La 3D relief fait son Cirque
Cinéma, sport, le relief est partout et sur toutes les lèvres et donc, presque naturellement, aussi au cirque. Le Festival International du Cirque de Massy a eu l’initiative de procéder à une captation en 3D relief du spectacle de sa 18e édition. Le résultat sortira le 26 mai dans une sélection de salles de cinéma équipées en numérique 3D. Ambition du projet qui se positionne en exclusivité mondiale sur ce créneau : "Redonner sa place aux arts vivants". AVANT-PREMIERE…
Pour définitivement convaincre de l’immersion provoquée par le relief, la projection presse d’Une Nuit au Cirque 3D a eu lieu au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris. Le temple parisien du cirque peu habitué à se transformer en salle de cinéma. Une toile un peu chiffonnée tendue au-dessus de la piste heureusement désertée, des lunettes actives Xpand désormais bien connues distribuées aux invités installés dans les gradins en face, et le tour de piste est presque joué.
Sur la piste du relief
Presque rien à redire, même dans des circonstances aussi singulières, peu adaptées, et devant un spectacle de cirque sans surprise, le relief fait encore son petit effet. À cause de la distance séparant la toile blanche des spectateurs dans la majestueuse salle Bouglione, l’écran se révèle un peu petit pour provoquer l’irrésistible effet de plongée dans une vitre sans fin comme dans une grande salle de cinéma. Mais, même réduit ainsi, le relief garde son sens. C’est à dire qu’il épate en violant des sens que l’on croyait acquis. Un effet relief d’autant plus troublant quand il concerne des vrais décors et des vrais humains. L’abondance de films relief en images de synthèse (Dragons le dernier en date, Shrek 4 et Toy Story 3 bientôt) finit par déréaliser un procédé destiné à devenir de facto la façon de filmer et de voir films avec vrais acteurs, comme dans Avatar (il y en a), et spectacles ou retransmissions sportives comme bientôt Roland Garros et La Coupe du Monde de Football (via quelques canaux privilégiés en France et surtout en Angleterre et aux USA). Avec un léger différé qui augure d’un proche futur où de tels spectacles seront directement retransmis en 3D, l’initiative plus intelligente que simplement opportuniste du film Une Nuit au Cirque en 3D sert ainsi de démonstration et de tremplin vers le futur.
Quand le futur se construit sur la tradition
Un rien désuet, pour ne pas dire ringard, depuis l’avènement des nouveaux cirques tels, parmi d’autres, ceux des troupes du Cirque du Soleil canadien ou les shows équestres Zingaro de Bartabas, le cirque traditionnel méritait bien une réactualisation. À défaut de changement de programme, la technologie offre l’occasion d’un nouveau regard. Trapézistes, équilibristes, dresseurs, clowns, contorsionnistes… si les 13 jolis numéros inclus dans les 2h du film séduisent, ils ne font que décliner de très anciennes recettes. L’exploitation plan-plan, voire humiliante, d’animaux exotiques (zèbres, chameaux, buffles, lions et tigres), par exemple, n’a sans doute plus sa raison d’être au XXIe siècle où n’importe qui peut découvrir la faune mondiale grâce à une multitude de documentaires au cinéma, en DVD/Blu-ray ou sur Internet. À défaut de changer la nature de la tradition, la captation en 3D a le mérite de réveiller une curiosité autour d’un spectacle que l’on vit d’ordinaire, ou tolère, à travers l’émerveillement facile de ses enfants. L’avenir technologique promis par le relief, ou plutôt son évidence, trouve ici un nouvel argument de poids quand il s’appuie sur une tradition aussi forte que le cirque qui, sans rien changer à son héritage, se redécouvre avec de nouveaux yeux.
2D, 3D, tout à revoir
Respectueux de leur matériau original, les deux coréalisateurs Olivier Kauffer et Fabien Remblier avouent avoir dû revoir leur habituelle grammaire de captation en 2D et découvrir celle que réclame le relief. Tourné en quatre jours avec trois caméras, placées à différents angles chaque jour, finissant par créer 12 angles différents, le spectacle a nécessité un travail de montage et de calage inhabituel. Même sans utiliser des caméras stéréoscopiques natives (à double objectif) encore rares et chères, la captation a vraiment été faite en 3D stéréoscopique en mettant, de façon presque artisanale, deux caméras côte à côte, une pour chaque œil. L’accentuation ou l’allégement de l’effet de relief (en faisant varier l’écartement des deux objectifs jumelés) a donc été décidé au tournage et aura peu été revu en postproduction, expliquent les réalisateurs. Il en résulte des impressions inégales de relief que les auteurs ont dû découvrir et apprécier eux-mêmes au fur et à mesure du tournage.
Sobriété prudente
La sobriété parfois excessive du filmage qui évite tous les effets faciles et des mouvements de caméras brusques inscrit avec intelligence le spectacle dans la durée (il y aura dans les salles un entracte à mi chemin pour respecter et mimer le rythme du cirque lui-même et de son public familial). Les conditions physiques propres à un spectacle de cirque occasionnent des découvertes, des surprises et des déceptions difficiles à prévoir, ou peut-être à corriger, derrière les objectifs 3D. Même gérés avec finesse et furtifs, les incontournables barreaux des cages à fauves au premier plan font presque inévitablement loucher. Suivi par un spot de lumière sur le fond noir du chapiteau, la danse acrobatique aérienne d’une athlète se perçoit à peine en relief en l’absence d’arrière plan. En relief flagrant, en revanche, les vues d’ensemble immobiles qui embrassent d’un seul regard une partie du public de dos dans le noir, la piste et ses performers suréclairés provoquent un curieux effet d’irréel plutôt que l’immersion recherchée. Le spectacle évoque alors ces boules en verre, objet touristique classique, qui tiennent dans la main où des figurines se dressent au milieu d’un décor factice cherchant à faire magique. Il ne manque que la pluie de neige artificielle ou les paillettes pour confirmer cette illusion sous cloche. Les intermèdes de nuées d’étoiles en 3D que jouent le film entre chaque numéro s’en font l’écho.
La 3D aux étoiles
Les réalisateurs s’en félicitent. Décidée très vite, avec quatre semaines seulement de préparation puis presque trois mois de post production, malgré toutes les découvertes liées aux nouveaux procédés de tournage, la production 3D n’aura pas dépassée en durée celle d’une production 2D. Quant à l’augmentation du budget lié à la 3D, affirme la production, elle ne dépasse pas les 20 à 30 %. Un surcoût que personne ne doit regretter à l’heure qu’il est. Grâce à la 3D décidément hypnotique dans toutes les strates de la population, des spectateurs aux décideurs, l’engouement pour le projet semble dépasser les espérances des producteurs. Diffusion en salle de cinéma, intérêt des chaines de télévision alors même que les canaux de diffusion 3D n’existent pas en France, projet de Blu-ray 3D d’ici la fin de l’année, la demande pour la 3D est telle et le manque de programmes si patent, que toute nouvelle initiative est accueillie à bras ouverts. Et c’est ainsi que sans rien changer à sa formule sans doute trop traditionnelle, grâce au relief, le cirque se retrouve tout à coup dans le peloton de tête de la modernité technologique. Tambours...
Photo de Une © Christian Hamel
