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L’affaire DSK et les journalistes : "Les Frenchies d’un côté et les Ricains de l’autre"

Le 30 Mai 2011 dans Politique par Christophe Colinet

Stéphane Jourdain, aka @daftkurt sur Twitter, le journaliste de l’Agence France Presse qui suit l’affaire DSK à New York, revient sur les deux conceptions de l’information qui s’y croisent.

ElectronLibre : Les Unes des tabloïds américains sur DSK sont terribles. Est-ce juste une question d’audace et de prise de risque pour gagner de l’audience quitte à perdre un procès ?

- Stéphane Jourdain : Je ne suis pas un spécialiste du droit de la presse aux États-Unis mais la liberté d’expression y est protégée comme un trésor. Elle est vue comme étant bien plus importante que le préjudice lié à une éventuelle diffamation. A Seattle, j’ai vu des militants arborant des affiches de Barack Obama affublé d’une moustache à la Hitler. Ce qui serait inimaginable en France est considéré comme normal ici. Par ailleurs, la presse et les journalistes sont considérés ici, à raison, comme de véritables contre-pouvoirs ce qui n’est pas le cas en France. Cela dit, tout n’est pas accepté. Le New York Post, qui est en pointe sur l’affaire DSK, a créé la polémique, il y a quelques mois après avoir assimilé Obama à un singe dans un dessin.

EL : Quelles sont les relations, à New York, entre les journalistes français et leurs confrères américains ?

- SJ : Le New York Times rigole de ces journalistes français mieux habillés, qui fument et se font la bise. Ce n’est pas complètement faux. Les journalistes TV français, notamment, font attention à la façon dont ils s’habillent. Et contrairement aux Américains, ils n’ont pas d’énormes noeuds de cravate avec une chemise col pelle à tarte. C’est vrai que les journalistes français qui couvrent les États-Unis se connaissent tous un peu et se font donc la bise. Enfin, c’est vrai qu’on fume comme des pompiers. Plus sérieusement, depuis le début de l’affaire, je suis frappé par cette légère tension qu’il y a entre journalistes français et américains. A chaque fois, il y a deux groupes distincts avec les Frenchies d’un côté et les Ricains de l’autre. Je crois que les Américains nous regardent un peu de haut parce qu’ils considèrent que nous n’avons jamais enquêté sur les moeurs de DSK et de nos politiques. De notre côté, nous leur reprochons un peu de si mal respecter la présomption d’innocence et de nous regarder de haut ! Enfin, il est vrai que beaucoup de journalistes américains ont été très choqués de voir que des médias français publiaient le nom et la photo de la victime présumée. Quand cette dernière est sortie, sous un drap, du commissariat de police, les policiers ont demandé aux photographes de ne pas faire de photo. Et c’était hallucinant de voir les photographes américains gueuler sur les Français s’ils pointaient leurs objectifs ailleurs que vers le sol...



L’intégralité de l’interview sur le site de la Nouvelle République du Centre Ouest

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