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Jacques Attali : « Seuls les sites d’information de grande qualité survivront »

Le 21 Mai 2009 dans Web 1,2,3 par Clémentine Gallot

L’ancien conseiller de François Mitterand, transfuge chez Nicolas Sarkozy, revient sur la loi Hadopi, le numérique, le succès de Slate, l’avenir de la presse et ses business modèles.

ElectronLibre : Vous avez été très présent parmi les anti-Hadopi, vous avez d’ailleurs prédit que la loi ne serait pas mise en place.- Jacques Attali : La loi est votée, maintenant je pense qu’elle est inapplicable. Je considère que l’avenir des nouvelles technologies est de créer un autre univers. Il est évident qu’un jour la musique sera rémunérée sous forme d’un abonnement qui ne coûtera pas cher et ce sera la meilleure solution pour tout le monde. Cela aura lieu et Hadopi sera vu comme un objet de musée.

EL : Justement, la France fait-elle assez sur le terrain des nouvelles technologies et du numérique ?- J.A : La commission que j’ai présidé (Commission « Pour la libération de la croissance française » mise en place par Nicolas Sarkozy) avait proposé toute une série de réformes importantes, beaucoup sont en cours, d’autres sont en retard. Une loi comme Hadopi va faire prendre beaucoup de retard à la France sur ce terrain, car elle donne le sentiment que l’usage des nouvelles technologies est criminel.

EL : Où en est Slate.fr, que vous avez lancé il y a quelques mois ?- J.A : Je ne suis qu’actionnaire de Slate, où j’écris également. Le site a reçu le financement dont il avait besoin, il a maintenant les moyens de travailler pour les prochaines années. Le taux de visites est très supérieur à ce qui était prévu : c’est un gros succès.

"Les journaux vont suivre la même évolution que la musique"

EL : Le modèle gratuit vous parait donc viable ?- J.A : Je pense que les journaux vont suivre la même évolution que la musique. Internet n’est pas un modèle très original, c’est le même modèle que la radio, qui est gratuite dans la plupart des cas. La rémunération provient de la publicité, c’est très difficile, ça rapporte beaucoup moins d’argent que sur le papier. Cette évolution est inévitable. Les seuls sites qui continueront de fonctionner seront les sites de grande qualité. La quadrature du cercle est la suivante pour la presse : il va falloir augmenter la qualité avec de moins en moins de moyens. A terme, pourtant, on devrait aussi pouvoir faire payer les archives et une assistance à la recherche.

EL :Quid du modèle mixte de certains pure players ?- J.A : Je suis assez hostile aux journaux qui ne sont que des plateformes d’accueil de blogs : les lecteurs ont envie de lire de la qualité et du contenu produit par des spécialistes. Si c’est pour savoir ce que pense le voisin, ça n’a pas d’avenir.

EL :Que vous inspire la situation de la presse en France et aux Etats-Unis ?- J.A : C’est un vrai danger pour la démocratie si la presse n’est plus rentable. Il va falloir inventer des nouveaux statuts d’intérêt général mais indépendants : des fondations d’entreprises publiques de façon à rester indépendants vis-à-vis du financement – celui-ci pourrait venir de l’Etat.

EL :Aux Etats-Unis, ce financement viendra difficilement de l’Etat.- J.A : Il pourrait venir de personnes privées puisqu’il existe aux Etats-Unis des fondations pour tout : les hôpitaux, les musées etc. On pourrait imaginer une fondation pour la presse.

EL :Mais justement, avec la crise, les institutions culturelles américaines, musées comme universités, sont pris à la gorge par la baisse des subventions.- J.A : Le modèle français n’est donc pas si mauvais.

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2 Commentaires

  1. soylentgreenispeople le 28 mai 2009

    Quand il parle de "grande qualité", il parle pas des forçats là ?



  2.  le 4 juin 2009

    Jacques ne doit pas bien connaître Internet et/ou les catégories socio-professionnelles de son pays... L’audience, c’est le grand public qui la construit, ce n’est pas la fraction la plus "élitiste/CSP++".Les CSP++ sont intéressés par la "grande qualité" ne doivent pas représenter plus de 10% des internautes français. Les autres, ceux qui font l’audience et les revenus sont les mêmes qui regardent à la TV le big deal ou le jeu des boîtes d’Arthur. Pour eux, la grande qualité... c’est un peu le cadet de leur souci tant qu’on les amuse et qu’on leur permet de ne pas se prendre la tête après leur vraies dures journées.



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