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Jérôme Roger, SPPF : "Il faut envisager d’autres solutions comme le filtrage des contenus"

Le 01 Décembre 2011 dans Peer2peer par Emmanuel Torregano

Dans une interview à ElectronLibre, Jérôme Roger, directeur général de la SPPF (société civile des producteurs français indépendants) dévoile les résultats des actions du disque contre le direct download et annonce une concertation avec l’Hadopi.

ElectronLibre : - Pourquoi la musique ne collabore pas à l’action du cinéma contre le streaming ?

- Jérôme Roger : Parce que les situations sont assez différentes entre le cinéma et la musique. Il existe en France plusieurs sites de stream qui sont tournés principalement vers l’accès illicite à des films ou des séries TV. Ce sont ces sites qui sont visés par les actions judicaires en référe engagées par les organisations professionnelles du cinéma. Pour la musique, en dehors des sites communautaires, le stream n’est pas le moyen d’accès principal à des enregistrements musicaux de façon illicite. Notre problème majeur reste le téléchargement illégal via le P2P, et depuis quelques années déjà, le Direct Download qui occupe une part croissante dans ce domaine.

EL : Quels moyens avez-vous pour lutter contre le direct download ?

- JR : A ce jour, la méthode retenue consiste à envoyer à ces sites de DDL des notifications de retrait (Notice and take down, ndlr). Pour cela, nous nous appuyons sur les prescriptions de la loi LCEN de 2004. Tous les albums et singles de nouveautés de nos membres (en tout cas ceux qui représentent un potentiel de succès) sont ainsi mis sous surveillance automatique. Nous avons confié depuis un an cette tâche à un prestataire qui s’appelle Leakid. Nous avons identifié le Top 10 des sites de DDL à qui nous adressons, via Leakid, quotidiennement des demandes de suppression de liens illicites concernant notre répertoire. Le sites les plus utilisés sont rapidshare et Megaupload, l’un situé en Allemagne et l’autre à Hongkong .

Course poursuite

EL : Quels sont les résultats de cette méthode Notice and take down ?

- JR : Il faut savoir qu’une campagne de surveillance sur un titre ou un album dure en moyenne 3 mois. Sur cette période, nous obtenons un résultat positif à hauteur de 98 % sur les 25 plus gros « cyberlockers « qui sont principalement situés à l’étranger. Cette démarche est donc efficace et ce d’autant que les plateformes de DDL répondent à nos injonctions, en général en 24 ou 48 heures. En 2011, ce sont plus de 220 000 liens illicites qui ont été notifiés par Leakid et supprimés, pour un total de 172 nouveautés, albums ou singles .

EL : - Est-ce que l’on peut dire avec un tel pourcentage de réussite (98%) que le piratage est à coup sûr endigué sur DDL ?

JR : C’est une première étape dans la lutte contre le piratage sur Internet. Notre démarche vient en complément de la riposte graduée qui a entrainé un déplacement de la piraterie du trafic vers le DDL, comme chacun sait... L’on peut toujours envisager des actions en justice contre ces opérateurs DDL en prenant un certain nombre de précautions car tous les contenus qui transitent par le DDL ne sont pas illégaux et leur situation géographique rend une action judiciaire compliquée. Le problème majeur réside dans la réapparition des liens malgré un effet « d’assèchement » au départ. C’est donc une course poursuite permanente, outre les coûts que nous devons supporter. Par conséquent, il faut envisager d’autres solutions comme le filtrage des contenus.

EL : Est-ce que vous êtes favorable à une Hadopi 3, qui s’occuperait d’autre chose que le P2P ?

- JR : A voir. Encore faut-il tout d’abord que la riposte graduée tourne à plein régime, si j’ose dire. A ce jour, l’écart entre le nombre d’infractions constatées et le nombre de messages de recommandations ou d’avertissement reste important. Et ce même si la progression est encourageante. Ensuite, le déroulement même de la procédure entre le message de première recommandation, celui d’avertissement RAR et la saisine éventuelle du parquet est assez lente. Pour autant, il est prématuré de faire un véritable bilan. Cette institution joue un rôle non seulement utile mais essentiel. Grâce à son existence, tous les internautes connaissent les règles du jeu et sont parfaitement informés et conscients des usages qui sont légaux et illégaux sur la toile.
L’Hadopi souhaite engager une concertation avec les ayants droit concernant les moyens de mieux lutter contre les sites de stream illicite et les sites de DDL et nous allons engager une réflexion en ce sens avec elle.

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