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Le Monde : Protestation de la rédaction

Le 18 Juillet 2011 dans Old fashion media par Carmen Blanchetti

La tension ne cesse de monter au sein du quotidien du soir. La Société des Rédacteurs du Monde vient d’écrire à son directeur, Erik Izraelewicz, pour se plaindre que l’on ait confié la série d’été, à sa demande, à une journaliste de La Tribune, en l’occurrence, la correspondante de ce journal à Bruxelles.

La tradition au sein de ce journal voulait que les séries, comme les enquêtes, fassent l’objet d’un appel d’offres. Et c’est seulement dans l’hypothèse d’une absence de réponse que le patron de la rédaction pouvait faire appel à une collaboration extérieure. Dans ce cas précis, il n’y aurait eu aucun appel d’offres. Cette affaire intervient après l’embauche d’Eric Beziat, ancien directeur artistique de La Tribune et de Jean-Baptiste Jacquin, ancien chargé des Technologies et des Médias à La Tribune. Cette protestation peut s’interpréter comme un mouvement de défiance ou une crainte manifestée à l’encontre des dirigeants du Monde qui voudraient reconstituer une nouvelle rédaction. Le fait que certains journalistes aient eu vent de la prolongation, à titre officieux, de la clause de cession pour ceux qui le désireraient renforce cette suspicion. Michel Kajman et Jean-Jacques Bozonnet ont été invités à quitter le journal, tout comme Marie-Claude Descamps à l’international. Stéphane Lauer a rendu ses galons, tandis que Nathaniel Herzberg à la Culture quitte son poste à sa demande. Il est remplacé par Laurent Carpentier, pigiste du Monde Magazine qui s’est occupé d’Aden et qui bénéficie de la protection de Didier Pourquery. Le service qui proposait une candidate n’a pas été écouté.
Absence de concertation, manque de communication entre la direction et les journalistes, toujours est-il que le fossé ne cesse de s’élargir. Ce qui va compliquer la tâche de Marie-Pierre Lannelongue qui voudrait faire évoluer Le Monde Mag vers une tonalité plus ambitieuse avec comme exemple des titres comme T (magazine du New York Times) ou Semanal (titre de El Pais). Ou de Serge Michel, ancien rédacteur en chef du Temps, chargé du rapprochement du print et du web.
Signe de cette tension, la SRM vient d’envoyer à ses membres le communiqué suivant :

« Chers Associé(e)s,

Le Monde prévoit de publier, à partir du 26 juillet, un feuilleton d’été sur l’euro. La rédaction de cette fiction journalistique en douze volets a été confiée à une consoeur travaillant en particulier pour un autre titre de la presse quotidienne nationale. Cette consoeur en a proposé le sujet et elle pourrait signer cette série d’articles sous pseudonyme. Le Conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde tient à exprimer sa vive opposition à cette décision éditoriale.
Celle-ci est dommageable à plusieurs titres. D’une part, elle a un effet profondément démobilisateur pour les rédacteurs et les services chargés de couvrir les affaires européennes et en particulier l’actualité de la zone euro. Ces derniers n’ont pas été sollicités ou consultés sur ce projet, demeuré « secret » jusque tout récemment. D’autre part, l’utilisation d’un pseudonyme reviendrait implicitement à faire endosser la responsabilité de cette série de textes à la rédaction du Monde.

Nous souhaitons que, si cette série est publiée, il soit bien précisé que notre consoeur n’est pas membre de la rédaction du Monde et qu’elle écrit sous un pseudonyme. »

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7 Commentaires

  1. Bouli le 18 juillet 2011

    Il est possible que cette journaliste soit (avec cette série d’été) en période d’essai pour peut-être finir par être embauchée au sein de la rédaction du Monde ?



  2. Lulu77 le 18 juillet 2011

    Choisir une fiction sur l’Euro cet été. Qui a eu cette idée ?



  3.  le 19 juillet 2011

    Je sais bien que beaucoup de journalistes de talent ont quitté Le Monde. Mais de là à dire qu’il n’y a plus personne pour écrire une série d’été... Ou bien la nouvelle direction n’a pas confiance en ses journalistes ou bien elle veut dégoûter le maximum de rédacteurs pour les pousser vers la porte de sortie. En tout cas, elle réussit très bien à dégoûter ses lecteurs.



  4. Philippe Kieffer le 19 juillet 2011

    Un grand moment de "protectionnisme" éditorial, révélateur de l’autarcie où végète Le Monde.



  5. Lulu77 le 19 juillet 2011

    L’effet Minc perdure.



  6. Thierry le 19 juillet 2011

    Gentille façon de "cramer" le pseudonyme de la journaliste, votre chapeau...



  7. Michel KAJMAN le 1er août 2011

    Ah, le bon vieux verre à moitié vide ou à moitié plein... Si Carmen Blanchetti avait pris la peine de me contacter, j’aurais pu lui préciser que je n’ai pas été exactement "invité à quitter le journal", même si je n’appartiens plus à sa rédaction, c’est exact, depuis hier 31 juillet. Membre de la rédaction en chef et/ou de de la direction de la rédaction pendant seize ans, j’ai bien été "invité", au cours d’un entretien difficilement extorqué au directeur, Erik Izraelewicz (cinq minutes, montre au poignet !), mais à redevenir rédacteur à la base. Proposition évidemment absurde, inacceptable. J’aurais voulu pouvoir discuter sereinement, un peu plus de cinq minutes, de fonctions compatibles avec mes trente-six années d’expérience, dont près de dix à la tête des pages Débats et cinq passées à prendre ma part de l’édition de l’ensemble du journal. Plein de bonne volonté, j’ai demandé à trois reprises la prolongation de deux ou trois mois de la clause de cession, afin de donner, pour moi et d’autres, bien sûr, un peu de temps au temps.Demande refusée. C’est pourquoi je ne lis pas sans étonnement votre évocation d’une "prolongation, à titre officieux, de la clause de cession pour ceux qui le désireraient".Alors, à qui imputer ce "processus" ? Diaphane ersatz d’un directeur qu’il aura peine à incarner vraiment, Erik Izraelewicz ne ferait, je crois, aucun mal à une mouche. Et aucune mouche n’aurait l’idée baroque de le piquer : à quoi bon ? Il faut peut-être chercher ailleurs. Pour s’être clairement opposé aux méthodes aussi brutales que souriantes de Louis Dreyfus, seul vrai maître, après les propriétaires, du "Monde", Eric Fottorino, alors directeur, a été chassé comme un chien galeux. Petite devinette : qui d’autre a manifesté la même ferme hostilité auxdites méthodes ?



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