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Indicateurs du SNEP : une industrie du disque exsangue

Le 21 Octobre 2009 dans So_cult’ par Philippe Astor

Dans sa Lettre du SNEP et du GIEEPA (GIE de l’industrie phonographique et audiovisuelle) de septembre, le syndicat des maisons de disques en France publie quelques indicateurs qui donnent le tournis. Avec un marché physique en chute libre (- 63 % en valeur depuis 2003) et un marché numérique dont la croissance se traine (+ 4,7 % à peine au premier semestre 2009 par rapport à l’an dernier sur la même période), l’industrie du disque paraît presque exangue, au terme d’une redoutable cure d’amaigrissement.

Par rapport au premier semestre 2002, la valeur du marché des singles a été divisée par 6. Et dans le même intervalle, celle du marché des albums est passée de 482 M€ à 173 M€. Quant aux vidéos musicales, qui ont connu un mini boom au milieu des années 2000, elles se vendent beaucoup moins bien aujourd’hui (15,6 M€) qu’en 2005 (39 M€) ou même en 2002 (18 M€).

La variété française s’effondre (109 M€ de CA au 1er sem. 2009, contre 349 M€ au 1er sem. 2002). La variété internationale ne fait pas mieux (66 M€ contre 201 M€). Il ne s’est plus commercialisé que 453 albums au premier semestre 2009, contre 1332 en 2002 sur la même période. Quant au solde des contrats rendus sur les six premiers mois de l’année (47 vs. 23 au 1er sem. 2002) et des nouvelles signatures (35 vs. 91), il est négatif pour la deuxième fois consécutive en 5 ans.

Seule face à cette ribambelle d’indicateurs du désastre vécu par l’industrie de la production musicale depuis 6 ans, la courbe de progression des ventes numériques (37,6 M€ au 1er sem. 2009 contre 5,8 M€ en 2002) paraît bien désuette. On a peine à imaginer qu’elle puisse porter tous les espoirs de renaissance économique de la filière.

Croissance pépère du téléchargement

C’est pourtant vers elle qu’il faut se tourner, et vers l’analyse de l’évolution de ses composantes. Premier constat : le téléchargement sur Internet poursuit une progression ascendante (+ 39 % sur un an au 1er sem. 2009) qui, sans être spectaculaire, reste soutenue malgré la crise (+ 23,3 % entre le 1er et le 2ème trimestre 2009) et la concurrence de la gratuité sous toutes ses formes.

Deuxième constat : les ventes de sonneries et de titres en téléchargement sur les mobiles s’effondrent de moitié sur un an (- 51,4 % au 1er sem. 2009) et la tendance se poursuit séquenciellement (- 15,5 % entre le 1er et le 2ème trimestre 2009). Le marché des sonneries est clairement en fin de cycle. Et celui du téléchargement sur les mobiles (- 66 % sur un an) ne se place plus du tout sous les meilleurs auspices.

Difficile d’imputer une quelconque responsabilité au téléchargement illégal dans ces déboires du marché de la musique sur les mobiles. La nature de l"offre - chère, très concentrée et peu ergonomique -, et son décalage avec les attentes des consommateurs, sont certainement à mettre en cause.

Troisième constat : le marché du numérique - et la solidité de sa courbe ascendante - a surtout été porté sur les six premiers mois de l’année par la montée en puissance du streaming et de l’abonnement, dont les revenus ont été multipliés par trois en l’espace d’un an, à 10 M€, soit plus du quart du marché numérique (26,7 %).

Un marché du streaming fragilisé

Mais cette tendance est artificielle à bien des égards : d’une part, certains estiment que le chiffre du streaming et de l’abonnement a été gonflé par le SNEP ; d’autre part, personne ne sait exactement ce qui rentre dans ces revenus, et si les avances sur recettes perçues par les majors, notamment, en font partie. C’est probable, et inquiétant à plus d’un titre.

Nombre d’acteurs de ce marché sont fragilisés, en effet, par le coût d’accès aux catalogues que constituent ces avances doublées de minimums garantis, constate l’Observatoire de la musique dans son dernier état des lieux de l’offre numérique en France. Elles ne viennent gonfler qu’artificiellement les revenus des majors et brident durablement les initiatives et la capacité d’innovation des start-up du secteur.

A côté d’un marché du téléchargement dont la croissance pépère mettra des années à compenser à elle seule la baisse des ventes de CD, c’est faire peser bien des incertitudes sur toutes les offres de flux : les seules à même, aujourd’hui, de relancer le marché de la musique sur Internet et sur les mobiles et de réintroduire des modèles payants dans la consommation de musique.

Enjeu de politique industrielle

Alors que se poursuivent les consultations menées par la mission Zelnik, c’est le tableau d’une industrie exsangue qui se dresse sous nos yeux. Une terre brulée sur laquelle il va falloir créer et développer de toute pièce un nouveau tissu industriel, à la croisée de l’innovation logicielle, du développement des réseaux sociaux numériques et de la production artistique.

Il y a peu de chances que les majors, qui signent de moins en moins d’artistes, sortent de moins en moins d’albums (trois fois moins qu’en 2002) et se recentrent sur l’exploitation de leur fond de catalogue (les Beatles sur Rock Band...), donnent l’impulsion du sursaut nécessaire. Elles freineront ou accompagneront le mouvement au gré de leurs intérêts.

L’impulsion sera donnée par tous ceux qui s’aventurent sur les chemins de l’autoproduction, de l’autodistribution et de l’autopromotion, presque devenus des passages obligés ; et sur ceux de l’innovation dans les logiciels et les services. En clair, c’est d’une politique industrielle favorisant l’initiative, l’indépendance, la diversité et l’innovation, dont a besoin la musique aujourd’hui. Tout le contraire de celle qui est menée jusqu’à présent sous la pression de certains lobbys.

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10 Commentaires

  1. Luk le 21 octobre 2009

    Clairement. Pendant que les majors pleurent, pas mal de petits indépendants rient. (Super customer service en plus)



  2. Patrice Lazareff le 21 octobre 2009

    Exsangue... on se fout de la gueule du monde dans cet article, pour rerprendre une expression à la mode !

    2002 a été une année historique qui a marqué la fin d’une période de 5 ans de croissance extraordinaire, tandis qu’à l’exception d’une courte récession en 83/84, due au passage du vinyle vers le CD, les ventes ont été assez constantes depuis 1970.

    2009 se présente donc comme une année équivalente à ce que cette industrie connaissait dans la première moitié des années 1990 qui, jusqu’à preuve du contraire, n’était pas une période de famine culturelle, et de surcroît loin d’une très grave crise économique.

    Pour les détails, et une vision plus réaliste de la situation, je vous conjure de consulter l’étude effectuée par Marc BOURREAU et Benjamin LABARTHE-PIOL, publiée dans la revue Réseaux 2006/5 - n° 139ISSN 0751-7971 | ISBN 978-2-7462-1685-3 | pages 105 à 144



  3. julien le 21 octobre 2009

    Une question qui peut-être fâche : Les acteurs principaux de la production subissent-ils des pertes ou font-ils des bénéfices ?

    J



  4. Keuj le 21 octobre 2009

    Quelles sont les ventes comptées dans le marché numérique ?

    Les achats itunes sont comptabilisés en France ou au Luxembourg, siège fiscal de l’entité ?



  5. Philippe Astor le 21 octobre 2009

    @Patrice,

    C’est assez facile de raisonner avec des chiffres et des rapports dans sa bulle intellectuelle, mais si vous étiez au contact quotidien avec des artistes émergents et des producteurs indépendants, vous percevriez à quel point non seulement l’industrie du disque est exsangue, mais en outre elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tout est à reconstruire et à réinventer : les modes de financement, les circuits de distribution, les canaux de promotion. Produire des phonogrammes, aujourd’hui, est proprement suicidaire en terme de retour sur investissement. Et les nouveaux talents sont les premiers à en souffrir, de même que la qualité de la production. Ainsi donc, on ne devrait rien changer ? Back to 1990 ? un beau message d’espoir...



  6. Philippe Astor le 21 octobre 2009

    @Julien, c’est variable d’un trimestre sur l’autre, et on ne connaît en général que les chiffres au niveau mondial. Impossible, a priori, de savoir si Warner Music France ou Sony Music France font ou non des bénéfices. Ca peut tenir à un seul succès commercial. Globalement, en signant moins d’artistes, en sortant moins de disques, et avec des masses salariales divisées par trois ou quatre, la situation financière des majors s’est certainement améliorée ces dernières années. Mais les dividendes perçus par leurs actionnaires sont un indicateur très réducteur de la santé du marché de la musique.



  7. Philippe Astor le 21 octobre 2009

    @ Keuj, les chiffres publiés par le SNEP compilent a priori ceux des ventes de ses membres en France. L’immatriculation d’iTunes au Luxembourg n’y change rien.



  8. Sourd&Muet  le 22 octobre 2009

    Je suppose que la solution du SNEP va être la taxation des FAI et moteurs de recherche avec des prétextes vaseux, pourquoi je devrais payer une taxe musicale j’en ai jamais rien eu à faire de la musique pas de vinil, ni de CD, ni MP3 au nom de quoi je devrais payer pour eux ?



  9. Love is my religion… le 22 octobre 2009

    Le minitel hodebi arrive, ouf sauvé !

    La taxe globale est en bonne voie, et l’Europe vas inventer le moteur de recherche open-source-limited et obligatoire pour concurrencer le pirate gogole.

    Il sera donc désormais interdit de lire, écouter ou regarder dans un autre langage que celui de son pays d’accueil ???.…,

    Bref, le pépin est dans sa bulle et il n’est pas prêt d’en sortir ! Quoique… Les sacem, snpe et consorts ne sont peut-être pas au bout de leurs surprises.

    Love is my religion…



  10. Micka FRENCH le 27 octobre 2009

    Des nouvelles de l’Ecossaise...

    Il est grand temps de créer un nouvel impôt "Majors en péril"...Ils sont voulu la HADOPI, ces artistes français ?Ils en subissent les conséquences.

    Le téléchargement permettait de découvrir de nouveaux artiste ou les nouveautés des artistes français hodopisés. Ils ne savaient pas que plus les gens téléchargeaient, plus ils achetaient ! (voir en UK).

    Retranchons-nous donc sur les "Creative Commons" avec plein de bons trucs bien supérieurs aux productions des maisons de disques.

    Et puis enfin, tu imagines télécharger "Sergent Peeper’s" et ne pas avoir le disque, toi ????

    Avec les compliments de Micka FRENCH du Web...http://mickafrench.unblog.fr



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