La Mafia au coeur du débat politique italien
Au moment où Gianfranco Fini fait, comme tant d’autres, des relations étroites entre la Mafia et l’Etat, les menaces de mort se font de plus en plus précises à l’encontre de ceux qui s’apprêtent à faire des révélations sur cette question.
L’onde de choc provoquée par le divorce entre Gianfranco Fini et Silvio Berlusconi réveille les démons les plus enracinés de l’Italie. Comme à l’époque des années de plomb, la Mafia, l’exigence de justice reviennent au premier rang de la scène. Le débat est entrenu par Fini, le président de la chambre des députés, relayé, comme toujours, par La Reppublica, Il Fatto Siciliano et, dans une moindre mesure, L’Unita et enrichi par les juges.
La gauche, le centre gauche sont absents. Pier Luigi Bersani, secrétaire du Parti Démocrate appelle à des élections anticipées et des alliances électorales mais se garde bien de porter une critique de fonds sur la complicité que l’Etat italien entretient avec la mafia.
Pourtant, l’opinion publique qui s’est désintéressée de la politique, reste extrêmement mobilisée quand il est question de cette organisation criminelle. Silvio Berlusconi a d’ailleurs assis son pouvoir, voici dix-huit ans déjà, en incarnant le retour de la paix civile. Ce calme est-il consécutif à des négociations secrètes entre l’Etat et la Mafia qui aurait suivi les vagues d’attentats ? Cette question est posée de plus en plus clairement.
Les héros sacrifiés
A l’occasion du 18ème anniversaire de l’assassinat du juge Borsellino, via d’Amelio, à Palerme, Gianfranco Fini, affirmait le 19 juillet dernier : "personne ne contestera le fait qu’il y a à l’intérieur de l’Etat une présence de type mafieux. Il est clair que l’attentat d’Amelio n’est pas seulement l’œuvre de la mafia. Il est temps d’interroger sa conscience et de se dire que si l’on veut être un professionnel de l’anti-mafia, cela suppose un engagement quotidien, moral et politique. Tout ce qui permet d’établir une éventuelle collusion avec la mafia est un devoir absolu qui dépasse les divisions politiques".
Puis, à la question posée par l’assistance de savoir ce qu’il pensait de la déclaration du sénateur Marcello dell Utri, bras droit de Silvio Berlusconi estimant que Vittoria Mangano, le professeur d’équitation de Silvio Berlusconi et criminel reconnu, était un héros, Gianfranco Fini a répondu qu’"il n’était pas un héros mais un citoyen italien condamné pour activité mafieuse. Les héros sont ceux qui se sont sacrifiés pour l’Italie". A savoir les juges Falcone et Borsellino dont l’enquête sur l’assassinat revient au premier plan depuis que les substituts Giuseppe Nicolosi et Alessandro Crini ont élargi leur enquête à l’encontre du sénateur et du président du Conseil, Silvio Berlusconi.
Les juges pourront-ils recueillir suffisamment de preuves pour instruire un procès à charge à l’encontre du président du conseil et du sénateur ? Vont-ils faire tomber d’autres têtes. La crainte que cela puisse être le cas expliquerait notamment la sordide lettre de menaces accompagnée d’une balle de kalachnikov que Vitandrea Ciancimino, fils de Massimo Ciancimino, âgé de cinq ans, a reçue le 8 août dernier avec ces mots : "La faute du père infâme retombera sur le fils".
Balle de kalachnikov
Massimo, fils de l’ancien maire de Palerme, ami reconnu du clan Corleone, aujourd’hui démantelé et, plus récemment, de Bernardo Provenzano, s’apprêtait à faire paraître un livre aux éditions Feltrinelli relatant 40 ans d’histoire secrète de relations entre l’Etat et la Mafia. Des chapitres entiers sont consacrés à Toto Riina, aux rapports entre les services secrets italiens et Cosa nostra, au sénateur Marcello dell Utri, aux attentats de Rome et Milan, à la création de Forza Italia. Un livre qui promet, dans tous les sens du terme, d’être explosif ! En apprenant les menaces qui pesaient sur le fils Ciancimino et à la demande de ce dernier, l’éditeur a décidé, le 12 août, de différer la sortie de cet ouvrage intégralement rédigé.
Lorsque l’on connaît la détermination de Feltrinelli, éditeur engagé s’il en est, il est difficile d’imaginer qu’il passe ce livre sous l’éteignoir.
De toute évidence, la classe politique de droite redoute toutes les révélations qui vont désormais être faites et tente de déplacer le débat sur le terrain de la fraude immobilière. Silvio Berlusconi relance le débat sur un appartement actuellement occupé par Gianfranco Fini qui aurait été acquis par son parti l’Alliance Nationale via une société off shore. Et Gianfranco Fini réplique en s’interrogeant sur les conditions d’acquisition de la propriété d’Arcore, en Lombardie, la demeure de 3500 m2, érigée sur un terrain de 100 hectares de Silvio Berlusconi où a longtemps vécu Vittoria Mangano. On n’en sort décidément pas.
