L’ancien patron de Têtu entre au Monde (màj)
Pierre Bergé a obtenu que Thomas Doustaly qui a quitté le magazine dans des circonstances non éclaircies vienne s’occuper de l’offre du week end.
Une armée de généraux
Fidèle jusqu’à la déraison. Pierre Bergé ne lâche jamais ses amis quels que soient les reproches justifiés ou non qu’ils suscitent. Thomas Doustaly, ancien directeur de la rédaction de Têtu jusqu’en 2007, fait partie de ceux qui ont la chance d’appartenir à ce cercle rapproché des amis de Pierre Bergé.
L’ancien patron d’Yves Saint-Laurent est, en effet, intervenu auprès des autres actionnaires du Monde afin qu’il soit nommé chargé de réflexion pour concevoir la nouvelle formule du magazine de fin de semaine. Louis Dreyfus, président du directoire et Erik Izraelewicz, directeur du Monde, ne se sont pas opposés à cette arrivée qui soulève des questions d’ordre interne et personnel.
Marie-Pierre Lannelongue, ancienne responsable des pages féminines du Nouvel Observateur, dont Louis Dreyfus avait eu, lorsqu’il en était le directeur général, tout le loisir d’apprécier les compétences a rejoint Le Monde pour faire évoluer l’offre de fin de semaine. L’arrivée de Thomas Doustaly la met en porte à faux et accroît le doute sur les responsabilités qui lui sont dévolues.
Elle plonge dans le plus grand embarras Didier Pourquery qui était officiellement l’homme chargé de mettre au point la nouvelle formule du week-end et qui n’aura plus la haute main sur ce projet. Si les actionnaires du Monde ne tranchent pas rapidement en sa faveur, Didier Pourquery quittera le journal. Il est d’ailleurs en pourparlers avec d’autres titres de la presse quotidienne gratuite comme payante.
Enfin, la prise de fonctions de Thomas Doustaly risque de soulever de nombreuses vagues dans la mesure où Rue89 avait lancé une enquête à charge en 2007 et 2008 contre lui, révélant qu’il gagnait 12 000 euros bruts par mois.
Un personnage controversé
A la suite de six licenciements et d’une tentative de suicide au sein de la rédaction de Têtu, Augustin Scalbert avait, en effet, écrit : "Alerté par un lecteur, Rue89 a pu joindre ou rencontrer quatre des six derniers licenciés, qui souhaitent garder l’anonymat.
Ils dénoncent unanimement l’ambiance « délétère » qui règne dans le journal. En cause, selon eux : le directeur de la rédaction, Thomas Doustaly, dont le comportement est jugé « autocratique », « injuste », « autoritaire », « humiliant », « méprisant », « irrationnel ». Le terme de « harcèlement moral » est lâché".
Usant de son droit de réponse, Thomas Doustaly avait envoyé ce texte à Rue89 : "Le procédé de l’anonymat des “anciens collaborateurs” ayant contribué à la rédaction de cet article est inacceptable au regard de la sévérité des accusations rapportées".
Ce qui lui avait valu cette nouvelle réponse de Rue89 : "confronté aux allégations de « harcèlement moral » qui nous avaient été rapportées, M. Doustaly a spontanément évoqué ses « problèmes de santé » – allant jusqu’à en préciser la nature–, lors de l’entretien qu’il nous a accordé".
La polémique battant son plein, Pierre Bergé, propriétaire de Têtu, a pris acte du départ de Thomas Doustaly en ces termes : "Thomas Doustaly quitte Têtu. Une nouvelle difficile à croire. Thomas dirigeait la rédaction de ce journal depuis plus de dix ans. Il l’a fait avec talent, conviction et courage. Je dois lui dire ma gratitude. Aujourd’hui, il a choisi de voguer vers de nouveaux rivages, de courir de nouvelles aventures. Je lui souhaite le succès qu’il mérite et je l’accompagnerai s’il le désire comme je l’ai toujours fait. Merci"
Pierre Bergé a donc décidé quatre ans après ces événements de l’accompagner au sein du Monde, la nouvelle entreprise dont il est actionnaire.
mise à jour 11 h05 : Didier Pourquery, ancien de Libération, Info Matin, VSD, Science et Vie, et Metro, dément de la façon la plus formelle avoir pris contact avec des éditeurs de la presse quotidienne nationale gratuite comme payante.
Nous publions la réponse de la direction du Monde envoyée à 13H25 à notre rédaction :
"Ce mail fait suite à l’article que vous venez de publier sur votre site. Nous regrettons, une nouvelle fois, que vous n’ayez pas jugé utile de joindre la direction du Monde ou la direction du Magazine pour vérifier l’exactitude de vos informations. Au sein de la rédaction du Monde, Didier Pourquery, directeur adjoint des rédactions, a notamment en charge les transformations du journal du week-end et, auprès de lui, Marie-Pierre Lannelongue, comme indiqué dans l’ours du journal, est rédactrice en chef en charge du Magazine.
L’un et l’autre ont toute la confiance de la direction du Monde pour réussir ce projet qui est au cœur de notre stratégie de développement.
Par ailleurs, de manière à lancer, dès septembre, simultanément à la parution du nouveau Magazine ses déclinaisons numériques, nous avons confié une mission de quelques mois à Thomas Doustaly, afin de préparer les prolongements de notre magazine sur tablettes et mobiles.
Thomas Doustaly a travaillé, l’an dernier, aux côtés de Boris Razon, dans le cadre du cursus de l’école de journalisme de Sciences Po, sur les stratégies de développement des éditions du week-end du Monde."
