Le Monde : Protestation de la rédaction
La tension ne cesse de monter au sein du quotidien du soir. La Société des Rédacteurs du Monde vient d’écrire à son directeur, Erik Izraelewicz, pour se plaindre que l’on ait confié la série d’été, à sa demande, à une journaliste de La Tribune, en l’occurrence, la correspondante de ce journal à Bruxelles.
La tradition au sein de ce journal voulait que les séries, comme les enquêtes, fassent l’objet d’un appel d’offres. Et c’est seulement dans l’hypothèse d’une absence de réponse que le patron de la rédaction pouvait faire appel à une collaboration extérieure. Dans ce cas précis, il n’y aurait eu aucun appel d’offres. Cette affaire intervient après l’embauche d’Eric Beziat, ancien directeur artistique de La Tribune et de Jean-Baptiste Jacquin, ancien chargé des Technologies et des Médias à La Tribune. Cette protestation peut s’interpréter comme un mouvement de défiance ou une crainte manifestée à l’encontre des dirigeants du Monde qui voudraient reconstituer une nouvelle rédaction. Le fait que certains journalistes aient eu vent de la prolongation, à titre officieux, de la clause de cession pour ceux qui le désireraient renforce cette suspicion. Michel Kajman et Jean-Jacques Bozonnet ont été invités à quitter le journal, tout comme Marie-Claude Descamps à l’international. Stéphane Lauer a rendu ses galons, tandis que Nathaniel Herzberg à la Culture quitte son poste à sa demande. Il est remplacé par Laurent Carpentier, pigiste du Monde Magazine qui s’est occupé d’Aden et qui bénéficie de la protection de Didier Pourquery. Le service qui proposait une candidate n’a pas été écouté.
Absence de concertation, manque de communication entre la direction et les journalistes, toujours est-il que le fossé ne cesse de s’élargir. Ce qui va compliquer la tâche de Marie-Pierre Lannelongue qui voudrait faire évoluer Le Monde Mag vers une tonalité plus ambitieuse avec comme exemple des titres comme T (magazine du New York Times) ou Semanal (titre de El Pais). Ou de Serge Michel, ancien rédacteur en chef du Temps, chargé du rapprochement du print et du web.
Signe de cette tension, la SRM vient d’envoyer à ses membres le communiqué suivant :
« Chers Associé(e)s,
Le Monde prévoit de publier, à partir du 26 juillet, un feuilleton d’été sur l’euro. La rédaction de cette fiction journalistique en douze volets a été confiée à une consoeur travaillant en particulier pour un autre titre de la presse quotidienne nationale. Cette consoeur en a proposé le sujet et elle pourrait signer cette série d’articles sous pseudonyme. Le Conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde tient à exprimer sa vive opposition à cette décision éditoriale.
Celle-ci est dommageable à plusieurs titres. D’une part, elle a un effet profondément démobilisateur pour les rédacteurs et les services chargés de couvrir les affaires européennes et en particulier l’actualité de la zone euro. Ces derniers n’ont pas été sollicités ou consultés sur ce projet, demeuré « secret » jusque tout récemment. D’autre part, l’utilisation d’un pseudonyme reviendrait implicitement à faire endosser la responsabilité de cette série de textes à la rédaction du Monde.
Nous souhaitons que, si cette série est publiée, il soit bien précisé que notre consoeur n’est pas membre de la rédaction du Monde et qu’elle écrit sous un pseudonyme. »
