation mais que le marché du disque s’effondre, la Sacem a décidé de mettre les points sur les "i" avec les opérateurs de télécommunication accusés de faire un double profit au détriment des auteurs. Le premier fut réalisé lors de la promotion du piratage pour développer les accès haut débit, et le second concerne les offres de téléchargement illimités.
"No more Mr nice guy" ! La phrase résonne comme une menace brandie par Laurent Petitgirard, le président du conseil d’administration de la Sacem. "Fini les amabilités", prévient-il, "désormais si les producteurs de musique et les opérateurs de télécommunication veulent lancer une offre sur la musique il faudra qu’elle passe par nous avant. Dans le cas contraire, on n’écarte aucune possibilité d’action".
La colère du président du conseil d’administration de la société des auteurs et compositeurs tranche avec l’ambiance raffinée, presque british, de ce rendez-vous annuel avec les journalistes. C’est que l’heure est grave. Pour Bernard Miyet, le président du directoire, et Laurent Petitgirard, il n’est plus temps de prendre des gants avec les labels, les télécoms, voire les politiques. Plus question d’attendre, il y a le feu à la maison.
Premier indicateur, les sommes perçues par la vénérable société sont en baisse et l’avenir s’annonce obscur à plus d’un titre. En 2006, les perceptions avaient diminué de 0,2%, et 2007 a clôturé avec une hausse de 0,4%, mais comme le précise Bernard Miyet "à franc constant, et compte tenu de l’inflation, les recettes diminuent d’une année sur l’autre". Une baisse qui s’explique par un retrait de 7,7% (119 millions d’euros) des perceptions sur la musique enregistrée, dû à l’effondrement des ventes de CD. Les ventes numériques sont encore très loin de compenser cette perte. L’internet n’est d’ailleurs pas la planche de salut tant espérée. Avec un total de 10 millions d’euros sur l’année, les recettes Sacem de la musique dématérialisée font piètre figure.
Concerts en hausse
Les droits sur les médias audiovisuels bien qu’en baisse représentent la part du gâteau la plus importante avec 257,2 millions d’euros (-1,6%). En revanche, l’argent perçu sur l’activité des radios est en hausse de 1,4% à 55 millions d’euros. En hausse aussi, les droits généraux représente 33,5% des perceptions globales de la Sacem et affichent une progression 5,2%. Quant aux revenus générés par la "sonorisation" des restaurants, magasins et autres, ils sont aussi en bonne forme avec une croissance de 5% de 2006 à 2007. Le meilleur pour finir, les recettes des concerts, qui sont incluses dans les droits généraux, font un bond de 8,7% à 62,8 millions d’euros, confirmant la bonne santé de la scène en ces temps troublés pour l’industrie de la musique.
Cependant, le président de la Sacem est inquiet. Le début de l’année 2008 montre un véritablement effondrement des recettes d’un peu plus de 5%. Si ce déclin se confirme, 2008 pourrait bien être une année noire pour les sociétaires. Qu’à cela ne tienne, la Sacem poursuit son programme de modernisation, notamment sur l’informatique. Les coûts de gestion sont aussi maîtrisés explique Bernard Miyet, "nos charges ont baissé de 1,21%, cette année. Les salaires sont en hausse de 0,76%. Les ressouces ont également baissé. Aucun taux de perception n’a monté, au contraire, on les a baissés. Nos produits financiers se sont bien tenus. Le taux de prélèvement moyen a baissé de 15,48 à 15,18%".
70 000 euros de recettes pour Deezer
Et le coup de gueule de Laurent Petitgirard dans cette avalanche de chiffres... Il est dirigé vers les opérateurs de télécommunication, SFR ou Orange : "Nous souffrons parce que nous pensons que les auteurs ne sont pas au centre de tous les problèmes actuels. Nous sommes toujours consultés a posteriori. A chaque fois qu’on voit une offre mirobolante lancée par tel ou tel opérateur, on est obligé de courir après". Une allusion à peine masquée aux offres d’abonnement avec téléchargement illimité qui fleurissent actuellement, et sur lesquelles la Sacem ne touche pour l’instant rien. "Nous sommes en discussion avec SFR, on les voit d’ailleurs cet après midi", explique Catherine Kerr-Vignale, directrice des relations avec la clientèle. Mais le contrat n’est pas encore signé, loin de là, car il bute sur les sommes minimales à percevoir. La Sacem veut un tarif plancher fixé à 70 centimes par abonnement, ce que refusent les opérateurs. Autre sujet épineux, le site Deezer qui a versé 70 000 euros sur les six derniers mois de son activité, fruits d’un partage des revenus publicitaires avec la société des auteurs. "Mais comment les répartir", lance Laurent Petitgirard, qui sait que comparé aux quantités considérables d’oeuvres écoutées sur Deezer, cela ne représenterait au final que quelques centimes reversés aux ayants droits. Autant dire que ce n’est rentable pour personne. "Les outils doivent être très performants sur internet pour répartir au mieux le produit des oeuvres alors que le marché est balbutiant", s’enflamme Bernard Miyet.
Au sujet de la loi "Internet et Création", le président du directoire a qualifié le texte de "pari sur l’avenir". Un rendez-vous est prévu bientôt avec Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée, afin de déminer le terrain politique. Mais là aussi, la visibilité reste très réduite, pour ne pas dire inexistante. Et le spectre de la Dadvsi rôde encore.
