L’Etat sauve Presstalis
Les pouvoirs publics ont accepté de porter leur contribution à 35 millions d’euros, au lieu de 20, à la condition expresse que Lagardère fasse un effort. L’entreprise est donc provisoirement remise sur les rails. Il ne reste désormais à Presstalis qu’à arrêter le timing de la réforme.
Presstalis avait besoin de 125 millions d’euros pour éviter le dépôt de bilan et passer l’échéance 2010. La société de distribution les aura intégralement. Elle pourra donc engager la réforme proposée par le gouvernement de François Fillon et soutenue par les éditeurs. Lagardère apporte bien 25 millions d’euros en numéraire, comme la Tribune l’a révélé mais l’Etat accompagne cette démarche en apportant le complément que Lagardère aurait dû verser s’il avait déboursé les 50 millions d’euros que le rapport Mettlling lui réclamait comme opérateur et actionnaire principal. L’Etat augmente sa quote-part pour verser, au final une somme approchant les 35 millions d’euros et non 20. Chacun ayant fait un pas l’un vers l’autre, la situation a été débloquée et les comptes apurés jusqu’au premier semestre 2011.
Il convient, en effet, de rajouter à cette somme la cession de 35 millions d’euros d’actifs, 20 millions provenant des 49% que détient Lagardère dans Médiakiosk et une quinzaine de millions récupérés sur la vente du centre de Stains, d’une filiale marocaine et de quelques biens immobiliers.
Anne Marie Couderc pour remplacer Pflimlin
Si l’on ajoute à ces 95 millions d’euros, la participation exceptionnelle de 30 millions d’euros que les éditeurs de presse, emmenés par Francis Morel, président du spqn, vont verser pour sauver le système de distribution français, on arrive sur le chiffre de 125 millions d’euros.
Les commissaires aux comptes vont donc valider le 26 mai le budget 2010 de l’entreprise sans déclencher- mais qui croyait vraiment que le gouvernement français abandonnerait la presse (ElectronLibre du 29 avril) ?- la procédure d’alerte.
Il reste maintenant à tenir un comité d’entreprise extraordinaire qui doit arrêter les modalités de restructuration de l’entreprise et valider le budget 2011. Se tiendra t-il le 10 juin, comme prévu, ou à la rentrée. Les débats font rage car ce comité entérinera la fermeture de SPPS, le principal dépôt d’Ile de France supprimant de facto 250 postes de travail, les éditeurs. Et, le groupe Amaury, éditeur de l’Equipe redoute que le syndicat du Livre ne déclenche une grève pendant la Coupe du Monde. Il a donc demandé le report de ce comité à la rentrée. Le tenir en septembre, font remarquer les concurrents, compliquera la donne car Presstalis devra négocier sous la pression syndicale à une époque où les journaux réalisent leurs plus grandes recettes publicitaires. Le conflit risque d’être d’autant plus tendu que Geodis, la filiale SNCF, qui reprendra la distribution des titres à la place de SPPS, est peu disposée à reclasser les ouvriers du Livre. Là encore, c’est l’Etat, qui devrait fournir le plus gros des efforts en mettant en place, sous couvert de modernisation, un plan de mise à la retraite anticipée des ouvriers du Livre. A 50 ans et non 60, voire 62 comme c’est le cas pour les autres salariés.
Enfin, Rémy Pflimlin, directeur général de Presstalis, disposerait, dans cette hypothèse, de peu de temps pour définir le budget prévisionnel et passer le témoin à son successeur. Il doit, en effet, prendre, comme nous l’avons indiqué ElectronLibre du 25 mai, les commandes d’Arte, début 2011. Et l’on murmure déjà qu’Anne Marie Couderc, directrice déléguée chez Lagardère Active, pourrait prendre la tête de Presstalis.
Ce qui tendrait à prouver que Lagardère ne se désengagerait pas totalement de cette société comme son président Arnaud Lagardère l’avait envisagé.
