Hypeed, le rendez-vous des fashionistas 2.0
En matière de mode 2.0, le web offrait jusqu’à maintenant un vide béant, investi uniquement par des bloggeuses. Un trio de jeunes entrepreneurs a donc décidé d’agir, et offre aux fashionistas le site Hypeed, une plateforme des tendances de la rue.
Les meilleures idées sont souvent les plus simples, et le webzine Hypeed en est une preuve. Lancé en version bêta publique fin janvier, il vient s’insérer dans un secteur encore étrangement laissé en friche : la mode version 2.0. « Les acteurs de la mode, qu’il s’agisse des marques ou des médias, utilisent le web de façon encore très vieux jeu, explique Nicolas Metzke, co-fondateur et directeur général de la société, ancien de la version français de ciao.com. C’est pourtant un secteur très dynamique. Nous avons donc voulu répondre à ce vide en mettant à la disposition des consommateurs une plateforme qui leur permette de s’exprimer par la photo. »
Un site entièrement crowd-sourcé, où les contributeurs du monde entier, pour la plupart des blogueuses mode, postent leurs looks les plus travaillés, autour de thèmes définis par l’équipe et notent ceux de leurs acolytes : une recette peu coûteuse, mais qui rencontre déjà son public. Et ce, alors que la société n’a pas encore lancé la moindre campagne de communication. Car il y en a pour tous les goûts : de la LBD (little black dress), au military chic, en passant par la dentelle et les cuissardes, toutes les filles peuvent s’y retrouver. Pas de barrière à l’entrée : les seuls impératifs sont de proposer des photos de grande taille et de bonne qualité. Seules les contributions malhonnêtes ou susceptibles de tomber sous le coup de la loi sont éliminées.
Pour l’heure, environ 100 000 euros ont été injectés dans le webzine, 60% par les fondateurs, le reste provenant du soutien d’Oséo et de la région Île-de-France. Avec comme objectif un chiffre d’affaire de 100 000 euros pour l’année 2010. Et table déjà sur une levée de fonds de l’ordre de 1,5 million d’euros dans les prochains mois pour financer de futurs développements du site.
Pure player
Même si l’affaire marche bien, Nicolas Metzke n’envisage pas de passer à un magazine papier. Hypeed est un pure player et le restera. Pas question non plus d’aller marcher sur les plate-bandes des magazines féminins, Grazia, Be ou Envy. Pour Nicolas Metzke et ses associés,« si on arrive à faire bien ce que nous avons en tête, ce sera déjà bien. On se contente d’un minimum d’éditorialisation, et on ne compte pas se lancer dans la santé/beauté, le maquillage ou le courrier des lectrices. Nous avons des éléments en commun avec ces féminins qui ont des rubriques looks de la rue, mais contrairement à eux, nous nous concentrons exclusivement sur les real people. » Dans Hypeed, pas de mannequins d’un mètre 80 photoshopées, mais des girls next door, certes parfois un peu maladroites dans leurs poses mais qui intéressent marques et publicitaires, car elles sont prescriptrices.
« Les marques sont très à l’affût de relais pour leur notoriété. Traditionnellement, elles envoient des vêtements aux blogueuses les plus influentes qui sont extrêmement sollicitées et qui font donc leur tri, le procédé est donc plutôt inefficace de leur point de vue. Avec Hypeed, en lançant des appels à contribution, on peut leur assurer un retour, et un relais grâce aux réseaux sociaux », explique Nicolas Metzke. Outre la présence éditoriale, discrète, mais efficace de l’équipe, les marques de vêtements et accessoires voient un dernier atout dans la formule proposeé par Hypeed, que ne pourrait s’offrir la presse traditionnelle. Le site a été lancé en anglais, et compte déjà des contributrices régulières dans une trentaine de pays. « La traduction, on verra une fois que que le site aura grandi » sourit Nicolas Metzke.
Encore en version bêta pour au moins deux mois, et probablement jusqu’à la rentrée 2010, le site compte de façon marginale sur des recettes publicitaires, et pour le gros de ses revenus, sur un partenariat avec des marques – déjà enclenché avec entre autres Marithé + François Girbaud –, et, à terme, un système de social shopping, où les vêtements sont recommandés par les membres en fonction de leur style. En étant présent uniquement sur le web, le site s’offre une réactivité incomparable, un atout de taille vis-à-vis des grandes marques, à l’heure où des enseignes comme H&M ont la force de frappe nécessaire pour sortir de nouvelles pièces inspirées des défilés en moins de trois semaines. La puissance du web social au service de la mode, il fallait y penser. Les magazines traditionnel risquent de se mordre les doigts de ne l’avoir pas fait.
