L’UPFI prépare déjà la guerre de la diversité sur les plateformes de musique
L’union des producteurs français indépendants se félicite de la croissance du marché en ligne de la musique, et veut que la diversité soit au cœur des résolutions à venir.
Hadopi ça marche. Ça ne plaît pas ? Ce serait là une autre histoire, celle de la présidentielle à venir. Le centre national de la musique sera intronisé samedi lors de la première journée du Midem, comme nous l’annoncions. Mauvaise nouvelle, la carte musique, bien qu’en version 2, ne trouve encore une fois pas son public. Qu’importe, l’argent servira pour les fondations du CNM, soit dans plus de six mois... Bref, tout ne serait pas si mal, avec un marché annoncé aux alentours de 3% de baisse, si la licence globale ne faisait pas un retour fracassant sur la scène médiatique par l’intermediaire de la contribution créative, souhaitée par une aile du parti socialiste.
Ces dossiers enfin clos, et les bonnes habitudes des internautes dans la poche en ce qui concerne la consommation de musique en ligne, l’union des producteurs francophones indépendants (Upfi), compte bien lancer le débat sur l’exposition et la diversité des catalogues sur les plateformes en ligne. Cette question est tout sauf accessoire, puisqu’elle conditionne en grande partie la survie des artistes francophones dans un univers mondialisé ou l’anglosaxon règne en maître depuis 50 ans !
le problème est le suivant pour les producteurs de terroir : comment faire entendre raison à des acteurs qui pèsent des centaines de milliards de dollars ? Et accessoirement, est il raisonnable de ne se reposer que sur les plateformes nées sur le même sol que soi ? Pour Stéphane Bourdoiseau, le président de l’Upfi, le numérique "c’est la concentration", mais il n’y a pas de grands changements à prévoir, "nous avons su négocier et obtenir des radios, des distributeurs par le passé des pratiques raisonnables, en utilisant des quotas, notamment. Cela ne devrait être guère différent sur le Net". Autrement dit, le jour où cela deviendra urgent, il sera temps de mettre en place les éléments législatifs adéquats, et notamment une forme de quotas. Et si cela n’est pas nécessaire, l’upfi garde de côté avec hardiesse les différents outils juridiques capables de mettre la concurrence là où il y a mauvaise volonté évidente. Il sera alors temps pour les politiques de se saisir d’un sujet qui met en jeu la survie de la culture francophone au sens le plus strict.
400 milliards
C’est bien d’ailleurs à ce propos que François Hollande a évoqué lors de son discours du Bourget ce week-end un second volet de l’exception culturelle à la française, dans lequel se retrouverait pèle-mêle tout ce qui fera selon le candidat socialiste le bonheur du créateur, une sorte de samaritaine du musicos. Cependant, l’expression "exception culturelle" peut faire sourire à une époque où Apple pèse 400 milliards de dollars de capitalisation, détient 70% du marché de la musique en ligne, et compte bien se lancer sur le marché de la télévision ! Elle peut paraître prétentieuse, alors que l’Europe est au bord de l’implosion, et qu’il sera bien délicat pour la France de disposer d’un consensus avec ses partenaires pour défendre cette préférence cocardière... Enfin, comment expliquer à des sociétés basées hors de France, et qui reçoivent leurs ordres de plus loin encore, qu’il est de bon ton de mettre en Une de son site un artiste français ? Il suffit de voir combien de temps les Beatles sont restés en Une de iTunes pour comprendre l’ampleur du malaise. Alors peut-être que la survie du répertoire, et son exposition, nécessaire pour engranger les ventes, ne sera vraiment présent que sur les plateformes françaises, telles deezer, Beezik, ou Qobuz et Starzik... Deezer aurait un peu plus de 100 000 abonnés, si l’on ne compte pas les clients Orange, et l’équilibre financier du site demeure fragile. À quelques mois des élections suprêmes, ces questions sont primordiales pour le rayonnement de la culture.
