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L’AFP privé de changement

Le 23 Mars 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

Les candidats à la présidence de l’AFP attendent des garanties de Nicolas Sarkozy qui ne viennent pas.

Le futur président de l’AFP attend des garanties de l’Élysée avant de se déclarer. Deux jours avant la clôture finale des inscriptions, deux personnalités seulement on fait acte de candidature : Olivier Zegna Rata, directeur des relations institutionnelles du groupe Canal+, et David Sharp, journaliste d’origine britannique, membre du comité de l’AFP et du syndicat Sud-AFP. Ni l’un, ni l’autre ne donnent satisfaction au comité de présélection sur lequel David Guiraud, vice PDG du Monde et vice-président du conseil d’administration de l’AFP a la haute main.
Ce comité ne s’interdit d’ailleurs pas de rechercher lui-même de nouveaux candidats si ceux qui se sont déclarés d’ici le 25 mars à 20 heures ne le satisfont pas. Ce qui constitue, une forme de mépris sinon d’insulte à l’encontre de ceux qui se sont manifesté. Il faut dire que la plupart des prétendants attendent des garanties claires et nettes de l’État sur l’évolution du statut avant de briguer la présidence de l’AFP.
L’affaire de la banderole est encore dans la mémoire de tous les candidats de l’ombre. Rappelons les faits : en juin dernier, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication s’apprête à défendre un projet de réforme de l’AFP mis au point par Pierre Louette et Philippe Micouleau, ancien PDG de l’Agefi et membre du conseil d’administration que certains verraient bien à la tête de l’agence.

Banderole

Avant même que le projet ne soit publiquement évoqué, Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, décide d’en retarder sine die l’adoption. Problème de fond sur la stratégie à adopter. Refus d’en modifier le statut. Interdiction de modifier la composition du conseil d’administration. Interrogation sur un éventuel calendrier. Rien de tout cela. La vérité est plus prosaïque et, d’une certaine façon, plus consternante. Le numéro deux de l’Élysée aurait différé cette réforme à cause de l’intervention d’un homme, Pierre Charron, conseiller à l’Élysée, qui, apercevant une banderole de syndicalistes place de la Bourse, se serait précipité dans le bureau de Nicolas Sarkozy pour l’exhorter de repousser cette réforme explosive à ses yeux. En révélant la puissance des salariés sur le pouvoir en place, cette affaire a calmé l’ardeur de nombreux candidats.
Tous veulent obtenir de Nicolas Sarkozy l’engagement de soutenir le projet de rénovation de l’agence. Ils ne veulent pas être lâchés au milieu du gué. Bruno Patino, directeur général de France Culture, ne quittera pas cette entreprise pour l’AFP s’il ne peut pas faire évoluer cette dernière. Philippe Micouleau ne sautera pas le pas si le projet qu’il a élaboré ne peut être mis à exécution. Emmanuel Hoog, président de l’Ina, n’ira pas gâcher ses chances de devenir président de France Télévisions s’il ne peut pas inscrire l’AFP dans la modernité. Certes, un titre et des émoluments que l’on dit proche de 20 000 euros peuvent les faire changer d’avis mais les réponses se font attendre...
Le résultat des élections régionales ne va pas inciter l’Élysée à souffler les braises sur l’AFP au risque de mécontenter les patrons de la presse quotidienne régionale dont le soutien est plus que jamais crucial dans la perspective de 2012. C’est la même raison qui conduit à penser que toute initiative parlementaire visant à transformer l’AFP – une hypothèse qui permettrait de déresponsabiliser le gouvernement – est aussi vouée à l’échec. Sans la PQR, un député n’est rien.

Développement à l’international

Qui peut prétendre aujourd’hui qu’un mouvement social qui éclaterait à l’AFP ne menacerait pas de s’étendre à des titres de presse dont l’économie se fragilise de jour en jour ? La prudence politique va inciter le gouvernement à ne rien changer au statut de l’AFP. La PQR, cliente et actionnaire de l’agence, continuera de profiter de cette situation pour obtenir les tarifs d’abonnement les plus bas et contribue, à hauteur de 13 millions d’euros seulement, au chiffre d’affaire de l’agence. Elle ne se battra pas pour contraindre l’AFP à accentuer son développement à l’international, car ce n’est pas l’une de ses priorités.
Enfin, la PQN comme la PQN, voient d’un mauvais œil l’AFP développer son offre numérique qui entre en concurrence avec la sienne. Alors, selon toute vraisemblance, il faudra encore attendre au moins deux ans pour que les choses bougent. Et rien ne dit alors que le nouveau gouvernement issu des urnes ne procède à une profonde révision stratégique et ne tienne compte des exemples étrangers.
Le service d’information de Reuters, structurellement déficitaire, est financé par les flux financiers. L’Associated Press finance ses services grâce à un système coopératif original associant les journaux. Si les grandes agences étrangères concurrentes de l’AFP ne sont pas parvenues à rentabiliser un service d’information, pourquoi la France y parviendrait-elle ? De là à imaginer que l’AFP va attendre deux ans pour obtenir de l’État un financement durable, il n’y a qu’un pas que certains franchissent déjà.

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2 Commentaires

  1. David Sharp (SOS-AFP) le 23 mars 2010

    J’ai découvert votre blog grâce à l’affaire de l’AFP (dans laquelle je suis plutôt impliqué !), mais je me permets de vous signaler que si vous insistez absolument pour employer une phrase en anglais comme titre de rubrique, il faudrait plutôt écrire "Old-Fashioned Media".

    Alors l’AFP serait "vieux jeu" ? Je ne le pense pas !

    David Sharp (candidat)



  2. Emmanuel Schwartzenberg le 23 mars 2010

    Tant qu’elle n’a pas de préjugés..



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