Interrogations après un nouveau chamboulement à la tête d’EMI
Un nouveau bouleversement à la tête de la maison de disques EMI, qui voit les divisions Publishing et Recording passer sous la houlette du même homme, en la personne de l’ancien directeur financier du groupe Roger Faxon, depuis plus de 15 ans dans la maison, soulève de nombreuses questions sur les intentions réelles de son propriétaire, le fonds d’investissement Terra Firma.
Quelques semaines après avoir été renflouée à hauteur de 105 millions de livres par les investisseurs de son propriétaire, le fonds Terra Firma, la maison de disques EMI restructure une nouvelle fois son management sous la houlette de Roger Faxon. L’ancien directeur financier d’EMI Music Group, à la tête de la division Publishing (édition musicale) depuis trois ans, dirigera également, désormais, la division Recording (phonogramme).
Cette réorganisation entérine le départ de Charles Allen, qui avait rejoint EMI il y a 20 mois au poste de président non exécutif, avant de succéder à Elio Leoni-Sceti à la tête de la division Recording au mois de mars dernier. L’ancien PDG d’ITV avait pourtant été chargé de préparer le plan présenté aux investisseurs de Terra Firma à l’occasion de la récente levée de fonds.
Ces mêmes investisseurs, qui ont sauvé la maison de disques d’un défaut de paiement de la dernière échéance de sa dette et d’une prise de contrôle par son principal créancier, la banque américaine Citigroup, n’avaient semble-t-il pas été mis dans la confidence.
Stratégie à 360°
La nomination de Roger Faxon à la tête des deux divisions d’EMI Music Group vise certainement à gommer la séparation traditionnelle entre ces deux entités au sein des majors du disque, l’une travaillant essentiellement avec des auteurs-compositeurs, l’autre avec des artistes-interprètes.
"Je suis persuadé que les deux divisions, travaillant de concert l’une avec l’autre, partageant les mêmes valeurs et poursuivant une stratégie coordonnée, peuvent et vont rendre le meilleur service possible à nos artistes et à nos auteurs-compositeurs, quelques soient les défis auxquels nous seront confrontés", indique Roger Faxon dans un e-mail interne adressé au personnel de la maison de disques.
Dans un communiqué officiel paru en fin de semaine dernière, EMI Music Group indique que cette nouvelle structure de management vise à "permettre à la compagnie de se repositionner comme une entreprise globale de gestion des droits à même de profiter pleinement de toutes les opportunités qui se présentent sur tous les marchés de la musique."
Cette phrase dresse peut-être le profil d’une compagnie qui va marger sur toutes les sources de revenus des artistes, des services mobiles aux jeux vidéo, en passant par la synchro, les partenariats avec les marques, le merchandising ou les concerts... et signer des contrats à 360° avec les nouveaux talents qu’elle va recruter.
Mais elle peut aussi bien dresser celui d’une entreprise qui va se concentrer sur la valorisation maximale de son patrimoine, c’est à dire de son répertoire d’œuvres et de son catalogue de masters existants, et se détourner progressivement de l’activité la plus risquée dans ce secteur, à savoir l’investissement dans le développement de nouveaux talents.
To Sell Or Not To Sell
"Ceux qui me connaissent savent que je suis complètement engagé dans la promotion de nouvelles musiques, que je considère que c’est le nerf de la guerre et ce qui crée le flux et la dynamique qui permettent de rester sur le devant de la scène", répond à ce sujet Roger Faxon dans une interview accordée à Billboard.
Les récentes restructurations territoriales d’EMI Music Publishing en Europe, devant notamment aboutir à la fermeture des bureaux hollandais et belge, pourraient également préparer le terrain à une cession des actifs du groupe dans l’édition musicale. Et le plan de restructuration global présenté par Charles Allen aux investisseurs de Terra Firma il y a quelques mois, afin de les convaincre de réinjecter de l’argent dans la compagnie, ressemble aussi à une opération d’assainissement qui pourrait préluder une cession de la division Recording.
"Notre objectif n’a jamais été de vendre des catalogues ou des actifs dans l’édition. Nous sommes un acheteur de droits, pas un offreur de droits", répond Roger Faxon à propos du Publishing. Des discussions avec BMG Rights Management, joint-venture entre le fonds KKR et le groupe Bertelsman, ont déjà été évoquées dans la presse, cependant, ainsi que l’hypothèse de la création d’une nouvelle joint-venture dans l’édition dont EMI resterait actionnaire à 51 %.
Deux scénarios qui ouvrirait la voie à une cession d’EMI Music Recording, que brigue toujours Warner Music.
