L’Élysée va imposer Emmanuel Hoog à la présidence de l’AFP
Emmanuel Hoog sera le candidat porté par l’Élysée dans la désignation du nouveau président de l’agence. Pas encore prétendant au titre, il devrait être appelé par le comité de sélection et griller tous les autres qui ont fait la démarche officiellement. Parmi eux, Philippe Micouleau préfère se retirer d’un jeu que l’on sait faussé.
Emmanuel Hoog devrait être le prochain président de l’AFP. Le président de l’Institut national de l’audiovisuel, qui n’a pas fait acte de candidature, peut se targuer d’être le candidat du pouvoir. Frédéric Mitterrand dissimule d’autant moins son soutien à cet homme qu’il bénéficie de l’appui total de l’Élysée dans cette affaire. C’est le ministre de la Culture qui se charge naturellement de propager la bonne parole car ni le président de la République, ni Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée ne feront naturellement connaître leurs préférences.
Emmanuel Hoog sera convoqué par le comité de présélection des candidatures à la présidence. Comité qui a déclaré, comme si le coup était déjà joué d’avance, qu’il ne « s’interdisait pas de prendre contact avec toute personnalité dont il considère qu’elle puisse valablement prétendre à occuper les fonctions de PDG de l’Agence ». Ce comité est composé de deux représentants de l’État, Laurence Franceschini, directrice du développement des médias au ministère de la Culture, Claude Rubinowicz, directeur général de l’agence du patrimoine immatériel au ministère de l’économie, et de deux représentants de la presse, Jean Pierre Caillard, PDG du groupe La Montagne, et David Guiraud, vice-PDG du groupe Le Monde. Deux hommes intègres que l’on dit effarés par cette forme de procédure et qui vont se battre bec et ongles pour défendre le droit à tous les candidats déclarés de concourir à cette fonction. Même s’ils savent, en leur for intérieur, que leurs chances sont réduites à néant. Les statuts donnent un poids prépondérant à la presse quotidienne nationale et surtout à la presse quotidienne régionale dans le conseil d’administration de l’AFP, comme dans le processus de désignation, mais leur poids réel n’a cessé de décliner. La part du chiffre d’affaires assuré par la presse quotidienne française représente 10% du chiffre d’affaires de l’agence quand celle de l’État qui souscrit des abonnements via le quai d’Orsay atteint les 40%.
En outre, les patrons de presse, en chefs d’entreprise responsables vont s’abstenir de nommer quelqu’un qui ne bénéficierait pas de l’aval plein et entier des pouvoirs publics. La question du financement de l’AFP, l’arrivée éventuelle de nouveaux partenaires, l’ouverture de son conseil d’administration à de nouvelles sociétés sont des réformes qui ne peuvent être mises en œuvre sans le soutien absolu du gouvernement. Un PDG faible n’a aucune chance de faire avancer ces dossiers.
Candidat de l’ombre
Le contrat implicite et quasi cynique qui est proposé par le gouvernement au conseil d’administration de l’AFP se résume ainsi : soit vous désignez un candidat qui n’aura pas les coudées franches pour appliquer sa politique, soit vous acceptez le nôtre et nous vous garantissons, en échange, que l’agence sera modernisée sans que votre contribution au budget n’augmente significativement. Nul ne sait aujourd’hui comment la presse, les salariés de l’agence accepteront cette realpolitik appliquée au monde des médias.
Dans l’absolu, Emmanuel Hoog présente toutes les caractéristiques d’un véritable prétendant. Il a su donner un sacré coup de jeune à l’INA, l’une des institutions les plus poussiéreuses de l’audiovisuel et l’ouvrir au marché privé. Son intérêt pour le numérique et sa défense du patrimoine culturel constituent d’indéniables atouts. Il bénéficie, en outre, d’une certaine notoriété – la condition indispensable pour Nicolas Sarkozy pour qui veut occuper une fonction importante dans le monde des médias – et la relation qui le lie à Laurent Fabius permettra d’entretenir l’idée que la politique d’ouverture n’est pas enterrée.
En bref, l’Élysée serait parfaitement en droit de justifier cette nomination si le président de l’AFP était nommé par décret en conseil des ministres. Or, elle s’apparente, telle quelle est, à un camouflet adressé au monde de la presse comme à tous les candidats. En fouillant dans le passé, certains se souviendront que Jean-Paul Cluzel, alors président de RFI, devait être nommé à la tête de l’AFP et que c’est un candidat de l’ombre, Bertrand Eveno qui emporta la manche.
Mais à l’époque, c’est le collège presse, mécontent de la façon dont Catherine Tasca, ministre de la Culture, voulait réformer la presse qui avait bloqué son candidat. La situation était donc rigoureusement inverse de celle que l’on connait actuellement où tous les candidats sont, par avance, condamnés. Vaincus, quel que soit le sérieux de leur démarche. Tous ont perdu et tous méritent au moins d’être, une nouvelle fois, cités : Bernard Cottin, ancien PDG de Numéricable, Emmanuel Duprat, ancien directeur marketing de l’AFP, Pierre Feuilly, directeur du bureau de l’AFP à Vienne, Philippe Gault, ancien président du Sirti (Syndicat Interprofessionnel des Radios et Télévisions Indépendantes), Denis Hiault, directeur du bureau de l’AFP de Londres, David Sharp, journaliste élu au comité d’entreprise, Arnaud Polaillon, haut fonctionnaire au ministère de l’Économie et des Finances, Louis Dreyfus, ancien directeur général de Libération, ancien DG du Nouvel Observateur, Philippe Micouleau, banquier, ancien PDG de l’Agefi et Olivier Zegna-Reta, DG des relations extérieures de Canal+. Ces dix hommes savent désormais concourir pour la gloire. Certains vont continuer, d’autres s’arrêter.
Philippe Micouleau, le candidat pressenti par Pierre Louette, PDG de l’AFP, et David Guiraud, celui qui entendait faire de la défense de l’indépendance de l’AFP son credo est le premier qui se retirera de ce jeu biaisé. Il le fera, à l’instant précis où Emmanuel Hoog interviendra officiellement dans le processus.
